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Œuvre de la semaine - Christian Jost: Angst

La psyché humaine et en particulier le sentiment de la peur se retrouvent fréquemment et de façon renouvelée au centre des productions artistiques. Que ce soit dans les spectacles de théâtre, les films, la littérature ou bien encore la composition musicale, ce sont les émotions humaines qui sont représentées et qui font l'objet du travail. Pourtant, l'opéra Angst – Fünf Pforten einer Reise in das Innere der Angst (La peur – Cinq portes d'un voyage à l'intérieur de la peur) de Christian Jost se présente comme une exception. Les spectateurs pourront se faire une idée de la signification particulière dont il est revêtu en assistant à l'une des deux premières représentations des 21 et 22 avril 2016 au Théâtre d'État de Darmstadt. Ils auront le plaisir d'assister à une mise en scène spectaculaire due à une production du Théâtre national allemand (Weimar).

Dès la distribution de l'opéra, on a affaire à une originalité : contrairement aux habitudes, il ne s'agit ici que d'une pièce de théâtre musical pour chœur et orchestre. Jost rejette les hiérarchies classiques de l'opéra et élève le chœur au rôle de détenteur de l'action musico-dramatique. Le compositeur travaille dans son œuvre sur les circonstances  – qui ont déjà fait l'objet d'un film – de la vie de l'alpiniste de l'extrême Joe Simpson, qui, en 1985 dans les Andes péruviennes, fut victime d'un accident et se retrouva précipité dans une crevasse de glacier. Son partenaire coupa alors la corde qui les reliait afin de ne pas être lui-même entraîné au fond de la crevasse, en laissant son camarade sur place. Malgré une jambe cassée et sans provision d'eau, Simpson réussit à ramper à travers la crevasse et à rejoindre le camp de base. Ce sont les pensées, les émotions et les questionnements de ces alpinistes qui inspirèrent à Jost l'idée de représenter les états d'âme des deux alpinistes dans cette situation exceptionnelle sous la forme d'un opéra.

L'expérience personnelle de Christian Jost avec la peur


Jost n'a pas été amené à son opéra pour chœur uniquement par l'histoire des deux alpinistes, mais sa composition tire également son inspiration de ses expériences personnelles. Voici comment il relate un évènement clé de sa vie :
Vers la fin du travail sur mon opéra Vipern, je fus victime d'un effondrement physique. Au milieu de la nuit, nous avons dû appeler le médecin urgentiste, qui m'emmena immédiatement au service des urgences, où je restai deux heures étendu, alors que ma femme attendait sans savoir ce qui se passait. Elle craignait naturellement de ne peut-être jamais me revoir, et ce fut également ce que je pensai pendant un moment. Mais le service des urgences était d'une telle tristesse que je décidai : "OK, c'est fini pour toi – mais pas ici ! Il faut que tu changes quelque chose dans ta vie, mais il ne faut pas que ta vie se termine comme ça ici." C'est un morceau de la sobriété de ce moment-là, moment d'une sensation de vie élémentaire, que je voulais ressentir dans la peur". – Jost.

Angst est donné au Théâtre d'État de Darmstadt pour six représentations. Mais cette production n'est pas la seule possibilité de faire connaissance avec la musique de Christian Jost : son premier opéra Death Knock (La Mort frappe à la porte), tiré de l'œuvre de Woody Allen, est encore à l'affiche au théâtre municipal de Giessen.

 

 

Photo de scène de la mise en scène du Théâtre national de Weimar, avec le chœur de l'Opéra de Weimar et la Staatskapelle de Weimar, première : 24 septembre 2015 à la Salle de la E-Werk à Weimar (direction musicale : Stefan Solyom, mise en scène : Karsten Wiegand, décors : Bärbl Hohmann, costumes : Andrea Fisser, direction du chœur : Markus Oppeneiger / Andreas Klippert).

Œuvre de la semaine - Pēteris Vasks: Da pacem, Domine

C'est à l'occasion du 70e anniversaire de Pēteris Vasks qu'a lieu le 16 avril 2016 à la cathédrale de Riga (Lettonie) la première audition de sa plus récente œuvre, Da Pacem, Domine. Comme il est fréquent de nos jours, on retrouve dans cette œuvre les vœux fervents du compositeur à l'égard de la paix. Mais d'autres thèmes de notre époque se retrouvent également dans les compositions de Vasks. C'est ainsi qu'il évoque aussi bien le thème de la beauté de la nature ou de la destruction écologique que sa propre expérience de la guerre et de la terreur.

Fils d'un pasteur baptiste, Vasks est né en 1946 en Lettonie. En raison non seulement de sa croyance religieuse, mais aussi de ses convictions artistiques, le compositeur eut à souffrir de la répression dans son pays natal. L'occupation de l'Union soviétique pesa lourdement sur les années de jeunesse de ce musicien letton, contribuant à renforcer sa foi et ses valeurs morales. Vasks étudia d'abord le violon à Riga, puis se consacra à un cursus de contrebasse à l'Académie de musique lettonne et enfin à un cursus de composition à l'École supérieure de musique de Lettonie.

La musique, l'éducation et la morale chez Pēteris Vasks.


Voici comment Vasks lui-même décrit sa démarche et ses principes moraux en matière de composition musicale :
Tout cela me vient de mon père. Comme sa parole et son geste étaient expressifs, lors de ses prêches ! Il travaillait beaucoup et très durement à leur préparation, mais au moment du prêche, c'était comme si tout cela avait été inventé à l'instant même à l'intention des auditeurs, avec toute l'expressivité requise. Il s'agit là d'idéaux, de foi, et d'amour. Tels sont les messages contenus dans ma musique, et que je dois transmettre à l'humanité. Et ma façon de le faire est ce qui me définit – c'est mon identité.– Vasks.

Contrairement à ce que l'on pourrait attendre, Vasks n'utilise pas sa musique pour tenter de missionner les auditeurs. Il lui importe beaucoup plus d'atteindre une impulsion humaine archaïque, indépendamment de toute religion. Ainsi ses compositions sont-elles des œuvres universellement valables, destinées à toucher quelque chose en toute personne. Dans le cadre de ce concert anniversaire, d'autres œuvres du compositeur letton doivent également être interprétées. Sous la direction musicale de Sigvards Kļava et de Normunds Šnē, le chœur de la Radio lettonne et l'orchestre Sinfonietta Riga interpréteront la Musica appassionata, le Einsame EngelThe Fruit of silence ainsi que la Musica serena.

photo: Mélanie Gomez

Œuvre de la semaine - Bernd Alois Zimmermann: Konzert für Oboe und kleines Orchester

Le Concerto pour hautbois et petit orchestre de Bernd Alois Zimmermann est au programme des concerts de la semaine prochaine à Buenos-Aires. Cette exécution revêt un caractère particulier dans l'histoire de la pièce. Par le passé, les œuvres de ce compositeur allemand ont été plutôt rarement données dans les pays latino-américains. Ce concert aura lieu le 7 avril, au Teatro Colón. Pour Wilhelm Furtwängler, déjà, cette maison d'opéra était la meilleure et la plus belle du monde. C'est sous la direction musicale de Zhang Guoyong et accompagné par l'orchestre du Teatro Colón que Néstor Garrote tiendra la partie de soliste.

Le concerto de Zimmermann, lequel aurait fêté en 2018 son centième anniversaire, date de 1952, où il fut créé au mois d'octobre de cette même année aux Journées musicales de Donaueschingen. À cette époque, Zimmermann occupait un poste d'assistant en théorie musicale à l'Institut de musicologie de l'université de Cologne, qu'il quitta peu de temps après, au bénéfice de son activité de compositeur. Le déchirement entre la sécurité d'une situation durable, d'un côté, et la perte de sa liberté, de l'autre, poursuivit le compositeur toute sa vie durant. Son "esprit inquiet", comme il l'appelait lui-même, était souvent ressenti comme un poids, mais qui cependant lui procurait de l'inspiration pour de nouvelles œuvres.

L'hommage de Zimmermann à Stravinsky


Le concerto pour hautbois se compose de trois mouvements : Hommage à Stravinsky, Rhapsodie, et Finale. La partie de hautbois fait appel à une grande virtuosité, ce qui place ainsi le soliste devant un haut niveau d'exigence. Zimmermann écrit à propos de cette œuvre :
Dans la première partie, "Hommage à Stravinsky", sont cités, ouvertement ou de manière dissimulée, des motifs et des thèmes du 1er mouvement de la Symphonie en ut de Stravinsky. Les trois mouvements du concerto sont construits sur une série commune de douze sons, maniée avec une telle souplesse que – à la profonde horreur des dodécaphonistes ultra-orthodoxes – des thèmes de Stravinsky peuvent être cités sans "sortir du rang". On peut laisser à l'auditeur le soin de découvrir çà ou là ces petites blagues. – Zimmermann.

Dans les prochains mois aussi, les spectateurs de Buenos-Aires auront le plaisir de retrouver la musique de Zimmermann : du 12 au 20 juillet, Die Soldaten verront leur première production en Argentine, dans une mise en scène de Pablo Maritano, également au Teatro Colón.

Photo: HalloweenHJB

Œuvre de la semaine – Andrew Norman: Play: Level 1

Le Los Angeles Philharmonic Orchestra, en tournée aux États-Unis et en Europe, emporte dans ses bagages une pièce de Andrew Norman ; depuis le 25 février, Gustavo Dudamel a déjà dirigé deux fois Play: Level 1 (Joue / Jeu : Niveau 1) à Los Angeles et à New York. Le 19 mars a lieu la première audition en Europe, à la Philharmonie de Paris.

"Jouer", pour Norman, est beaucoup plus qu'un amusant passe-temps d'enfants. Il s'attache dans cette composition au terme de "jeu" sous tous ses aspects. Le mot est employé dans différents contextes : le jeu instrumental, le jeu théâtral, ou encore les jeux vidéos. Selon lui, un orchestre se transforme en ensemble de théâtre, lorsqu'il donne un concert sur une scène. En même temps, il se compose d'un grand nombre de joueurs qui, pris  isolément, peuvent jouer ou bien ensemble, ou bien les uns contre les autres. Le jeu instrumental est réglé ici par le chef d'orchestre qui, tel un montreur de marionnettes, tient tous les fils en main. Le terme de "jeu" peut ainsi comporter également un arrière-goût déplaisant : le contrôle opéré par le truchement d'une instance isolée et autoritaire peut avoir pour conséquence de favoriser le développement de la manipulation et de la tromperie.

Une musique qui veut accéder au niveau supérieur


Le titre Play: Level 1 renvoie au monde des jeux vidéos. La pièce est ici la première d'une composition en trois parties, qui monte du niveau 1 au niveau 3. Le cycle complet a été créé en 2013 à Boston. Norman explique son œuvre ainsi :
Une grande partie de la pièce est consacrée à la question de savoir qui joue de quoi. Les percussionnistes, par exemple, passent une grande partie de leur temps à jouer "de l'orchestre" comme si c'était un instrument (de même qu'ils sont à leur tour "joués" en tant qu'instrument par le chef. Celui-ci, à son tour aussi, est "joué" par la partition). Certains percussionnistes remplissent le rôle d'un contacteur : ils allument puis éteignent différents instrumentistes, les font jouer (tantôt pour rire, tantôt sérieusement) plus fort ou plus doucement, en avant ou en arrière, plus vite ou plus lentement. Ils font rembobiner la musique en arrière, et la font rejouer ; toujours avec l'idée de trouver une sortie du labyrinthe et de pouvoir avancer vers un niveau de jeu supérieur. – Norman

Le 21 mars, le Los Angeles Philharmonic Orchestra poursuit son voyage en Europe, pour donner la première audition de  Play: Level 1 à la Philharmonie de Luxembourg, et conclure la tournée le 22 mars au Barbican Hall de Londres avec la première audition anglaise de la pièce.

 

Œuvre de la semaine - Widmann/Mendelssohn: Andante

Le répertoire classique pour clarinette et orchestre est restreint. Au-delà des concertos solos de Mozart et de Weber, ce n'est qu'au XXe siècle que des œuvres significatives furent de nouveau écrites pour l'instrument. Le clarinettiste et compositeur Jörg Widmann agrandit ce répertoire avec des pièces concertantes qu'il peut présenter lui-même en soliste. C'est ce qu'il fait le 15 mars 2016 avec le Irish Chamber Orchestra qu'il dirige lui-même tout en jouant la partie soliste de sa transcription de l'Andante de la sonate pour clarinette de Felix Mendelssohn Bartholdy.

C'est en 1824 que Mendelssohn, tout juste âgé de 15 ans, composa sa sonate pour clarinette en mi bémol majeur. La forme du mouvement central, Andante, rappelle la construction d'un simple lied. Widmann élargit ce mouvement central à une version pour orchestre à cordes, complété, outre la clarinette, d'une harpe et d'un célesta. Lors de la création, la partie de harpe est tenue par Geraldine O'Doherty et celle de célesta par Igor Levit. Andante est dédié à Aribert Reimann, qui a fêté il y a peu son 80e anniversaire. Les deux compositeurs sont liés par leur commune adoration à l'égard de Felix Mendelssohn Bartholdy.

Widmann compose un hommage à Mendelssohn


La clarinette ouvre cet Andante avec au piano un thème chantant qui, dans le cours de la phrase, se réduit à un pianissimo. Après une classique présentation du thème de huit mesures, l'orchestre entre, lui aussi très doucement et, pour une partie, en pizzicato. Ainsi, la harpe et les cordes se retrouvent-elles rapprochées pour former un tapis de perles sonores sur lequel se développe le thème à la clarinette. Le célesta n'intervient  que plus tard, et n'a que peu et, par comparaison, de courtes interventions. C'est pourquoi il perce à travers les autres instruments : avec de rapides traits de doubles croches en mezzo-forte, sa première entrée est impressionnante. Le caractère de Andante est imprégné de phrases chantantes et de variations de tempo. L'œuvre se termine par un accord de sol mineur, répété une seconde fois pour s'éteindre dans le pianissimo comme un écho.
Il y a longtemps que je nourrissais le rêve de transcrire cette œuvre merveilleuse pour clarinette, orchestre à cordes, harpe et célesta. Ce vœu s'est maintenant accompli dans le cadre du projet Mendelssohn de l'Irish Chamber Orchestra. – Widmann

Après la création à Limerick, l'Irish Chamber Orchestra joue cette composition de Widmann le lendemain à Dublin. La création en Allemagne a lieu dans le cadre du Printemps de Heidelberg (Heidelberger Frühling) le 20 avril à la Stadthalle de Heidelberg.

Photo: Marco Borggreve

 

Œuvre de la semaine - Tobias Picker: Opera Without Words

Le 10 mars, Christoph Eschenbach (photo), à la tête du National Symphony Orchestra, assure la création mondiale d'Opera Without Words, de Tobias Picker, une importante œuvre nouvelle pour orchestre. Cette première a lieu au Kennedy Center de Washington, DC, avec des reprises les 11 et 12 mars.

L'Opera Whithout Words  (Opéra sans paroles) de Picker a fait l'objet d'une commande conjointe du National Symphony Orchestra – grâce à un soutien de la fondation "John and June Hechinger Commissioning Fund for New Orchestra Works" – et du Nashville Symphony Orchestra. L'œuvre est un drame musical remarquable autant qu'inhabituel qui procède à l'exploration d'un mystérieux récit à travers cinq scènes : "The Beloved" (Le Bien-Aimé), "The Minstrel" (Le Ménestrel), "The Idol" (L'Idole), "The Gladiator" (Le Gladiateur), et "The Farewell" (L'Adieu). Picker donne quelques détails sur la singulière genèse de l'œuvre:
Opera Without Words est un drame musical écrit à propos de certaines personnes fascinantes de ma connaissance. Au début de la composition de l'œuvre, je me suis retrouvé en train de passer en revue les différences et les similitudes entre un concerto pour orchestre et un opéra. Le résultat en fut d'aborder cette nouvelle pièce pour orchestre comme je l'aurais fait d'un opéra ; j'ai engagé une librettiste, Irene Dische, et j'ai confié ses paroles non pas à des voix mais à des instruments de musique, libres de toute considération de tessiture vocale et de technique. Une fois terminée l'écriture de l'opéra avec des paroles, j'ai enlevé le texte, ne laissant que quelques traces ou artefacts du livret dans la partition. – Picker


Photo: Luca Piva

Œuvre de la semaine - Aribert Reimann: Metamorphosen

Le compositeur Aribert Reimann fêtera le 4 mars ses quatre-vingts ans. Ses Metamorphosen über ein Menuett von Franz Schubert (D 600) (Métamorphoses sur un menuet de Franz Schubert) pour dix instruments peuvent être entendues, cette semaine, à deux endroits : l'Ensemble Pro Artibus de Hanovre joue l'œuvre le 1er mars dans la galerie KUBUS de Hanovre, et un ensemble de chambre de l'Orchestre symphonique allemand de Berlin l'interprète le 4 mars dans un concert d'anniversaire à la Villa Elisabeth de Berlin.

À l'origine des Metamorphosen figure le menuet pour piano en do dièse mineur de Schubert, caractérisé par sa tournure contrapuntique et sa solennité baroque. Au demeurant, ce menuet ne fut publié qu'en 1897, près de 70 ans après la mort de Schubert. Visiblement, Schubert n'avait pas prévu de le publier. Pourtant, il est illustratif de la manière du compositeur, qui ne conservait que rarement ses idées musicales sous forme d'esquisses. Au lieu de cela, il les travaillait directement en de petites formes, comme par exemple ici sous forme de menuet, en une première configuration souvent réduite. Plus tard, il reprenait certaines de ces idées pour les développer dans des œuvres d'une forme plus importante et aussi dans des formations instrumentales plus lourdes.

Reimann développe l'idée de Schubert


Reimann a fait sien, dans ses Metamorphosen, le travail sur des idées de Schubert, en transcrivant ce menuet en une version pour quintette à vent et quintette à cordes. Il ne s'en tient cependant pas à une simple transcription, mais développe aussi quelques éléments musicaux à partir du langage musical de Schubert. Après les huit mesures du début, citées textuellement, s'ensuivent des variations qui vont en s'éloignant de plus en plus de l'original. Les groupes instrumentaux ici ne se comportent que rarement en blocs les uns vis à vis des autres. Au lieu de cela, ils forment diverses combinaisons de courts soli et duos qui alternent avec des tutti polyphoniques.
J'ai énormément appris de la relation aux œuvres d'autres compositeurs. Avant tout, en ce qui concerne la place de la polyphonie dans la composition pour piano, dont le rôle est différent dans la musique nouvelle de celui qu'elle jouait avant. – Reimann

Au cours du concert anniversaire de la Villa Elisabeth à Berlin, les membres de l'Orchestre symphonique allemand interpréteront également trois autres œuvres d'Aribert Reimann : Adagio zum Gedenken an Robert Schumann ("Adagio en mémoire de Robert Schumann") pour quatuor à cordes, Solo pour hautbois et Solo pour violoncelle.

Photo: © Schott Music Promotion / Gaby Gerster

Œuvre de la semaine - Fazıl Say: Grand Bazaar

L'Orchestre symphonique royal de Séville se déplace le 25 février 2016 sur le territoire oriental. L'orchestre présente ce jour-là la création du Grand Bazaar de Fazıl Say. C'est John Axelrod qui dirige ce concert, au Théâtre de la Maestranza de Séville.

Say définit l'œuvre comme une "Rhapsodie pour orchestre" – sur le plan formel, elle est de fait plutôt comparable aux poèmes symphoniques du romantisme. C'est le Grand Bazar, l'un des lieux emblématiques d'Istanbul, qui a servi de parrain à la composition. Le bâtiment séculaire constitue un domaine clos de boutiques et de ruelles orientales. Ici fonctionnent toutes sortes d'artisanats et d'affaires commerciales, qui se concluent au cours de vives discussions entre marchands et clients.

Le symbole d'Istanbul mis en musique


Grand Bazaar dépeint des scènes du Bazar indiquées comme telles dans le programme porté sur la partition. Ainsi la musique décrit-elle entre autres une "promenade dans les ruelles sombres du Grand Bazaar", le "marchandage du prix du tapis", ou un "climat vespéral". Les couleurs et les rythmes de la Turquie sont intégrés aux techniques de composition et d'instrumentation.
J'ai moi-même grandi dans une ambiance plus occidentale, imprégné par ma maison familiale ou encore par le conservatoire d'Ankara ainsi que par ma vie en Allemagne et aux États-Unis. Dans cette mesure, je suis une personne très occidentale, mais les cultures se mélangent de plus en plus, parce les gens se mélangent eux aussi de plus en plus. Nous devons continuer à bâtir de tels ponts et développer une culture plus largement ouverte aux autres cultures.
– Say

À côté de Grand Bazaar, l'Orchestre symphonique royal de Séville met au programme de ce concert une autre œuvre de Say : son concerto pour violon 1001 Nacht im Harem ("les Mille et Une nuits du harem") fait aussi partie de la même soirée. Les deux œuvres sont données une seconde fois le 26 février 2016.

Photo: Akça Doğan

Œuvre de la semaine - Viktor Ullmann: Der Kaiser von Atlantis

L'opéra de chambre en un acte de Viktor Ullmann Der Kaiser von Atlantis oder Die Tod-Verweigerung (L'empereur d'Atlantis ou Le refus de la mort) célèbre sa première à Dresde le 19 février. La mise en scène est de Christiane Lutz, au Semper 2, la seconde salle de spectacle du Semperoper, et la direction musicale est confiée à Johannes Wulff-Woesten.
Un cruel monarque décrète la guerre de tous contre tous. Mais la mort met un point d'arrêt aux crimes de masse, en refusant de remplir son office : maintenant, tous les hommes sont éternels. Le roi est certes réduit à l'impuissance, mais les hommes ont la nostalgie de la rédemption de la douleur causée par la vie. Seule la mort volontaire du roi peut rendre à la mort sa destination première.

Ullmann transpose l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale


Ullmann a composé cet opéra en 1943 durant son internement au camp de concentration de Terezin. L'ensemble de musique de chambre du camp devait jouer l'œuvre, mais la représentation fut interdite après la répétition générale. Un an plus tard, le compositeur confia sa partition autographe ainsi que le livret à un ami, avant d'être déporté à Auschwitz où il fut assassiné. C'est ainsi qu'a pu être sauvée la musique d'Ullmann.
J'ai écrit à Terezin une assez grande quantité de musique nouvelle, la plus grande partie pour répondre aux besoins et aux souhaits des chefs d'orchestre, metteurs en scène, pianistes, chanteurs, afin de répondre ainsi aux besoins de l'organisation du temps libre dans le ghetto [...]. Il convient seulement de souligner que j'ai été encouragé par Terezin à effectuer  de cette sorte mon travail musical, et n'en ai en rien été empêché, que nous ne restions d'aucune manière assis à pleurer sur les rives du fleuve de Babylone, et que notre volonté de culture était proportionnelle à notre envie de vivre ; et je suis persuadé que tous ceux qui s'efforçaient, dans la vie et dans l'art, à échapper aux volontés contraires, me donneront raison". - Viktor Ullmann

À Dresde, Der Kaiser von Atlantis oder Die Tod-Verweigerung sera joué en tout neuf fois du 19 février au 6 mars 2016. Plusieurs versions et manuscrits de cet opéra de chambre ont été conservés, ce qui permet d'être renseigné sur les différents états de la pièce avant et après la censure. Chez Schott est maintenant parue pour la première fois une partition de poche de l'édition Eulenburg (ETP 8067), dans laquelle toutes les variantes transmises de l'œuvre ont été conservées et confrontées les unes aux autres.

Photo: Landestheater Linz / © Christian Brachwitz 

Œuvre de la semaine –Thomas Larcher: Ouroboros

Le 11 février, le nouveau concerto pour violoncelle de Thomas Larcher, Ouroboros, écrit à l'intention de Jean-Guihen Queyras, sera donné en première audition mondiale au Muziekgebouw aan't IJ d'Amsterdam, avec l'orchestre Amsterdam Sinfonietta. L'œuvre a fait l'objet d'une commande conjointe de l'Amsterdam Sinfonietta, du Muziekgebouw aan't IJ, de l'Orchestre de chambre de Suède, de l'Orchestre de chambre de Lausanne, de l'Orchestre de chambre de Norvège, du Münchner Kammerorchester et du Hong Kong Sinfonietta.

Le titre de cette œuvre nouvelle provient du symbole de la Grèce antique, l'Ouroboros, rencontré par Larcher au cours de la lecture d'un texte sur les symphonies de Brahms. Une série de motifs répétitifs donne à la musique un sens de circularité dans la progression des idées pour revenir ensuite au motif original. Écrites pour être jouées avec ou sans chef d'orchestre, les textures rythmiques complexes de l'œuvre exigent de l'orchestre qu'il écoute et qu'il joue à la manière d'un ensemble de plus petite dimension. Le violoncelle est bien plus l'initiateur de processus qu'outil de virtuosité central. Ouroboros est construit en trois mouvements, dont le deuxième est une longue cadence confiée au violoncelle solo et au piano.
J'aime écrire pour des instrumentistes et des chanteurs personnifiés. J'aime travailler avec les gens qui vont jouer ma musique. Connaissant le type de musique qu'ils apprécient et ce qu'ils sont capables de faire n'a jamais été pour moi une source de limites – au contraire, c'est quelque chose qui me force à aller plus loin, et à donner à chaque artiste une pièce qui réponde à ses possibilités. C'est vrai également dans le domaine des émotions – comment ils perçoivent le monde. - Thomas Larcher

Après cette première, Queyras redonnera l'œuvre avec le Sinfonietta d'Amsterdam entre le 13 et le 19 février, et avec l'Orchestre de chambre de Lausanne les 4 et 5 avril. D'autres exécutions auront lieu dans le cours des saisons à venir avec l'Orchestre de chambre de Suède, ainsi que ses homologues de Norvège, de Munich, et de Hong Kong.

Photo: Marco Borggreve