• Joy of Music – Plus de 250 ans de qualité, innovation et tradition

Actualités

Œuvre de la semaine - Chaya Czernowin : Knights of the strange

Le Festival Wien Modern présente, le 20 novembre 2015 au Konzerthaus de Vienne, la création mondiale de l'œuvre pour ensemble de Chaya Czernowin Knights of the strange (Les chevaliers de l'étrange). Les musiciens de l'Ensemble PHACE et les solistes Yaron Deutsch (guitare électrique) et Krassimir Sterev (accordéon) sont placés sous la direction de Simeon Pironkoff.

Le titre de l'œuvre, destinée à dix instruments, est emprunté à un livre écrit par le fils de Chava Czernowin, Ko, à l'âge de quatre ans. Il est essentiellement constitué de citations issues du langage domestique quotidien. C'est à cela que se réfère la  compositrice dans la totalité de cette pièce pour ensemble, dans laquelle les exécutants doivent intégrer des expressions empruntées à leurs propre enfants ou parents. Un duo pour guitare électrique et accordéon, composé indépendamment et également intitulé Knights of the strange, est incorporé à la texture musicale de l'œuvre pour ensemble. Les deux instruments du duo doivent, ce faisant, réaliser une symbiose avec les autres instruments de l'ensemble.
Knights of the strange relève d'une poétique musicale dans laquelle dans laquelle sont décrits en peu de mots les relations spéculatives et poétiques entre le rêve, la réalité, et la réflexion. Le duo représente une sorte de plante solitaire, originaire d'une région climatique différente de la jungle de la version en tutti. Quels sont les chemins inattendus, traversant des territoire inconnus, que doivent emprunter l'impulsion et la réaction, lorsqu'elles sont confrontées à des éléments du hasard ? – Chaya Czernowin.

Cet été, la version pour duo de Knights of the strange avait déjà été présentée au public, dans le cadre d'un portrait-concert donné à la Gare du Nord de la ville de Bâle. En mars 2016 est prévue la première audition américaine de la version pout tutti, au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Elle y sera interprétée par le  LA Phil New Music Group, placé sous la direction de Mirga Gražinytė-Tyla, dans le cadre du festival "Green Umbrella".

Œuvre de la semaine - György Ligeti : Concert Românesc

Dans le cadre de "L'expérience Gershwin", projet de pédagogie musicale mis en œuvre par les stations régionales de radio publique, les élèves des écoles ont été amenés à faire la connaissance de l'œuvre du compositeur György Ligeti. Le concert conclusif de ce projet est proposé à tous les élèves les 12 et 13 novembre 2015 à la Herkulessaal de Munich par l'Orchestre symphonique de la radio bavaroise dirigé par Mariss Jansons. Au programme figure notamment le quatrième mouvement du Concert Românesc de Ligeti. Cet événement est également accessible de chez soi puisqu'il fait l'objet d'une retransmission en direct de la chaîne de télévision bavaroise ainsi que du programme culturel national de radio (ARD).

Il aura fallu vingt ans pour assister, après sa composition en 1951, à la première exécution publique du Concert Românesc. Pendant une répétition à Budapest, un passage harmoniquement inhabituel joua le rôle de détonateur à un débat lourd de conséquences – et l'œuvre fut finalement victime de la censure. Elle est aujourd'hui à sa place dans les salles de concert du monde entier. Dans cette pièce orchestrale avec cordes et vents solistes, Ligeti fit appel, tout à fait dans la manière de Béla Bartók, à des éléments issus de la musique populaire roumaine. Son séjour à l'Institut de Folklore de Bucarest ne fut évidemment pas étranger à cette inspiration. Le concerto est constitué d'une suite de quatre mouvements qui s'enchaînent attacca les uns aux autres. Le langage musical de la pièce est étroitement lié à la biographie de Ligeti :
J'ai passé mon enfance en Transylvanie, dans une communauté de langue hongroise. La langue officielle était le roumain, mais je n'ai appris cette langue que lorsque je fus au lycée. Aussi le roumain avait-il pour moi, dans mon enfance, un caractère mystérieux. Dès l'âge de trois ans, je fis la connaissance du folklore roumain : le cor des Alpes sonnait d'une façon très différentes de la musique "normale". J'en connais aujourd'hui le fondement : c'est que le cor des Alpes n'émet exclusivement que des sons naturels, et que les partiels 5 et 7, à savoir la tierce majeure et la septième mineure, sonnent "faux", et sont en effet légèrement plus bas que, par exemple, sur un piano. C'est cette "fausseté" – qui, de fait, correspond à la justesse, puisqu'il s'agit de la réalité acoustique –, qui confère au cor sa merveilleuse sonorité. – György Ligeti.

En tournée au Japon et à Taiwan, l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam, sous la direction de Gustavo Gimeno, interprète le Concert Românesc le 9 novembre à Nagoya, dans la Salle de concerts du Centre d'Arts de la Préfecture d'Aichi, ainsi que le 13 novembre au Suntory Hall de Tokyo. Et l'Orchestre symphonique du Mitteldeutscherrundfunk (MDR, basé  à Leipzig), met à son programme une série de concerts scolaires dans le cadre desquels figure également l'œuvre. C'est ainsi qu'on a pu l'entendre le 6 novembre au lycée Lucas Cranach de Wittenberg. Le 9 novembre a lieu une exécution de la pièce au Domgymnasium de Merseburg, de même qu'à l'occasion du concert prévu le 26 novembre à la Maison de la Culture de Reinsdorf.

photo: © Wikimedia Commons / Stbichler (Alt, Porumbacu de Jos)

Œuvre de la semaine – Toshio Hosokawa : Nach dem Sturm

C'est un double jubilé que fête le Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra, le 2 novembre 2015, avec la création mondiale de Nach dem Sturm (Après la tempête) de Toshio Hosokawa : les cinquante ans de sa propre existence, et le soixantième anniversaire du compositeur quelques jours auparavant. Le concert, donné au Suntory Hall de Tokyo, permettra d'entendre également les deux sopranos Susanne Elmark et Ilse Eerens, sur scène aux côtés de l'orchestre dirigé par Kazushi Ono.

Inspiré précédemment par des textes de Hermann Hesse dans sa pièce de harpe Neben dem Fluss (À côté du fleuve) et son concerto pour trompette Im Nebel (Dans le brouillard), Hosokawa met ici en musique un texte du poète destiné pour la première fois au chant. Le poème "Blumen nach einem Unwetter" ("Fleurs après le mauvais temps") – que Hesse avait publié accompagné d'une de ses propres aquarelles – forme la seconde partie de l'œuvre, dont la durée globale avoisine les vingt minutes. Auparavant, l'important effectif de l'orchestre, augmenté de nombreuses percussions japonaises, fait entendre une violente scène de tempête. La composition, à l'instar de plusieurs pièces plus récentes de Hosokawa, se situe dans le contexte du tremblement de terre dévastateur survenu à Tohoku en 2011. Il explique à ce sujet :
La musique a toujours été pour moi un moyen permettant de trouver l'harmonie entre l'homme et la nature. Mais après le tremblement de terre de Tohoku en 2011, j'ai commencé à concevoir la musique d'une manière nouvelle. Elle représente une forme de chamanisme ; les hommes prient avec son aide et adoucissent les esprits des morts car elle permet de jeter un pont entre l'ici-bas et l'au-delà. Dans ma pièce, les deux sopranos jouent le rôle de "miko" [femmes qui, dans le culte shinto, servent d'intercesseurs entre les hommes et les dieux, NDR]. Dans la première moitié, l'orchestre, seul, dépeint une tempête. Dans la seconde, les sopranos chantent le poème de Hermann Hesse consacré à une fleur qui, après une tempête, retrouve lentement la lumière. – Toshio Hosokawa

Dans la seconde moitié du mois, le Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra effectue une tournée européenne. Au cours de ce déplacement, il présenteront Nach dem Sturm le 17 novembre à la Philharmonie de Luxembourg, et, le 10 novembre, en création allemande à la Philharmonie de Berlin.

Œuvre de la semaine - Jörg Widmann: Viola Concerto

L'interprète porte l'instrument à son oreille, joue un pizzicato de la main gauche, et allonge son visage dans un grimace dégoûtée. Il y a ici un sérieux besoin de "réaccordage"... Le 28 octobre 2015 a lieu à la Philharmonie de Paris la création mondiale du Concerto pour alto de Jörg Widmann. Antoine Tamestit, pour qui le compositeur a écrit l'œuvre, en est l'interprète aux côtés de l'Orchestre de Paris dirigé par Paavo Järvi. Widmann et Tamestit ont précédemment eu de fréquentes occasions de jouer ensemble en tant qu'interprètes de musique de chambre.

L'œuvre se présente comme un jeu sophistiqué autour de la forme du concerto pour soliste, Tamestit en convient parfaitement, lui qui promet que le public doit s'attendre à "un évènement concertant exceptionnel". Dès le début de la pièce, on se heurte déjà à une singularité : il n'y a là pas besoin du chef d'orchestre. À la place, c'est l'altiste soliste qui intervient soudainement et commence à jouer – mais sans l'archet. Des techniques de jeu spécifiques, telles l'imitation d'un sitar indien au moyen d'un vibrato "tremblé" et l'utilisation percussive de la caisse de résonnance de l'alto tout en jouant sur les cordes, attirent l'attention vers la polyvalence de l'instrument. À plusieurs reprises, le soliste joue le rôle d'un comédien qui, dans un mélange de fierté et d'auto-ironie, exécute des indications détaillées de jeux de scène. Mais la richesse de l'ingéniosité ne se démontre pas uniquement dans la partie soliste, mais par exemple aussi au piano, préparé avec un verre de scotch.
Pour moi, l'alto est avant tout un instrument extraordinairement chantant. Jouer de la musique de chambre avec alto relève pour moi, en tant que musicien, de la plus haute sorte de beauté. Rien que sur sa corde de do, il est possible de raconter des histoires qui seraient impensables sur n'importe quel autre instrument à cordes. Dans mon Concerto pour alto, le jeu scénique est largement transféré dans un pays utopique : au début, dans une sphère étrangère tâtonnante, exclusivement peuplée de pizzicati dans toutes leurs variantes possibles et impossibles ; puis, avec un chant mélancolique en provenance d'un pays imaginaire de conte de fées oriental ; et enfin, l'écroulement dans des cascades de virtuosité artistiquement absurdes, qui introduisent le cœur de l'œuvre, une Aria pour alto et cordes extrêmement assourdies ; un chant d'adieu d'une intériorité douloureuse à un monde englouti, qui  n'est tiré dans une réalité crue que dans les tout derniers mètres.– Jörg Widmann.



Le Concerto de Widmann a fait l'objet d'une commande passée par trois orchestres, l'Orchestre de Paris, le Swedish Radio Symphony Orchestra et l'Orchestre symphonique de la Radio bavaroise. En Suède et en Allemagne, d'autres exécutions sont prévues les 26 et 27 novembre 2015 à l'auditorium du Berwaldhallen de Stockholm, ainsi que les 3 et 4 mars 2016 à la Herkulessaal de Munich.

Œuvre de la semaine - Hans Werner Henze : The Bassarids

Dans le courant de cette saison, Hans Werner Henze aurait eu 90 ans. À l'occasion de cet anniversaire du 1er juillet 2016 ont déjà lieu dès maintenant de nouvelles productions significatives de ses opéras. C'est ainsi que se trouve célébrée le 23 octobre la première de son drame musical (Musikdrama) The Bassarids dans sa langue originale, l'anglais, au Théâtre national de Mannheim. La direction musicale est assurée par Rossen Gergov, Frank Hilbrich signe la la mise en scène. La création originale de la pièce eut lieu en 1966 au festival de Salzbourg. The Bassarids représentent depuis une forte partie constitutive du répertoire de théâtre musical et comptent pour l'une des plus importantes œuvres scéniques de Henze, qui en a composé près de cinquante.

Le matériau de l'action est tiré des Bacchantes d'Euripide. Le livret est dû à la plume de W. H. Auden et Chester Kallman. À sa prise de pouvoir sur Thèbes, le roi Penthée prononce avant toute chose l'interdiction du culte de Dionysos. Mais, ainsi qu'il est plus tard révélé, Penthée a fait ce calcul sans en avertir Dionysos. Ce dernier se rend à Thèbes sous l'apparence d'un étranger et incite Penthée à observer en secret les rites nocturnes. C'est dans ce cadre que le roi de Thèbes est mis à mort par sa mère, Agavé, qui le prend pour une bête sauvage. Le réveil du matin suivant est cruel : ce n'est qu'alors qu'Agavé réalise son acte. Dionysos révèle sa véritable identité, dévoile l'accomplissement du plan destiné à le venger de Penthée, et exige du peuple de Thèbes d'être inconditionnellement honoré par lui.

Cet opéra en un acte se compose de deux parties, et se déroule sous la forme d'une symphonie en quatre mouvements. L'importante nomenclature, l'enchevêtrement du livret et la complexité de la composition musicale font de la réalisation des Bassarids un projet ambitieux. Dionysos et Penthée se répartissent sur deux pôles opposés de l'existence humaine, qui, sur les fondements du sujet antique, laissent apparaître de nombreuses implications dans le monde contemporain.
Les Bassarides, que je comprends beaucoup mieux et que j'aime beaucoup plus aujourd'hui qu'au moment où je les ai écrits, représentent maintenant pour moi ma plus importante œuvre théâtrale. Intéressantes, modernes, nous concernant tout autant qu'elles ont concerné les années autour de 1968, demeurent les questions suivantes : qu'est-ce que la liberté, qu'est-ce que le manque de liberté ? Qu'est-ce que la répression, qu'est-ce que la révolte, qu'est-ce que la révolution ? Tout cela est de fait désigné, indiqué, suggéré par Euripide. Le grand nombre, la richesse des relations, de ces relations sensuellement palpables avec ce monde antique, ce monde archaïque, et tout se met en place pour nous grâce au texte de Auden, et voilà Euripide amené dans notre époque, et cela, d'une manière que ne saurait mettre en œuvre même la mise en scène la plus brillante du texte grec original, qui, justement, ne peut se départir de la distance manifestée envers une civilisation différente et restée longtemps en arrière. – Hans Werner Henze.

La première est suivie de quatre autres représentations d'ici le 10 décembre. Dès novembre, ce drame musical peut également être vu au Teatro dell'Opera di Roma, dans une mise en scène de Mario Martone.

Photo: © Het Muziektheater Amsterdam / photo ed

Œuvre de la semaine - Richard Strauss : Capriccio

L'Orchestre de la Cour de Meiningen (Meininger Hofkapelle) fête en 2015 ses 325 ans d'existence. C'est à cet orchestre que Richard Strauss, invité par Hans von Bülow, doit sa première place de chef d'orchestre. Dans le cadre des festivités consacrées au jubilé figure, le 16 octobre, une nouvelle production du dernier opéra du compositeur, Capriccio. La mise en scène est confiée à Anthony Pilavachi, le pupitre d'orchestre étant tenu par le directeur général de la musique Philippe Bach.

Les compositeurs aiment bien écrire des opéras ayant la musique pour thème : le chanteur Orphée, la Flûte enchantée, les Maîtres chanteurs de Nuremberg, le Trouvère, la création de la pièce Ariane à Naxos... Et ainsi Strauss saisit-il également avec adresse, dans Capriccio, les possibilités musicales offertes par un tel sujet. On trouve de la musique dans la musique dès le Prélude : un sextuor à cordes joue à la comtesse Madeleine une sérénade d'anniversaire (qui deviendra plus tard l'une des œuvres de musique de chambre les plus célèbres de Richard Strauss). Nous nous trouvons dans un château de la région parisienne au temps de la réforme de l'opéra. Une violente dispute s'élève entre les partisans des compositeurs Christoph Willibald Gluck et Niccolò Piccinni. Mais le conflit n'est en fait pas seulement de nature artistique, il s'agit également de la faveur de la belle comtesse, il en va d'affaires de cœur et de jalousie.

Strauss développe dans Capriccio tous les registres de son savoir-faire scénique : citations stylistiques tirées de toute l'histoire de l'opéra, une action à laquelle aucun ressort dramatique n'est étranger, sans aucune trace de pathos ou de kitsch, une instrumentation exemplaire, un irrésistible élan musical, l'élimination définitive de tout accent wagnérien – bref, la démonstration d'une parfaite maîtrise de la composition musicale. Il connaît cependant les difficultés du temps où il se trouve depuis le début de son travail sur cet opéra, dans le courant de l'année 1939 : c'est la guerre, le monde est menacé de catastrophe, Strauss lui-même est intriqué dans le système national-socialiste. Il compose l'opéra en un acte, pour gagner du temps. Et devant l'arrière-plan autobiographique, certaines scènes de Capriccio résonnent comme un aveu caché de culpabilité personnelle, comme dans le dialogue du deuxième tableau entre le comte et la comtesse :
La comtesse : Rameau est génial..., et pourtant c'était un être sans éducation et grossier. Lorsque j'y pense, il me déplaît profondément. Cela trouble mon plaisir.
Le comte : il faut que tu sépares la personne de l'œuvre.

La complexité des tensions relationnelles dans la pièce et dans sa constitution puis sa réception place les metteurs en scène devant un véritable défi. Il faut donc attendre avec grand intérêt la production à venir, sachant qu'il s'agit de la première nouvelle production de Capriccio depuis six ans. Le calendrier de la saison du Théâtre de Meiningen prévoit jusqu'au 27 juin 2016 dix représentations de la pièce.

Photo: © Das Meininger Theater / foto ed

Œuvre de la semaine - Richard Ayres : No. 48 (night studio)

La nouvelle œuvre orchestrale de Richard Ayres No. 48 (night studio) sera créée le jeudi 8 octobre prochain par le BBC Symphony Orchestra dirigé par Ilan Volkov au Barbican Hall de Londres. La première audition allemande aura lieu peu de temps après à Donaueschingen, où Peter Eötvös dirigera l'Orchestre symphonique de la radio du Südwestfunk.

No. 48 est un tour d'horizon des étranges et merveilleuses obsessions musicales issues de l'esprit hyper-créatif de Richard Ayres. Dans cette pièce orchestrée pour grand orchestre symphonique et dispositif électronique, des sons échantillonnés de la voix du compositeur (ainsi que d'autres éléments sonores apparemment aléatoires) sont introduits et s'entrecroisent entre de brefs fragments musicaux : un concerto pour cor de 15 secondes, une seconde symphonie de 20 secondes, un canon suivi de… coups de canon ! De plus longs passages, dont certains sont des réminiscences de moments d'émotion extraits de son plus récent opéra Peter Pan, constituent une arche de cohésion guidant le public dans un voyage à travers des émotions de toute sorte. La pièce est dédiée à l'artiste canado-américain Philip Guston, et elle est la troisième, dans un ensemble de pièces orchestrales, à porter dédicace à des artistes ou à des écrivains qui ont compté dans la vie de Ayres.
La rupture de Guston avec la conception ultra raffinée des peintures de son entourage et son adoption d'un type d'expression relevant presque de la bande dessinée me donna, d'une certaine manière, la permission d'une création nouvelle. Après cela, je sentis que j'étais autorisé à explorer un champ musical très vaste, et je redécouvris et réévaluai ainsi mes propres fondements musicaux. – Richard Ayres

Cet hiver, on retrouvera l'opéra de Richard Ayres Peter Pan à l'Opéra de Stuttgart après une première mondiale fort couronnée de succès au cours de la saison 2013–2014. Reprenant la production de Frank Hilbrich, 13 représentations seront données entre le 12 décembre 2015 et le 5 janvier 2016.

Œuvre de la semaine - Gerald Barry : The One-Armed Pianist

C'est le 3 octobre 2015 qu'aura lieu en création mondiale l'œuvre de Gerald Barry The One Armed Pianist (Le pianiste manchot, 2015), au Musée des Sciences de Londres (London's Science Museum). Nicholas Collon sera à la tête de l'Aurora Orchestra, dans le cadre d'un concert-visite, point culminant du projet Objects at an Exhibition (Objets d'une exposition) réalisé par le label NMC en collaboration avec le Musée des Sciences à l'occasion du 25e anniversaire de NMC. Le CD correspondant est sorti le 18 septembre.

Les 6 œuvres composant les Objects at an Exhibition sont toutes inspirées d'artefacts ou d'espaces présents dans le musée. La pièce de Barry The One-Armed Pianist a été composée en relation avec un bras droit artificiel dont les trois doigts du milieu sont d'une petite taille hors de proportion, mais avec un pouce et un petit doigt en extension permettant de couvrir une octave de piano. La pièce fut conçue pour une femme qui s'en servit à l'occasion d'un concert donné au Royal Albert Hall en 1906. L'œuvre, dont l'instrumentation ne comporte pas de piano, est saisissante par l'économie de moyens qui la caractérise. L'approche imaginative dont Barry fait preuve dans l'orchestration d'une formule de deux accords répétés isolément attire irrésistiblement l'attention des auditeurs, les contraignant à examiner chaque son avec une attention soutenue. Ainsi est conçue la première moitié de la pièce, que Barry nomme "le quotidien" ; la seconde moitié est constituée de l'octave jouée par le bras de bois. À l'audition de cette pièce, un ami de Barry déclara :
On entend là l'esprit du compositeur. Les appels de la fin sont comme l'Empire austro-hongrois – des traces de gloire s'effaçant à jamais.

Après cette représentation au Musée des Sciences, deux autres œuvres de Barry seront créées en première audition mondiale dans le mois : Midday (2014), pour violon et piano, le 14 octobre à "The Forge", dans le quartier de Camden à Londres, avec Darragh Morgan et Mary Dullea, ainsi que The Destruction of Sodom (2015), pour huit cors et deux machines à vent, le 31, à Grenade en Espagne. Hugh Tinney interprétera le concerto pour piano de Barry avec l'Orchestre symphonique de la radio-télévision irlandaise (RTÉ National Symphony Orchestra) à Dublin, le 30 octobre.

photo : Science Museum London

Œuvre de la semaine - Pēteris Vasks : 4e Quatuor à cordes

Le 25 septembre a lieu, au Théâtre Royal de Copenhague, la première d'un ballet composé sur le 4e Quatuor à cordes de Pēteris Vasks. La pièce fait partie d'une soirée chorégraphique en trois parties intitulée Short Time Together (Peu de temps ensemble). La chorégraphie de Natalia Horecna fait appel au langage de la danse contemporaine pour mener une réflexion sur la vitesse de la vie moderne.

Composé en 1999 et créé le 21 mai 2000 au Théâtre de la Ville à Paris par le Quatuor Kronos, ce 4e Quatuor à cordes est composé de cinq mouvements qui constituent un large arc de tension dramaturgique : Elegy, Toccata I, Choral, Toccata II et Meditation. Le premier mouvement, dont la lente élaboration se déroule en des figures de trilles, est qualifié par Vasks de "contact avec le passé", ce qui offre de séduisantes possibilités de rattachement au thème générique de la soirée. À ce mouvement au contexte intime succède le climat harmonique grinçant de la Toccata I, en rythmes pointés, qui reflète, signale Vasks, l'agressivité du XXe siècle. Au centre se trouve le Choral, au caractère chantant et se dérobant dans une imprécision permanente. Des traits de symétrie s'établissent entre le caractère repris de la Toccata I dans le quatrième mouvement, et le retour de l'atmosphère sombre du début dans la Meditation.

La transposition chorégraphique de l'œuvre instrumentale éveille immédiatement l'intérêt sur plusieurs plans : au cours de cette soirée, Horecna envoie le public dans un voyage rempli de contradictions. Elle laisse les frontières du temps derrière soi et place l'existence humaine au centre de l'action. Dans sa chorégraphie, elle se réfère directement à la dimension de contenu de la pièce :
Dans ce ballet, je retourne mon regard vers le passé, vers ce qu'il nous transmet, et je considère la mort comme un nouveau commencement dont proviennent des souvenirs vivants qui se transforment en quelque chose de nouveau, de meilleur.

L'opportunité de participer à cette soirée chorégraphique sera offerte tout au long des douze autres représentations de l'œuvre qui seront données au Théâtre Royal d'ici la mi-novembre. Les fans de la musique de Pēteris Vasks pourront également profiter du concert donné à Kiel par l'orchestre symphonique de la radio NDR le 1er octobre, au programme duquel sera interprété le concerto pour violon et orchestre Vox amoris. D'autres exécutions sont également prévues à Hambourg et Wismar.

photo: Det Kongelige Teater

Œuvre de la semaine : Richard Wagner – Tannhäuser

C'est le 19 septembre à l'Opéra de Gand que l'opéra Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg de Richard Wagner fête, dans sa version parisienne, la première représentation d'une nouvelle production mise en scène par le Catalan Calixto Bieito et dirigée musicalement par Dmitri Jurowski. Le rôle-titre est tenu par le Heldentenor (ténor héroïque) Burkhard Fritz, entouré d'Annette Dasch (Elisabeth), Ante Jerkunica (Hermann), Ausrine Stundyte (Venus), et Daniel Schmutzhard (Wolfram von Eschenbach). Dans sa mise en scène, Calixto Bieito entend mettre l'accent sur la contradiction entre pulsions naturelles et conventions sociales, et poser la question de la place de l'artiste dans la société.

Tannhäuser existe sous trois formes différentes : dans la version de Dresde originelle de la création de l'œuvre, en 1845, revue et augmentée par Wagner en 1860, qui constitue sa version scénique "courante" ; puis, en 1861, l'œuvre, fortement augmentée essentiellement dans le premier acte, fit l'objet d'une nouvelle présentation au public au Théâtre impérial de l'Opéra de Paris, en français, et avec des changements dans l'instrumentation ; enfin, c'est en 1867 qu'une "représentation de référence" eut lieu à la Hofoper (Opéra de la Cour) de Munich, dans laquelle étaient reprises presque toutes les innovations apportées dans la version parisienne. C'est dans cette version qu'une nouvelle production fut également mise en chantier à la Hofoper de Vienne en 1875, en présence de Wagner. Mais à cette occasion, Wagner apporta encore des transformations dans l'enchaînement de l'ouverture à la scène du Venusberg. Tannhäuser est le seul opéra pour lequel Wagner réalisa lui-même une édition piano-chant. Bien que toutes ces versions soient jouables, Wagner est toujours resté convaincu que son travail sur Tannhäuser n'était pas terminé. Il écrivit ainsi à sa femme Cosima en janvier 1883, peu de semaines avant sa mort :
"Je suis toujours redevable au monde d'un Tannhäuser".

Dans le cadre de l'édition complète Richard Wagner (Richard Wagner – Gesamtausgabe), les responsables de l'édition Egon Voss, Peter Jost et Reinhard Strohm ont consacré pendant plus de trente ans leur travail musicologique à l'histoire de la genèse de l'œuvre. C'est sur cette base que sont parues chez Schott Music la partition générale (conducteur), les parties d'orchestre séparées et la transcription piano-chant, permettant de comparer ensemble tous les stades de la formation de Tannhäuser, et offrant une claire structuration des versions de Dresde, Paris et Vienne.

La première représentation du 19 septembre est suivie de trois autres dates d'ici le 27 septembre. Puis, la production est visible à l'Opéra d'Anvers du 4 au 17 octobre 2015. Les amis de Wagner y trouveront tous leur compte ces jours-là. Le 16 septembre, c'est La Walkyrie que l'on peut entendre au Teatro Campoamer d'Oviedo en Espagne. Par ailleurs, dans ces mêmes moments, le cadre de la Triennale de la Ruhr présente L'Or du Rhin (Rheingold) le 18 septembre à la Jahrhunderthalle (Salle du Siècle) de Bochum. D'ici le 22 septembre 2015, c'est à Minden que l'on peut également assister à L'Or du Rhin, avec l'orchestre de la Nordwestdeutsche Philharmonie.

foto: Pierpaolo Ferrari