• Joy of Music – Plus de 250 ans de qualité, innovation et tradition

Actualités

Œuvre de la semaine : Alexander Goehr – Verschwindendes Wort

Les 25 et 26 novembre ont lieu les deux premières exécutions respectivement en Angleterre puis en Allemagne de l'œuvre d'Alexander Goehr Verschwindendes Wort (que l'on pourrait traduire par "Le mot disparaissant"). L'Ensemble Modern sera l'interprète de l'œuvre au Wigmore Hall de Londres, et, le lendemain, à l'Alte Oper de Francfort. Lucy Schaufer et Christopher Gillet prêtent leur voix aux "mots disparaissant".

Verschwindendes Wort est un cycle mixte constitué de Lieder, duos et pièces instrumentales pour mezzosoprano, ténor et ensemble instrumental. Composé d'abord, en 2013, pour deux voix et piano, il fit en 2015 l'objet d'une instrumentation. Verschwindendes Wort est consacré à l'aspect polysémique des mots et en même temps à la désaffection de l'homme envers la nature. Alexander Goehr met en musique sept textes de six auteurs différents, parmi lesquels Jakob Böhme, Rainer Maria Rilke et Ingeborg Bachmann, qui ont chacun contribué à ouvrir différentes perspectives au problème de la signification et de l'intelligibilité. Entre les mouvements chantés, cinq préludes instrumentaux offrent aux mots une opportunité de s'y glisser pour disparaître.

Verschwindendes Wort d'Alexander Goehr – Signification de la signification


Verschwindendes Wort commence par l'image de l'arbre du langage tel que le mystique allemand Jakob Böhme se le représentait  au début du XVIIe siècle : au fur et à mesure de sa croissance et de sa diversification, la langue universelle de la nature se sépara en de multiples langues plus faibles. Dans le deuxième chant, Goehr met en musique l'histoire d'Adam qui se vit chargé par Dieu de donner à chaque animal le nom qui lui revenait. Dans les mouvements suivants, les poèmes reflètent chacun à sa manière les différents modes de relation aux mots. Ces textes éveillèrent l'attention de Goehr au moment où il travaillait au cycle pour baryton TurmMusik. Cette œuvre, qui s'inspire de l'histoire de la construction de la tour de Babel, est donc en étroite parenté thématique avec Verschwindendes Wort.

Verschwindendes Wort fut créé le 22 janvier 2016 à New York. Le cycle, d'une durée de 35 minutes, y reçut de grandes louanges pour la combinaison de mystique et de transparence qui le caractérise.
Le sentiment que je veux éveiller est celui de la transparence : l'auditeur doit, dans les dimensions tant successives que simultanées de la partition, distinguer l'ancien sous le nouveau et le nouveau à partir de l'ancien. – Alexander Goehr

Outre Verschwindendes Wort, l'Ensemble Modern donne en création, dans les concerts de Londres et de Francfort, deux autres nouvelles œuvres d'Alexander Goehr, qui viennent compléter la Manere I de 2008 de manière à former un triptyque : à Manere II, pour clarinette et cor, succède Manere III, dans laquelle un violon vient transformer l'effectif en trio. Le mot Manere désigne, dans les chorals grégoriens, une sorte de mélisme couramment employé jusqu'au XIVe siècle, pour généralement disparaître ensuite.

Œuvre de la semaine : Heinz Holliger – Concerto "Hommage à Louis Soutter".

Le 5 novembre 2016, le concerto pour violon de Heinz Holliger "Hommage à Louis Soutter"  sera joué pour la première fois au Portugal, par l'orchestre symphonique de la "Porto Casa da Música" placé sous la direction du compositeur. La partie soliste incombe à Thomas Zehetmair qui est le dédicataire de cette œuvre qu'il interprète régulièrement depuis 1995, année de sa création.



Comme d'autres œuvres concertantes de Holliger (Siebengesang, Turm-Musik), ce concerto s'inspire d'une biographie d'artiste. Holliger dépeint en musique la vie du peintre Louis Soutter, de son premier dessin en 1904 à sa mort en 1942. La vie et l'art de Soutter furent soumises à une affection psychique en même temps qu'une véritable obsession de création. Il passa ses 20 dernières années dans un établissement médicalisé où il produisit la plupart de ses œuvres. À la fin de sa vie, il peignait avec les doigts, et parfois aussi avec le corps tout entier. Il est considéré comme l'un des principaux représentants de "l'Art brut".

Holliger Hommage à Louis Soutter – "Peins vrai. La vérité est terrifiante." (Hermann Hesse)


Les quatre mouvements du concerto (I Deuil - II Obsession - III Ombres - IV Epilog) sont liés ensemble sans pause. Le permier mouvement, Deuil, contient des citations de la troisième sonate d'Eugène Ysaÿe, lequel donna à Soutter – lui-même violoniste très doué dans sa  jeunesse – des cours de violon pendant des années. Soutter fit partie de "l'Orchestre de la Suisse Romande" dont le 75e anniversaire est à l'origine de la présente composition de Holliger. Le potentiel de folie placé dans l'élégiaque premier mouvement devient réalité. L'auditeur vit ce développement dans le rythme entraînant d' Obsession. Le mouvement suivant, Ombres, montre l'état d'entier arrachement à la vie habituelle. Ce mouvement, fantomatique et contrasté, ne cesse de croître jusqu'à la fin, où la musique s'effondre totalement sur soi-même.

Le dernier mouvement, Epilog, fut rajouté plus tard, et interprété pour la première fois en 2002 à Heidelberg. Holliger se saisit de l'atmosphère de résignation du tableau de Soutter "Avant le massacre". C'est de la musique d'agonie. Le violon fond en accords torturés auxquels s'accordent les sombres sonorités de l'orchestre. Tout comme les figures obscures et tortueuses de Soutter, ces sons éveillent immédiatement une impression d'angoisse.
Pour moi, être différent est quelque chose qui fait partie de la vie. Je ne recherche pas le côté malade d'une personne. Je recherche des personnes dont l'imagination n'a pas de limite, qui sont capables de passer outre, que ce soit vers le monde de la folie ou vers un au-delà, les deux sont apparentés. Les personnes de cette sorte ont simplement des antennes plus fines que d'autres, l'accès à leur subconscient est plus direct. - Heinz Holliger

La "Casa da Música" de Porto se consacre intensément cette semaine au compositeur suisse. Le 1er novembre y est donné le cycle de Holliger Scardanelli-Zyklus, dans lequel il met en musique un texte tardif de Friedrich Hölderlin également imprégné d'instabilité mentale. L'après-midi du 5 novembre, quelques-unes de ses compositions pour instrument solo pourront être entendues en différentes parties du bâtiment tout entier, afin de préparer à l'exécution de la soirée. Outre le concerto de violon, le programme comporte des œuvres de Claude Debussy et Henri Dutilleux.

Œuvre de la semaine – Stefan Heucke : Baruch ata Adonaj

Le 27 octobre a lieu à Bochum l'inauguration du "Forum de la Ruhr Anneliese Brost". À cette occasion solennelle est présentée la création d'une nouvelle œuvre musicale de Stefan Heucke : issue d'une commande, la composition Baruch Ata Adonaj (hébreu : "Béni sois-Tu, Seigneur"), est une cantate sur un texte de bénédiction pour baryton, trois voix d'enfants, chœur et orchestre. À cette exécution participe le commanditaire lui-même, l'Orchestre symphonique de Bochum, sous la direction de Steven Sloane, ainsi que le chœur ChorWerk de la Ruhr et le chœur philharmonique de Bochum. Les solistes sont le baryton Martijn Cornet et de jeunes garçons de l'académie chorale de Dortmund.



Les possibilités offertes par la nouvelle salle de concerts seront pleinement mises en scène durant la demi-heure que dure la cantate. Au début, la scène est vide. Le soliste et les trois voix d'enfants se tiennent sur les balcons situés en face d'elle. Le baryton exécute une mélodie de type rhapsodique à laquelle répondent, en antiphonie, les voix d'enfants. Cette mélodie constitue à la fois le thème de l'œuvre et le fondement des huit variations se succédant l'une à l'autre, sous des formes tant vocales qu'instrumentales.

Baruch ata Adonaj de Stefan Heucke – l'agencement de l'espace par le son, l'agencement du son par l'espace.


Les huit mouvements se composent de passages conçus depuis les formes les plus fines de la musique de chambre jusqu'à la plénitude sonore la plus accomplie. Heucke, habitant de Bochum par adoption, y met en valeur aussi bien le matériau musical que l'espace d'exécution lui-même, afin d'en faire valoir toutes les potentialités et toutes les facettes. Le processus choisi est de transformer une scène encore vide au début en un espace qui se remplit progressivement de musiciens de plus en plus nombreux et de sons de plus en plus présents.
Pour l'inauguration du nouveau Musikforum, l'orchestre symphonique de Bochum m'a passé commande d'une œuvre devant exprimer tout autant la reconnaissance pour l'accomplissement d'un projet de longue date que le vœu permettant de bénir son avenir. C'est ainsi que les uns après les autres, des chanteurs et des instrumentistes de plus en plus nombreux entrent en scène, si bien qu'à la fin – un Amen en rayonnante apothéose – l'espace entier est rempli par la musique et par les artistes, qui à la fois l'habitent et la révèlent. – Stefan Heucke

Le très court texte "Baruch ata Adonaj" est une formule de bénédiction occupant une place essentielle dans la tradition juive. Elle est employable dans diverses situations : on peut ainsi s'adresser au Seigneur pour le remercier non seulement de la nourriture et de la boisson qu'il nous fournit, mais aussi, par exemple, des choses particulières qu'il nous donne à voir ou à entendre. C'est cela qui constitue cette inauguration de Bochum. Le remerciement s'adresse particulièrement aux citoyens de la ville, qui auront supporté l'effort de ce grand projet à hauteur de la moitié des 34 millions d'Euros nécessaires à sa réalisation. Cette salle de concerts doit avant tout offrir un lieu de concerts en propre au célèbre orchestre municipal, qui jusqu'ici ne pouvait développer la totalité de son potentiel sonore que dans des salles où il était invité. Cette situation "d'exil" de l'orchestre renvoie elle aussi au parallèle avec l'histoire juive.

L'exécution sera répétée le lendemain. Les 29 et 30 octobre, l'orchestre symphonique de Bochum invite déjà le public à leur prochain concert dans leur nouveau chez-soi : au programme, figure entre autres la très populaire Suite "L'Oiseau de Feu" d'Igor Stravinsky.

Œuvre de la semaine – Harry Partch: Delusion of the Fury

L'édition 2013 de la triennale de la Ruhr avait permis de découvrir la création en Europe de Delusion of the Fury ("L'illusion de la fureur"), œuvre tardive mais œuvre-clé composée en 1965-1966. Cette production, réalisée ainsi avec l'Ensemble Musikfabrik dans une mise en scène de Heiner Goebbels a été alors jouée à Oslo, Genève, Amsterdam, Édimbourg, New York et Paris. Le 7 octobre 2016, on pourra la voir sur scène à Taichung (Taïwan), en création en Asie.


Harry Partch : le Don Quichotte de la musique ?


Les critiques contemporains de Partch l'avaient dépeint sous les traits de "Don Quichotte de la musique". Selon une vision plus actuelle, il fut un philosophe de la musique et un pionnier d'une haute inspiration qui, en tant que compositeur, fut l'un des premiers à se consacrer presque exclusivement à la micro-tonalité. Il inventa son propre système tonal, fondé sur 43 micro-tons purs très resserrés par octave. En outre, il fut également le concepteur d'un véritable cosmos sonore spécifique, essentiellement composé d'instruments à percussions de formes nouvelles et aux sonorités inhabituelles.

Le projet de théâtre musical de Partch Delusion of the Fury n'a rien de commun avec l'opéra traditionnel. Inspiré de mythes japonais et africains, il se présente comme une œuvre à mi-chemin du rêve et de la folie, intégrant tous les moyens théâtraux de la lumière, du mouvement, du chant, ainsi que la présence exceptionnelle de son instrumentarium. Ainsi est élaboré un théâtre hors de tout lieu, dans lequel tous les plans temporels se chevauchent, et qui est l'occasion d'un regard sur une culture qui nous est tout à la fois étrangère et en même temps familière. Partch tisse en deux actes une toile rituelle qui célèbre la vie et la réconciliation des vivants avec la mort.

Delusion of the Fury: « Cloud Chamber Bowls » et « Zymo–Xyi »


Une grande partie des quelque 25 sculptures sonores de l'instrumentarium exotique de Partch fait partie de la famille des marimbas – mais, du reste, de façon lointaine : le "Marimba Eroïca" se compose en fait de quatre tiges sonores géantes avec des corps de résonance. Dans le "Mazda Marimba", ce sont des ampoules qui produisent les sons ; pour le "Zymo–Xyi", des bouteilles d'eau-de-vie et de liqueur. Les "Cloud Chamber Bowls" ("bols de chambre à brouillard") ressemblent de loin à une boutique de lampes. Or, suspendues à un cadre de bois, ce ne sont pas des lampes, mais la partie supérieure de très grands récipients de laboratoire en verre, découpés et accordés grâce à un polissage. Jouées avec des mailloches de feutre, elles sonnent comme un glockenspiel grave.
Je pense que ma musique est vraiment liée au corps. Elle possède un feeling corporel. L'apparence des instruments est pour moi importante. Ces objets sont inscrits dans l'espace, ce sont des produits de l'espace. Et puisqu'ils en font partie, il faut qu'ils aient beaucoup d'allure et qu'ils soient eux-mêmes source d'inspiration. Toute personne qui en joue fait aussi partie de l'instrument. Il s'agit d'une unité, d'un ensemble. Et, mon dieu, si je puis dire quelque chose : l'instrumentiste en question ne devrait pas avoir l'air d'un cueilleur de prunes californien amateur en pleine cueillette ! – Harry Partch

Une autre représentation de cette production bien accueillie par le public est prévue à Taichung le 8 octobre 2016. Inspirée par la série de représentations de la triennale de la Ruhr et par l'Ensemble Musikfabrik, Schott a commencé la publication d'une nouvelle série : les partitions de Partch, uniques dans leur écriture, deviennent maintenant accessibles en partition d'études, sous forme imprimée ou par téléchargement. Vous pouvez trouver Delusion of the Fury en tant qu'exemple de démonstration gratuite dans Notafina grâce au lien ci-dessous.

Œuvre de la semaine – György Ligeti : Ramifications

C'est le 22 septembre que l'on pourra entendre Ramifications de György Ligeti jouées à Oslo par l'Orchestre de chambre de Norvège placé sous la direction de Per Kristians Skalstad. Trois jours plus tard aura lieu une autre exécution de cette œuvre pour orchestre à cordes, que dirigera Pascal Gallois à la tête de l'orchestre des "Musicales de Quiberon" au Palais des Congrès Louison Bobet à Quiberon (France).



Né en 1923 dans une famille juive hongroise, Ligeti composait au début des années 1960 une musique aux structures sonores d'une forte densité, à la limite de la rigidité, comme par exemple dans sa pièce pour orchestre Atmosphères datant de 1961. Ces structures s'allégèrent de plus en plus par la suite, en devenant plus mobiles. Ramifications représente, sur le plan compositionnel, un développement issu de son processus complexe de composition de structures musicales en réseau.

Ramifications  de György Ligeti – De "dense et statique" à "transparent et mobile"


Bien que l'on trouve, dans Ramifications, également des champs sonores statiques, ce sont cependant les maillages en trames fines qui dominent dans l'œuvre. Le titre se rapporte à la technique de la conduite des voix dans la polyphonie : toutes les voix prises isolément procèdent de manière différente, mais elles forment cependant des faisceaux qui se défont peu à peu. Les moments où les voix se meuvent ensemble ont pour effet le jeu en alternance de l'union et de la ramification dans la musique. Nouveau est ici chez Ligeti le traitement hyper-chromatique de l'harmonie : techniquement parlant, ce résultat est atteint en accordant la moitié des cordes un quart de ton plus haut. La musique qui en résulte n'est pas à proprement parler une musique en quarts de ton, car la mise en vibration des cordes produit une fluctuation des hauteurs de note, dans laquelle on n'entend jamais de véritables écarts de quarts de ton, mais de plus ou moins larges ou plus ou moins étroits intervalles micro-tonaux.
Ramifications représente l'aboutissement du passage de "dense et statique" à "transparent et mobile". Dans les endroits, surtout, où le tissu musical est transparent et finement tramé, apparaît une toute nouvelle sorte d'harmonie "incertaine", comme si les harmonies du tempérament égal ou même du système diatonique étaient "corrompues". Les harmonies se caractérisent par leur "goût fort", la décomposition est entrée dans la musique. Ramifications est un exemple d'art décadent. – György Ligeti

En Allemagne aussi, on aura l'occasion cette semaine d'entendre la musique de Ligeti : ses Études pour piano  sont jouées le 19 septembre par le pianiste Boris Berezowsky dans la cadre de la Beethovenfest de Bonn. Le même jour, ainsi que le lendemain, le Bayrisches Staatsorchester interprète, sous la direction de Kirill Petrenko, Lontano, pour grand orchestre, au Théâtre national de Munich. Mysteries of the Macabre pour soprano colorature et orchestre de chambre sont donnés trois fois de suite : le 20 septembre, par l'Orchestre philharmonique de Giessen sous la direction de Michael Hofstetter avec la soprano Marie Friederike Schöder, au théâtre de cette ville ; les 23 et 25 septembre, à la Tonhalle de Düsseldorf, par les Düsseldorfer Symphoniker dirigés par Alexandre Bloch et avec Eir Inderhaug en soliste.

Œuvre de la semaine – Julian Anderson: Incantesimi

Le Philharmonique de Berlin et Sir Simon Rattle donneront cette semaine deux créations nationales de la nouvelle œuvre pour orchestre de Julian Anderson Incantesimi, au Festival de Lucerne le mercredi 31 août, et aux Proms de la BBC le samedi 3 septembre.



Écrite avec en tête la couleur propre à cet orchestre, Incantesimi, pièce de 8 minutes, est une exploration scintillante d'idées musicales orbitant les unes autour des autres. Après en avoir donné la création mondiale en juin à Berlin, le Philharmonique de Berlin a inscrit l'œuvre au programme d'une tournée qui l'a menée à Rotterdam et Lucerne, et doit culminer avec la première audition au Royaume-Uni à l'Albert Hall de Londres.

Incantesimi (qui signifie en italien "sortilèges" ou "enchantements") est une pièce fondée sur cinq idées musicales tournant les unes autour des autres, tantôt sous forme d'accompagnement à l'arrière-plan, tantôt apparaissant au premier plan. L'œuvre se caractérise par un solo récurrent de cor anglais, par une longue figure en arche jouée aux cordes, par de lents accords, ainsi que par des accords de cloches dans les registres du medium et de l'aigu. La pièce se déroule lentement dans ce que le compositeur définit comme "un état quasi hypnotique", qui donne son titre à l'œuvre. Vers la fin de l'œuvre, le tempo prend un tour dramatique, et amène à une véritable éruption sonore. Après avoir retrouvé le calme, la musique continue son processus orbital pour conclure la pièce.
Quand Sir Simon Rattle m'a demandé de composer une œuvre pour le Philharmonique de Berlin, j'ai décidé d'écrire une pièce consacrée à la ligne et au timbre, se développant dans une grande lenteur. J'ai toujours admiré  la capacité de Rattle et du Philharmonique de Berlin à jouer de longues lignes musicales avec une sonorité d'une exceptionnelle beauté. – Julian Anderson

Commandée en commun par la Fondation du Philharmonique de Berlin, la Royal Philharmonic Society (Royaume-Uni) et le Boston Symphony Orchestra, Incantesimi sera donnée en première audition aux États-Unis le 26 janvier 2017, suivie de reprises les 27 et 28 janvier au Symphony Hall de Boston, Massachusetts.

Œuvre de la semaine – Thomas Larcher : Symphony No. 2

Le 28 août est la date de la première exécution au Royaume–Uni de la  Symphonie No. 2 'Kenotaph' (2e Symphonie "Cénotaphe") de Thomas Larcher, dans le cadre des concerts-promenades de la BBC (BBC Proms) de Londres, jouée par l'Orchestre symphonique de la BBC placé sous la direction de Semyon Bychkov. Bychkov, à qui la symphonie est dédiée, a dirigé la première mondiale de l'œuvre avec les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Vienne le 3 juin de cette année, à Vienne.

Alors que ses premières compositions s'étaient tout d'abord nourries de tout le poids de son expérience en tant que musicien de chambre, Larcher s'est peu à peu aventuré dans l'écriture pour des orchestres plus fournis, en commençant en 2010 par Red and Green (Rouge et vert). Cette pièce servit ensuite de base de travail à la création de sa première symphonie Alle Tage (Tous les jours) pour baryton et orchestre (2010–2015), qui fit suite au succès obtenu par A Padmore Cycle (Un Cycle pour Padmore) pour ténor et orchestre, en 2014.

Symphony No. 2  -  "Un tombeau pour les âmes oubliées et perdues"


Symphony No. 2 est une pièce de 35 minutes, une symphonie en quatre mouvements, qui conserve de fait, par endroits, la sonorité plus intime de ce qui était envisagé au départ – un concerto pour orchestre. Écrite pour un orchestre en grand effectif avec un important pupitre de percussions, la composition de Larcher parcourt différents niveaux d'énergie musicale, afin de rechercher une teneur et une structuration certes exploratoires, mais en parfaite connaissance des traditions et des formes classiques. Le sous-titre de la symphonie, "Cénotaphe", fait allusion à des monuments érigés pour la commémoration de personnes tuées à la guerre, ou, selon les propres mots du compositeur, "des tombeaux pour les âmes oubliées et perdues". Dans l'angoisse due à la continuation en Europe de la crise des migrations de populations, en particulier, Larcher transmet son sentiment dans cette œuvre.
"Des milliers et des milliers de gens se sont noyés en Méditerranée pendant qu'en Europe, tout le monde restait sur les côtés sans rien faire, se contentant d'observer la tragédie ou même de détourner le regard. [Cette symphonie] est le symbole de ce qui s'est passé et qui se passe toujours en plein centre de l'Europe". – Thomas Larcher

Les exécutions d'œuvres de Larcher, dans les prochains mois, comprennent Ouroboros, pour violoncelle et orchestre de chambre, par l'orchestre de chambre de Norvège le 13 septembre à Oslo, avec le violoncelliste Jean–Guihen Queyras et le chef Per Kristian Skalstad, et la même pièce le 13 octobre à Salford (Royaume–Uni) avec l'orchestre philharmonique de la BBC, le violoncelliste Matthew Barley et le chef Ben Gernon, en première audition dans ce pays. Le 6 octobre, à Bergen (Norvège), Edward Gardner dirigera A Padmore Cycle avec le ténor Mark Padmore et le Philharmonique de Bergen. Le Tonkünstler–Orchester Niederösterreich, sous la direction de Yutaka Sado, interprétera Red and Green en Autriche les 7 (Vienne), 8 (Grafenegg) et 9 octobre (Vienne).

Œuvre de la semaine – Christian Jost: An die Hoffnung

Dans le programme de son concert d'ouverture, le 10e festival de Grafenegg (Autriche) présente la première audition mondiale du nouveau Lied avec orchestre de Christian Jost An die Hoffnung (À l'espérance). Commande du festival, l'œuvre est interprétée le 19 août avec en soliste Florian Vogt, et le Tonkünstler–Orchester Niederösterreich dirigé par Yutaka Sado. C'est là une des rares occasions d'entendre le ténor dramatique Florian Vogt dans l'interprétation d'une composition contemporaine. Son arrivée sur le devant de la scène eut essentiellement pour occasion sa prise de rôle de Lohengrin au Théâtre d'Erfurt en 2002 – et ce rôle reste aujourd'hui encore l'un de ses rôles fétiches.

Après Krzysztof Penderecki (2007), Heinz Holliger (2008) et Jörg Widmann (2014), c'est maintenant Christian Jost qui occupe la place de compositeur en résidence auprès du festival de Grafenegg. Dans ce poste, le rôle de Christian Jost ne se borne pas à proposer ses propres compositions, mais lui permet également de diriger le Tonkünstler–Orchester et lui confie la responsabilité de l'atelier de composition et de direction "INK STILL WET" ("L'encre encore humide"), qui, depuis 2011, a lieu tous les ans, et, cette année, du 1er au 5 septembre.

Christian Jost, An die Hoffnung – Un recours moderne à Beethoven.

C'est en 1804, sous son opus 32, que Beethoven mit en musique le poème An die Hoffnung issu de l'Urania de Christoph August Tiedge. Neuf ans plus tard, il retravailla et développa cette composition de Lied, et une nouvelle œuvre parut avec le même titre sous le numéro d'opus 94. C'est cette version tirée de la période de création tardive chez Beethoven que Jost a prise pour point de départ de son œuvre orchestrale du même titre. Dans la section centrale de l'œuvre, Jost conserve la partie vocale originale ainsi que certains éléments harmoniques. Mais le Lied de Beethoven est cependant recomposé au sein d'une partie orchestrale entièrement nouvelle, dont l'instrumentation est semblable à celle de la 9e symphonie de Beethoven. Cette dernière trouve également sa place dans le concert d'ouverture du festival de Grafenegg.
C'est un paysage orchestral construit sur des tierces mineures, une composition bouleversée, au rythme pressant, qui, orchestralement parlant, confère à "l'espérance" beethovénienne une certaine fragilité. Elle conflue en un voile d'interrogation fait de tendres clusters, tissé dans les dernières lignes de Tiedge : "Là-haut, est-il un ange qui attende et compte mes larmes ?" – Christian Jost

Outre la création de An die Hoffnung, Jost présente au début du concert du 19 août sa Fanfare pour 9 cuivres – autre commande du festival de Grafenegg donnée en création mondiale. Dans la suite du programme du festival, Jost dirigera, le 25 août, sa CocoonSymphonie. Le 28 août, Georgy Goryunov jouera lautlos, de Jost, pour violoncelle solo ; Portrait, pour violon solo, pourra être entendu le 10 septembre, interprété par Sophie Kolarz–Lakenbacher.

Œuvre de la semaine – Arnold Schönberg: A Survivor from Warsaw

Tous les ans, entre juillet et septembre, ont lieu, à Londres, les "BBC Proms" ("Concerts–promenades" de la BBC). C'est dans le cadre de cette série estivale de concerts qu'est interprété, le 8 août au Royal Albert Hall, A Survivor from Warsaw for narrator, men’s chorus and orchestra (Un survivant de Varsovie, pour récitant, chœur d'hommes et orchestre) d'Arnold Schönberg. Esa Pekka Salonen dirige le Philharmonia Orchestra et le chœur des Philharmonia Voices, avec Simon Russell Beale dans le rôle du narrateur.



En 1933, année de la prise de pouvoir national-socialiste, Schönberg, fils d'un commerçant juif, s'exila aux États-Unis en passant par Paris, et reçut huit années plus tard la nationalité américaine. Plus que tout autre compositeur de son époque, Schönberg accomplit, dans ses œuvres atonales et au moyen de la technique de composition dodécaphonique dont il est l'inventeur, le changement radical ouvrant la voie vers la musique nouvelle. Le génocide comme la dictature nazie intensifièrent encore la représentation musicale des souffrances humaines donnée par Schönberg dans ses compositions – comme c'est ici le cas dans Un survivant de Varsovie de 1947.

Arnold Schönberg, A Survivor from Warsaw – Une œuvre monumentale de la technique de composition dodécaphonique


En seulement 99 mesures, Schönberg parvient à représenter la souffrance et l'oppression subies par tout un peuple. Le récit, écrit par le compositeur autrichien lui-même, décrit le système de terreur mis en place par le régime nazi en faisant appel à un épisode caractéristique du ghetto de Varsovie. Au premier plan figure, dans une étroite cohérence de la musique au texte, la reproduction détaillée de l'appel des prisonniers. Le texte écrit par Schönberg a recours à trois langues: le récitant parle anglais, mais cite en allemand les ordres criés par le sergent. La partie finale est composée en hébreu, langue de la prière fondamentale du judaïsme "Chéma Yisraël", dont Schönberg cite mot pour mot les trois premiers versets (Deutéronome, 6, 4-7).
Now, what the text of the Survivor means to me: it means at first a warning to all Jews, never to forget what has been done to us, never to forget that even people who did not do it themselves, agreed with them and many of them found it necessary to treat us this way. We should never forget this even such things have not been done in the manner in which I describe in the Survivor. This does not matter. The main thing is that I saw it in my imagination. – Arnold Schönberg

Outre A Survivor from Warsaw de Schönberg, d'autres œuvres éditées chez Schott prennent place dans la programmation des "Proms" cette semaine : dans ce même concert du 8 août, figure également l'œuvre de Henri Dutilleux The Shadows of Time pour orchestre et trois voix d'enfants. L'œuvre pour orchestre de Peter Maxwell Davies Sir Charles his Pavan sera jouée le 9 août par l'Orchestre philharmonique de la BBC sous la direction de Juanjo Mena, tandis que c'est le 12 août qu'a lieu la création mondiale du Concerto pour violoncelle de Huw Watkins, avec l'orchestre national de la BBC du Pays de Galles et Paul Watkins en soliste, sous la direction de Thomas Søndergård.

Œuvre de la semaine – Paul Hindemith : Symphonic Metamorphosis

Les Symphonic Metamorphosis on Themes by Carl Maria von Weber (Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber) de Paul Hindemith sont donnés deux fois cette semaine : le Suffolk Youth Orchestra les joue le 3 août sous la direction de Philip Shaw au Concert Hall de Snape Maltings (Suffolk, Grande-Bretagne), et Teddy Abrams les dirige le 6 août avec le Britt Festival Orchestra, dans le cadre du Britt Music & Arts Festivals, à Jacksonville (États-Unis).



En 1936, les compositions de Hindemith furent frappées d'interdiction en Allemagne, ce pourquoi le compositeur s'exila quatre ans plus tard aux États-Unis. C'est à ce moment que l'œuvre symphonique Métamorphoses symphoniques  vit le jour en tant que première œuvre composée par Hindemith aux États-Unis.

Les Métamorphoses symphoniques de Hindemith : la transformation d'un ballet en une symphonie


C'est pour le danseur et chorégraphe Leonid Massine que Hindemith avait écrit dès 1938 la musique du ballet Nobilissima Visione, et c'est par lui qu'il se vit confier une tâche nouvelle : Massine demanda au compositeur d'orchestrer des pièces pour piano de Carl Maria von Weber, qui devaient ensuite faire partie d'une musique de ballet. Mais les deux artistes ne purent se mettre d'accord. Hindemith décida, à l'inverse de ce que lui conseillait Massine, non seulement de composer des Variations sur des thèmes de Carl Maria von Weber, mais en outre de les écrire d'une manière libre, dans son propre style. Il les avait simplement "légèrement colorées et aiguisées", écrivait le compositeur dans une lettre à son épouse. Massine déclina le résultat en le déclarant trop complexe, si bien que le projet, tout d'abord, en resta là. Ce n'est qu'en 1944 que les Métamorphoses symphoniques furent créées par le New York Philharmonic Orchestra dirigé par Artur Rodziński. Ce sont la virtuosité, la fantaisie et l'humour qui caractérisent l'œuvre. Plus encore que les autres mouvements, le deuxième (le Scherzo sur la pièce écrite par Weber pour "Turandot") est particulièrement enthousiasmant, avec son motif pentatonique et son arrogant fugato jazz pour les vents et les percussions.
Parmi tous les participants de la création, du partage et du plaisir de la musique, c'est toujours l'exécutant, chanteur ou instrumentiste, qui est le plus intimement en contact avec la technique utilisée dans une pièce musicale. Le degré de perfection technique du chef d'œuvre qu'il interprète lui sera toujours la meilleure stimulation à mettre sa propre technique au service de l'exécution; il sera sans cesse conduit sur son chemin par l'accomplissement de la composition ; c'est ainsi qu'il atteint son but : procurer à l'auditeur le plus grand plaisir artistique. – Paul Hindemith

Voici quelques jours, le Suffolk Youth Orchestra interprétait les Métamorphoses symphoniques en Allemagne, entre autres à Wittenberg, Magdebourg et Dessau. Le 6 août, on pourra entendre, dans une version pour orchestre d'instruments à vent, les trois premiers mouvements de l'œuvre, Allegro, Turandot-Scherzo et Andantino, par l'orchestre du "Center for the Arts" de Interlochen (États-Unis), placé sous la direction de Steve Davis.

Par ailleurs, une exécution de la Kammermusik Nr. 1 aura lieu le 28 août dans le cadre du festival de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Les membres de l'Orchestre philharmonique de Hambourg joueront sous la direction de Kent Nagano.