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Œuvre de la semaine – Paul Hindemith : Symphonic Metamorphosis

Les Symphonic Metamorphosis on Themes by Carl Maria von Weber (Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber) de Paul Hindemith sont donnés deux fois cette semaine : le Suffolk Youth Orchestra les joue le 3 août sous la direction de Philip Shaw au Concert Hall de Snape Maltings (Suffolk, Grande-Bretagne), et Teddy Abrams les dirige le 6 août avec le Britt Festival Orchestra, dans le cadre du Britt Music & Arts Festivals, à Jacksonville (États-Unis).



En 1936, les compositions de Hindemith furent frappées d'interdiction en Allemagne, ce pourquoi le compositeur s'exila quatre ans plus tard aux États-Unis. C'est à ce moment que l'œuvre symphonique Métamorphoses symphoniques  vit le jour en tant que première œuvre composée par Hindemith aux États-Unis.

Les Métamorphoses symphoniques de Hindemith : la transformation d'un ballet en une symphonie


C'est pour le danseur et chorégraphe Leonid Massine que Hindemith avait écrit dès 1938 la musique du ballet Nobilissima Visione, et c'est par lui qu'il se vit confier une tâche nouvelle : Massine demanda au compositeur d'orchestrer des pièces pour piano de Carl Maria von Weber, qui devaient ensuite faire partie d'une musique de ballet. Mais les deux artistes ne purent se mettre d'accord. Hindemith décida, à l'inverse de ce que lui conseillait Massine, non seulement de composer des Variations sur des thèmes de Carl Maria von Weber, mais en outre de les écrire d'une manière libre, dans son propre style. Il les avait simplement "légèrement colorées et aiguisées", écrivait le compositeur dans une lettre à son épouse. Massine déclina le résultat en le déclarant trop complexe, si bien que le projet, tout d'abord, en resta là. Ce n'est qu'en 1944 que les Métamorphoses symphoniques furent créées par le New York Philharmonic Orchestra dirigé par Artur Rodziński. Ce sont la virtuosité, la fantaisie et l'humour qui caractérisent l'œuvre. Plus encore que les autres mouvements, le deuxième (le Scherzo sur la pièce écrite par Weber pour "Turandot") est particulièrement enthousiasmant, avec son motif pentatonique et son arrogant fugato jazz pour les vents et les percussions.
Parmi tous les participants de la création, du partage et du plaisir de la musique, c'est toujours l'exécutant, chanteur ou instrumentiste, qui est le plus intimement en contact avec la technique utilisée dans une pièce musicale. Le degré de perfection technique du chef d'œuvre qu'il interprète lui sera toujours la meilleure stimulation à mettre sa propre technique au service de l'exécution; il sera sans cesse conduit sur son chemin par l'accomplissement de la composition ; c'est ainsi qu'il atteint son but : procurer à l'auditeur le plus grand plaisir artistique. – Paul Hindemith

Voici quelques jours, le Suffolk Youth Orchestra interprétait les Métamorphoses symphoniques en Allemagne, entre autres à Wittenberg, Magdebourg et Dessau. Le 6 août, on pourra entendre, dans une version pour orchestre d'instruments à vent, les trois premiers mouvements de l'œuvre, Allegro, Turandot-Scherzo et Andantino, par l'orchestre du "Center for the Arts" de Interlochen (États-Unis), placé sous la direction de Steve Davis.

Par ailleurs, une exécution de la Kammermusik Nr. 1 aura lieu le 28 août dans le cadre du festival de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Les membres de l'Orchestre philharmonique de Hambourg joueront sous la direction de Kent Nagano.

Œuvre de la semaine – Fazıl Say: Ballad

Au début de cette semaine, le 18 juillet, a lieu la création mondiale de Ballad pour saxophone alto et orchestre de Fazıl Say. Au Suntory Hall de Tokyo, c'est Miguel Harth-Bedoya qui est à la tête du Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra, avec le saxophoniste japonais Nobuya Sugawa, pour qui Say a composé cette œuvre dans le courant de cette année, dans le rôle du soliste.



Né en 1970 à Ankara, Say commença à jouer du piano dès l'âge de 4 ans et entreprit des études de piano à 11 ans. Aujourd'hui, Say se caractérise par sa double nature musicale, celle de compositeur et, en même temps, de pianiste international très demandé. Son grand intérêt pour le jazz et l'improvisation imprègne tout son univers musical de compositeur. Il fait toujours appel à la présence de ces éléments dans ses œuvres.

Fazıl Say: Ballad – À propos du spectre sonore du saxophone


Afin que le saxophone alto puisse être libre de développer pleinement, dans cette pièce, sa spécificité instrumentale, Say composa Ballad sous forme de mélodie. La pièce débute par une longue méditation, une recherche du bonheur et de la paix, avec en arrière-plan le bruit de la mer, obtenu au moyen de glissements de main sur les peaux des percussions. En travaillant à cette pièce, Say revint vers certaines de ses compositions précédentes, comme Patara (2005) ou sa symphonie Universe (2012). Dans sa recherche à cet égard, le compositeur turc en vient à créer une partie de saxophone permettant à l'instrument de laisser libre cours à l'intégralité du spectre sonore de ses possibilités timbrales.
Toutes mes compositions, comme d'ailleurs ma vie entière, se déroulent entre ces deux guides musicaux : la musique turque, plus fortement imprégnée de rythmes, et la musique allemande, qui a une grande histoire. Les deux cultures s'influencent réciproquement. Lorsque j'interprète Beethoven ou Mozart, je suis tout simplement moi. Lorsque je compose, on retrouve de nombreux rythmes turcs dans ma musique. J'introduis fréquemment des instruments turcs dans un orchestre occidental. Que l'orient et l'occident résonnent ensemble ne doit se faire que sur un plan de totale amitié.– Fazıl Say

C'est dans ces derniers jours qu'une autre œuvre de Fazıl Say – la China Rhapsody pour piano et orchestre – a également été créée. Say en jouait la partie de piano solo, accompagné par l'orchestre symphonique de Shanghai placé sous la direction de Long Yu. Après la création de Ballad à Tokyo, aura lieu à Hong-Kong, le 23 juillet, une exécution du 2e concerto pour piano de Say, Silk Road. Le Sinfonietta Orchestra de Hong-Kong sera placé sous la direction de Yip Wing-sie. Le 14 août, Say interprète quatre de ses œuvres pour piano dans le cadre du festival de musique de la Moselle, au cloître de Machern à Bernkastel-Kues : Bodrum, Paganini Jazz, Alla Turca Jazz, et Summertime Variations.

Œuvre de la semaine - George Gershwin: Girl Crazy

Tout autour du globe ont lieu cette semaine de nombreuses représentations d'œuvres de George Gershwin : parmi elles figure également la comédie musicale Girl Crazy. Le 16  juillet, dans le cadre du Festival Del Sole de la Vallée de Napa, deux des plus célèbres titres de cette œuvre sont donnés au théâtre Lincoln de Yountville (Californie). L'orchestre du festival NAPA, sous la direction de Joel Revzen, joue Embraceable You et I Got Rythm, avec la soprano Kathleen Battle.



Girl Crazy, comédie musicale sur un livret du Guy Bolton et John McGowan, raconte l'histoire d'un producteur de spectacles new-yorkais du nom de Danny Churchill. Celui-ci est envoyé par son père dans un ranch de l'Arizona, où il fait la connaissance de la femme de ses rêves, la postière Molly Gray. Sa vie de péché lui manquant, Danny transforme le ranch en night-club et en salle de jeu – et l'affaire fait un tabac. Une fois surmontés intrigues, hold-up et courses poursuites, Molly et Danny se retrouvent à la fin malgré toutes les turbulences.

George Gershwin: Girl Crazy – Une comédie musicale sur des standards de jazz


La chanson Embraceable You avait déjà été composée par Gershwin dès 1928, mais dans le cadre prévu alors pour l'opérette East is West, qui ne fut jamais publiée. Deux ans plus tard, cette chanson trouva sa place en tant que chanson d'amour dans Girl Crazy. I got Rythm fut, elle aussi, composée avant la comédie musicale. La mélodie de cette chanson se développa à partir d'un lent morceau instrumental tiré de la comédie musicale Treasure Girl datant de 1928. Ces deux morceaux font aujourd'hui partie des standards de jazz les plus joués de tous les temps. Des chanteuses comme Ginger Rogers et Ethel Merman (en fait, Ethel Zimmermann), devinrent, grâce à Girl Crazy, des stars en une seule soirée. Merman jouait, dans la comédie musicale de Gershwin, le rôle de Kate Fothergill, qui, dans le night-club de Danny, chante pour les joueurs.
C'était la première fois que je rencontrais George Gershwin, et, pour parler ainsi sans paraître sacrilège, c'était pour moi comme rencontrer Dieu. Imaginez le grand Gershwin se mettant au piano et jouant ses chansons devant Ethel Agnes Zimmermann, d'Astoria, Long Island. Pas étonnant que j'aie perdu ma langue ! Après avoir joué "I Got Rythm", il me dit : "S'il y a quelque chose qui vous déplaît, dites-le moi, je serai heureux de le changer". Il n'y avait rien qui me déplaisait, dans la chanson ! Mais c'était le genre de personne qu'il était. Je n'oublierai jamais ça. – Ethel Merman, à propos de Gershwin

Outre les exécutions de Embraceable You et I Got Rhythm en Californie, l'orchestre symphonique de Shreveport, en Louisiane, mettra sur scène I Got Rythm le 16 juillet. À Hambourg, le 17 juillet, aura lieu une exécution des I Got Rythm Variations arrangées par William C. Schoenfeld pour piano et orchestre, avec le Ballet de Hambourg dans une chorégraphie de John Neumeier.

Mais pour les fans de Gershwin, cette semaine réserve encore d'autres heureuses surprises: la célèbre Rhapsody in Blue pour piano et orchestre sera donnée le 11 juillet à Orange en France par l'Orchestre philharmonique de Marseille sous la direction de Fayçal Karoui, et il en va de même le 16 juillet au Festival Del Sole de Napa Valley, ainsi que les 12, 13 et 15 juillet à Schleswig, Felsburg et Rendsburg en Allemagne. Dirigé par Peter Sommerer, l'orchestre symphonique du Schleswig–Holstein interprète en outre l' Ouverture cubaine dans le même programme. Cette dernière œuvre trouvera également sa place dans un concert donné par le SWR Sinfonieorchestrer dirigé par François–Xavier Roth le 16 juillet à Fribourg, ainsi qu'à Évian avec l'orchestre de l'Académie Musicale d'Évian placé sous la direction de Bruno Peterschmitt.

Œuvre de la semaine - Sir Peter Maxwell Davies: The Hogboon

L'opéra pour enfants The Hogboon de Sir Peter Maxwell Davies, compositeur disparu il y a trois mois, sera créé le 26 juin 2016 au Barbican Hall de Londres. Au pupitre, Simon Rattle dirige le London Symphony Orchestra et les musiciens de la Guildhall School, ainsi que les chanteurs du LSO Discovery Choir et du London Symphony Chorus.



L'argument du Hogboon est tiré d'un conte populaire écossais des Orcades, où Peter Maxwell Davies a vécu ces 40 dernières années. Dans la fosse et sur la scène de cet opéra pour enfants jouent ensemble des musiciens professionnels, des étudiants et des enfants. Dans la pièce, Magnus, le septième fils d'un septième fils, est raillé par ses frères parce qu'il refuse d'aider aux travaux de la ferme. Mais Magnus reçoit l'occasion de faire ses preuves : le monstre marin Nuckleavee menace de détruire le village si on ne lui donne pas pour nourriture six jeunes femmes ainsi que la princesse. Avec l'aide du gentil lutin, le Hogboon, Magnus met au point un plan destiné à chasser Nuckleavee et à sauver les femmes et le village.

Sir Peter Maxwell Davies : The Hogboon – Un opéra pour enfants d'un genre particulier


L'œuvre de Maxwell Davies comprend des pièces de tous genres et de diverses sortes de styles. C'est ainsi qu'il put toucher autant de cercles de publics différents, comme peu d'autres compositeurs en ont été capables. Il sut être innovant jusqu'au domaine de la pédagogie musicale même : enseignant à l'établissement d'enseignement secondaire de Cirencester, il développa une méthode personnelle d'enseignement de type néo-socratique. Il composa aussi bien des pièces pour le théâtre musical d'enfants que, par exemple, les opéras-pantomimesCinderella (Cendrillon) ou The Rainbow (L'arc-en-ciel), ou encore les cycles de mélodies Kirkwall Shopping Songs et les Songs of Hoy. Voici comment Maxwell Davies décrit sa démarche dans la composition d'opéras pour enfants :
Les enfants n'ont ni inhibitions ni préjugés. Ils n'en savent pas assez sur la musique pour la classifier. Ils abordent les choses avec fraîcheur et on doit seulement bien maîtriser cet exercice de corde raide que représente l'écriture d'une musique qui tienne leur intérêt en éveil du début à la fin d'une répétition. D'un autre côté, elle ne doit pas non plus trop exiger d'eux, ce qui les découragerait. Une musique qui traite de choses suscitant un intérêt immédiat et naturel chez les enfants, et qui, dans la mesure du possible, procure des sentiments de découverte, de performance et de plaisir. – Maxwell Davies

En souvenir de Maxwell Davies a lieu le 27 juin 2016, au St John Smith's Square de Londres, un concert au cours duquel sera créé le String Quartet Movement 2016 (Mouvement pour quatuor à cordes 2016). En outre, on pourra également entendre d'autres œuvres de lui, parmi lesquelles son œuvre pour chœur et orgue The Golden Solstice (Le Solstice d'Or). Le 12 novembre, le Jugend-Musik-Ensemble interprétera la pièce pour orchestre 5 Voluntaries. La première audition du Hogboon à Luxembourg est prévue en mai 2017, par l'Orchestre philharmonique du Luxembourg.

Œuvre de la semaine - Gregory Spears: Fellow Travelers

Le 17 juin 2016, l'opéra de Cincinnati présente la création mondiale de l'opéra Fellow Travelers (Compagnons de route) de Gregory Spears. Le livret est de Greg Pierce, et se fonde sur le roman de Thomas Mallon publié en 2007. La création est placée sous la direction de Kevin Newbury. Fellow Travelers a fait l'objet d'une commande de G. Sterling Zinsmeyer et de l'opéra de Cincinnati.



Fellow Travelers se joue à Washington D.C. dans les années 1950. Timothy Laughlin, diplômé d'université et catholique croyant, s'associe à la croisade contre le communisme. La rencontre due au hasard avec un séduisant employé du ministère des Affaires étrangères, Hawkins Fuller, entraîne Tim vers son premier job, mais aussi vers sa première relation amoureuse. Les attaques lancées par le sénateur McCarthy contre les homosexuels empêchent Tim de mettre en cohérence ses convictions politiques et son amour pour Dieu et pour Fuller – un embrouillamini qui se termine par un acte de trahison à couper le souffle.

La pièce utilise la relation amoureuse entre Laughlin et Fuller pour remettre dans les consciences le souvenir de la "peur violette" ("lavander scare"). C'est ainsi qu'était nommée une procédure mise en œuvre par le gouvernement américain du nord, et consistant à licencier en masse des fonctionnaires soupçonnés d'homosexualité. "Il s'agit d'une époque de notre histoire qui a presqu'entièrement été bannie de notre mémoire collective", dit Spears à propos de Fellow Travelers, "et s'il y a bien, je crois, une chose que l'opéra puisse faire, c'est de remettre cet oubli en mémoire".

Après cette première, le "Aronoff Center for the Arts" de Cincinnati donnera neuf autres représentations de Fellows Travelers jusqu'au 10 juillet.

Œuvre de la semaine - Hans Werner Henze: Suite "Die Zikaden"

Le 1er juin 2016, Hans Werner Henze aurait eu 90 ans. À cette occasion a lieu la création posthume de la Suite "Die Zikaden" (Les cigales), constituée de pièces orchestrales destinées à une création radiophonique de Ingeborg Bachmann. L'œuvre sera donnée au Stadtcasino de Bâle sous la direction musicale de Dennis Russel Davies à la tête de l'Orchestre symphonique de Bâle. Des reprises de ce concert sont prévues le 2 juin, également au Stadtcasino, et le 3 juin, dans la même distribution, au Temple du Bas à Neuchâtel.

La découverte de cette Suite en 2014 dans la succession de Henze a fait sensation: car il n'y avait guère eu de possibilités d'exécuter l'œuvre, puisque la partition n'avait jamais fait l'objet d'une édition. Elle n'avait été jouée qu'une seule fois, à l'occasion de la production de l'émission originelle, et son audition n'avait été possible que lors des rediffusions de son enregistrement par les stations de radio. Quelques années avant sa mort, Henze retravailla sur cette composition destinée à une création radiophonique, et rassembla son matériau sous la forme d'une suite concertante.

Fuite devant la réalité et utopie : "Die Zikaden" sous forme de Suite


L'amitié artistique entre Henze et Bachmann figure parmi les plus importantes du XXe siècle. Ils s'étaient rencontrés à l'automne 1952, au cours d'un congrès du Groupe 47. De cette relation fertile et profonde naquirent dans les années suivantes plusieurs œuvres communes. Le thème central de la création radiophonique "Die Zikaden" ("Les Cigales") est la fuite devant la réalité. Sur une île du midi non précisée, les personnages tentent de laisser derrière eux leur ancienne vie avec toutes ses peines, ses peurs, ses privations et ses souffrances. Ils doivent pourtant très vite s'apercevoir que cette utopie est trompeuse et que la vie sur l'île est la même que partout ailleurs. Le chant des cigales est emblématique de cette illusion. En tant qu'êtres humains, ils utilisent leur chant pour fuir le monde, mais au prix de leur humanité.

Dans une lettre adressée à Ingeborg Bachmann à l'époque de la conception de la pièce, voici comment Henze décrit sa musique et son rapport à l'œuvre radiophonique:
Le manuscrit contient quelques pages d'harmonie douloureuse et de tendre plainte, d'ironie tremblante sous des cils à demi fermés, d'éruption déchaînée et de modération obtenue comme sous la contrainte, accordée contre sa volonté – et cependant, non accordée. En bref : c'en est fait de ma tentative dévote d'ajouter un son au son, de m'installer dans le monde de ta parole et de relier un écho de ce monde à des actes résonnants. – Henze à Ingeborg Bachmann, lettre du 13 janvier 1955.

Dans les semaines consacrées à ce 90e anniversaire ont lieu de nombreuses autres exécutions d'œuvres de Henze: c'est ainsi que Dieter Kaegi met en scène, le 31 mai, l'opéra pour enfantsPollicino au Teatro Regio de Turin, et que l'on pourra entendre différentes pièces du compositeur à l'École supérieure de musique de Trossingen du 3 au 5 juin, dans le cadre des Journées de la musique contemporaine pour guitare 2016. Le grand ballet Undine verra sa première au Théâtre Bolchoï de Moscou le 24 juin, et, du 29 juin au 1er juillet, lesNachtstücken und Arien (Nocturnes et arias), d'après des poèmes d'Ingeborg Bachmann, figureront au programme des concerts de l'Orchestre philharmonique de Munich, avec la soprano Claudia Barainsky.
(25/05/2016)

Œuvre de la semaine - Karl Amadeus Hartmann: 1e Symphonie: Essai pour un requiem

Karl Amadeus Hartmann a composé sa 1e Symphonie, pour voix d'alto et orchestre, en 1935. Sa position ouvertement critique envers le régime valut à sa musique la classification de "dégénérée", et c'est ainsi que le compositeur dut attendre plus de dix ans avant que l'œuvre ne fût enfin créée, en 1948. Depuis, cette composition fait maintenant partie du répertoire courant de la musique nouvelle.  Elle se trouve donnée le 27 mai 2016 à Rotterdam, avec Arie van Beck à la tête de l'Orchestre philharmonique de Rotterdam, la partie d'alto étant confiée à Kismara Pessatti.

La pièce, qui porte en sous-titre "Der Versuch eines Requiems" (Essai pour un requiem), avait tout d'abord été conçue en tant que Cantate Lamento. Ce n'est qu'à la suite d'étapes ultérieures que l'œuvre atteignit sa maturité en 1955 en tant que 1e Symphonie. Le compositeur munichois a choisi pour textes des poèmes de Walt Whitman, le poète de la liberté, à qui Paul Hindemith avait également emprunté les textes sur lesquels il construisit son Requiem "for those we love" ("pour ceux que nous aimons").

La 1e Symphonie de Karl Amadeus Hartmann : une musique contre la guerre


Cette symphonie n'obéit pas à la forme classique en quatre mouvements, mais se compose de cinq parties (Introduction: Misère, Printemps, Thème et quatre variations, Larmes, ainsi qu'un Épilogue: Prière), disposés de manière concentrique. Le noyau central de la composition est constitué d'un mouvement purement instrumental, une "chanson sans paroles" dans laquelle Hartmann effectue un arrangement en forme de variations sur un thème tiré de son opéra pacifiste Simplicius Simplicissimus. Hartmann composa sa 1e Symphonie, comme nombre d'autres de ses œuvres, sous la perception du joug exercé par le régime nazi. Voici comment Hartmann décrit sa motivation et son état d'esprit à l'époque de sa composition:
Puis ce fut l'année 1933, avec sa misère et sa désespérance, accompagnée de ce qui se développe immanquablement à partir de l'idée de domination violente: le plus terrible de tous les crimes – la guerre. C'est cette année-là que je reconnus qu'il était nécessaire de s'engager, non par désespoir et crainte de cette violence, mais par réaction. Je me disais que la liberté serait victorieuse, même si nous étions anéantis – c'est du moins ce que je croyais alors. C'est à cette époque que j'écrivis mon premier quatuor à cordes, ainsi que le poème symphonique "Miserae", et ma 1e Symphonie, composée sur les paroles de Walt Whitman : "Je suis assis et je contemple tous les fléaux du monde, toute sa détresse, toute sa honte...". – Hartmann.

C'est aussi une autre œuvre de Hartmann digne d'être connue, son ténébreux Concerto funebre pour violon solo et orchestre, qui figure au programme du concert donné le 4 juin dans le cadre des Wiener Festwochen avec Patricia Kopatchinskaja en soliste, et l'Ensemble Klangforum Wien dirigé par Bas Wiegers. Et les 4 et 5 juillet, on pourra entendre cette œuvre concertante à Munich, salle de la Reaktorhalle, interprétée par le Studio–Orchester de Munich dirigé par Christoph Adt.

 

Œuvre de la semaine - Toshio Hosokawa: Hanjo

L'opéra Hanjo de Toshio Hosokawa est la deuxième œuvre musicale dramatique du compositeur. Elle est le résultat d'une commande passée par le Festival d'Aix-en-Provence en 2004. Depuis, l'œuvre a fait l'objet de différentes mises en scène représentées en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie et au Japon. Le 22 mai 2016 a lieu la première représentation en Suisse de cette pièce en un acte, au "Kubus" du Théâtre de Berne, dans une mise en scène de Florentine Klepper.

L'opéra raconte l'histoire d'amour entre Hanako, une geisha, et le jeune homme Yoshio. Contraints à se séparer, ils échangent leurs éventails en promesse de se revoir. Depuis, la jeune femme attend tous les jours en vain à la gare de pouvoir accueillir de nouveau son bien-aimé. L'attente et l'espoir prenant de plus en plus de place dans sa vie, elle s'éloigne constamment de la réalité du monde. Puis apparaît Jitsuko, une vieille femme pleine d'amertume, qui n'a jamais ressenti l'amour dans sa vie, qui séduit Hanako. Les deux femmes vivent ainsi ensemble, jusqu'au jour où paraît dans un journal un article consacré à la "folie" de Hanako, que lit Yoshio, décidant aussitôt de se mettre en quête des deux femmes. Il s'ensuit une lutte de pouvoir pour la possession de Hanako entre Yoshio et Jitsuko, à laquelle Hanako met fin d'une manière surprenante.

Hanjo, de Toshio Hosokawa : entre le rêve et la réalité


Hosokawa définit son opéra Hanjo comme une œuvre située entre le rêve et la réalité. Un regard dans le livret renforce cette impression: on y trouve peu d'indications concrètes spatiales ou temporelles, les portes ne mènent nulle part, les questions restent sans réponse. C'est consciemment que Hosokawa fait appel à ces ressorts dramatiques. Il conçoit son œuvre dans le prolongement du théâtre traditionnel japonais du Nô, où fréquemment se rencontrent des personnages issus de l'imagination comme de la réalité.

Hosokawa décrit sa motivation à faire de ce genre théâtral une forme musico-dramatique à part entière dans les termes suivants:
Je voulais illustrer musicalement un drame qui franchisse de manière permanente la frontière entre le rêve et la réalité, entre la folie et la raison. Il se peut qu'une manière de voir ne relevant que de l'univers onirique puisse être perçue plus intensément dans la musique que dans le théâtre parlé. Je voulais montrer le point de vue de quelqu'un qui oscille entre le rêve et la réalité : à l'arrière-plan, l'orchestre transforme lentement l'ambiance comme dans une peinture sur soie que l'on déroule. Le silence est tissé lentement mais sûrement dans le modèle de ce rouleau de soie, où il s'établit peu à peu comme un point blanc au centre de l'image. – Hosokawa.

L'opéra Hanjo fait l'objet de cinq autres représentations à Berne au cours des mois de mai et de juin. Mais il existe également d'autres possibilités de découvrir la musique de Hosokawa: le 14 juin, on pourra entendre Voyage VII  pour trompette solo et ensemble à cordes, ainsi que la création du concerto pour flûte à bec Sorrow River, dans le cadre d'un concert donné par Jeroen Berwaerts (trompette), Jeremias Schwarzer (flûte à bec) et l'Ensemble Resonanz, sous la direction du compositeur, à la Laeisz Halle de Hambourg.

Œuvre de la semaine - Peter Eötvös: Senza sangue

Dans son opéra Senza sangue (Sans sang), Peter Eötvös traite les thèmes du meurtre, de la vengeance, du pardon et du désir. Un mélange qui renvoie à de nombreuses questions d'ordre psychologique. Comment ces éléments sont-ils liés ensemble dans l'opéra, et des réponses sont-elles apportées à ces questions ? C'est ce dont pourront être témoins les spectateurs assistant à la première représentation scénique du 15 mai 2016. L'œuvre est en effet donnée dans le cadre de la programmation de l'Opéra Grand Avignon, et c'est à Eötvös lui-même que sera confiée la direction musicale de la mise en scène de Róbert Alföldi. Senza sangue avait été créée l'année dernière en version concertante, et avait pu être ainsi entendue à Cologne, New York, Göteborg et Bergen.

L'opéra se base sur le roman du même titre dû à l'auteur italien Alessandro Baricco,  publié en 2002. Préalablement à l'action, pendant la guerre civile espagnole, un jeune homme tue, avec ses camarades, la famille d'une petite fille. Les regards de l'homme et de la petite fille se rencontrent, et il décide de l'épargner. Le spectateur d'aujourd'hui assiste à la nouvelle mise en présence de la jeune fille maintenant devenue adulte et de cet homme. Contrairement à ce que l'on attend, la femme n'est pas venue se venger, comme elle l'avait déjà fait avec les camarades de l'homme, mais dans l'espoir d'une rédemption morale. Le regard qui jadis avait changé sa vie doit à présent la sauver.

Comment Peter Eötvös a conçu son opéra Senza sangue


Eötvös ne s'est pas seulement inspiré ici du roman de Baricco, mais aussi du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók. Dans l'intention de composer une œuvre complémentaire à la pièce en un acte de Bartók en vue d'une programmation des deux pièces dans la même soirée, Eötvös reprit l'instrumentation du Château, à l'exception de l'orgue. Mais il ne s'en tient pas à ce seul point commun : la distribution des personnages comme la forme dramaturgique du dévoilement progressif de profondeurs morales se réfèrent également au Château de Barbe-Bleue.

Voici comment Eötvös décrit son travail de composition :
Senza sangue est mon dixième opéra. Je m'y suis préparé comme un réalisateur de film qui a l'intention de tourner son prochain film en noir et blanc. Dans mes opéras précédents, je me suis efforcé de faire appel à des palettes sonores colorées ; ici au contraire, je recherche des contrastes marqués et des teintes d'ombre en noir, blanc et gris. Dans la partition d'orchestre, j'ai mis l'accent sur la densité du son et non sur l'autonomie des parties : beaucoup d'instruments jouent les mêmes éléments mélodiques, et en obtiennent une sonorité puissante, comparable à ce qui se produit dans la calligraphie japonaise lorsque l'on trace à l'aide d'un pinceau épais une seule ligne noire. – Peter Eötvös.

L'opéra Senza sangue sera également représenté sur scène cette année, dans le cadre du Armel Opera Festival de Budapest (mise en scène : Robert Alföldi), ainsi qu'à l'Opéra d'État de Hambourg (mise en scène : Dmitri Tcherniakov). En 2017 aura lieu la première audition britannique de la version concertante avec Simone Young et le BBC Symphony Orchestra au Barbican Hall de Londres.

 

photo: Klaus Rudolph

Œuvre de la semaine - Alexander Galsunow: Kantate

La Cantate pour mezzo-soprano, ténor, chœur mixte et orchestre, du compositeur russe Alexandre Glazounov est également connue sous le titre de "Cantate commémorative". Elle fut créée le 6 juin 1899 dans le cadre de la célébration du 100e anniversaire de la naissance du poète russe national Alexandre Pouchkine. C'est à présent le 3 mai 2016 que cette cantate est donnée à Rome par l'orchestre national et le chœur de l'Académie nationale Sainte-Cécile placés sous la direction de Juraj Valčuha, dans la Sala Santa Cecilia de l'académie. Ce chef d'orchestre slovaque, considéré comme un expert de la musique de l'Europe de l'Est, a pris pour thème de ce concert des compositions ressortissant à la musique de ces pays.

Au moment de l'écriture de la Cantate, Glazounov était professeur d'instrumentation au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Il emprunta le texte de sa composition au grand-duc Constantin Romanov, qui était connu en tant que poète sous le pseudonyme de "K. R." et dont les œuvres datent du XIXe siècle. Romanov consacra toute sa vie à l'art russe, et il fut lui-même un pianiste de talent lié à Piotr Ilitch Tchaïkovski par une profonde amitié.

Le caractère de jubilé de la Cantate d'Alexandre Glazounov


La Cantate se compose de cinq mouvements, pour une durée d'environ 20 minutes. Le premier mouvement, titré Chorus, mène directement l'auditeur, par son caractère majestueux, à un sentiment de jubilé.  On entend aussi clairement dès le début les caractéristiques de la musique russe, et c'est ainsi que se présente ce premier mouvement : un chœur de gratitude, russe, majestueux, et de caractère jubilatoire. Le caractère festif est présent tout au long de la composition et débouche sur un hymne dans lequel les solistes reprennent le sentiment fondamental développé par le chœur pour conduire à un finale brillant.

Voici comment le journaliste musical anglais Ivan March décrit la Cantate :
Bien au-delà d'une œuvre de circonstance, cette pièce regorge de chaleur et de lyrisme. À l'aide de son torrent d'inspirations et d'inventions, Glazounov parvient à égaler les rugueuses versifications "sans pareilles" du grand-duc Constantin Romanov. C'est l'une de ses pièces joyeuses, emplies de mélodies qui nous rendent heureux d'être en vie.– Ivan March (Gramophone Magazine).

Glazounov fait partie des classiques de la tradition musicale russe, non seulement de par ses propres pièces, mais également pour ce qui relève des pièces de ses contemporains dont il a réalisé les arrangements ou les instrumentations, toujours présentes sur scène de nos jours : l'opéra Une vie pour le  tsar, de Mikhaïl Glinka, réalisé avec Nicolaï Rimski-Korsakov, figure au programme du Metropolitan Theatre de Tokyo le 8 mai prochain, et la nouvelle instrumentation de l'Opéra Le Prince Igor d'Alexandre Borodine est présentée à la Philharmonie de Berlin le 25 mai.

 

photo: Orchestre et chorale de l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia