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Œuvre de la semaine – Karl-Birger Blomdahl: Aniara

La revue lyrique Aniara de Karl-Birger Blomdahl fêtera sa première le 6 mai, dans une mise en scène de Stefan Johannson à l'Opéra de Malmö. Tobias Ringborg est à la tête de l'orchestre, et la chorégraphie est signée Patrik Sörling. Ce théâtre présente ainsi une véritable redécouverte, la pièce n'ayant été mise en scène qu'une seule fois au cours des cinquante denières années.



Sur la terre a lieu le décollage du vaisseau spatial "Aniara", avec huit mille personnes à son bord. Pour la plupart, ce sont des fuyards qui recherchent un nouvel avenir dans les froides toundras de la planète Mars, car leur planète a été contaminée par des rayons radioactifs. En cela, le voyage de l'Aniara ne présente rien de particulier, ce n'est que l'un des milliers de vaisseaux de l'espace qui effectuent le mouvement pendulaire constant entre la terre et Mars. Mais un malheur arrive: le gouvernail du vaisseau est endommagé de façon irréparable dans un choc contre un essaim d'astéroïdes, et l'Aniara dévie irréversiblement de sa route. À bord, tous les participants au voyage sont confrontés à une issue dont chacun sait bien comment elle se terminera: dans le vide spatial et dans la mort. Les années passent, et la situation désespérée sur le navire a imprimé ses traces. Formation de sectes, consommation d'opium, sacrifices humains et perversion sexuelle sont le quotidien. Lors de la fête d'un jubilé du vaisseau sans espoir, le miracle se produit: une poétesse aveugle s'avance et annonce qu'elle a eu la vision d'une ville céleste qui va tous les sauver. Le dictateur du vaisseau la fait enfermer pour cette prédiction. Dans la dernière nuit de l'Aniara, la pilote, devenue désormais inutile, danse devant le cachot de la poétesse. Lorsque la prisonnière meurt, une lumière fantômatique se répand sur les passagers eux-mêmes figés à l'état de corps sans vie.

Aniara de Blomdahl: un opéra en forme d'étude de la société contemporaine


Aniara, composé entre 1957 et 1958, repose sur l'épopée de même nom due au poète Harry Martinson, et comporte beaucoup de traces du développement et des dangers de l'énergie atomique caractéristiques de cette époque. Musicalement parlant, cette revue lyrique est un véritable microcosme multistylistique: chansons, formes en miroir, pièces orchestrales ponctuelles, polyphonie chorale, jazz outrancier, musique dodécaphonique, rythmiques bruitistes – le tout dans un mélange de musique électronique et acoustique. La cellule germinale de la partition est un accord fondamental qui se développe dans une série constitutive de douze notes et intervalles. La musique de Blomdahl travaille essentiellement sur de petits intervalles, qui, sous le coup des émotions, s'élargissent en de plus grands écarts.
Aniara n'est ni un opéra de caractères, ni un opéra d'action, mais peut en fait être qualifié 'd'opéra de situation' en tant que drame collectif de l'humanité au temps de la conquête spatiale. – Karl-Birger Blomdahl

Après cette première, Aniara sera également visible à Malmö les 11, 14, 21 et 30 mai, ainsi que les 2 et 7 juin.

 

Photo: © Malmö Opera (Mise en scène de l'Opera Malmö 2017)

Œuvre de la semaine – Toshio Hosokawa: Umarmung

La création de la nouvelle œuvre pour orgue et orchestre de Toshio Hosokawa, Umarmung (Embrassade), aura lieu au cours du concert donné le 27 avril par l'Orchestre symphonique de Bamberg. Cette composition est dédiée à l'organiste Christian Schmitt qui en interprète la partie de soliste. L'orchestre est dirigé par Jakub Hrùša.



Le compositeur japonais Toshio Hosokawa est un habitué des voyages entre deux cultures. Il trouve l'inspiration de son langage musical dans la relation de tension entre l'avant-garde occidentale et la tradition culturelle japonaise. Umarmung est une œuvre nourrie de la doctrine du Chi, qui représente l'origine de toute vie. Le Yin et le Yang, qui en constituent les représentations formelles, sont, dans leur interaction, responsables de la création et de la vie de toute chose.

Umarmung de Hosokawa : l'orgue en point de mire


C'est le grand orgue de concert que Toshio Hosokawa place au centre de Umarmung. Sa partie se compose d'une mélodie dans l'aigu et d'une mélodie dans le grave, lesquelles symbolisent l'influence conjointe du Yin et du Yang. Les timbres des différents instruments de l'orchestre se coulent dans les mélodies jouées par l'orgue. L'orgue symbolise en outre le chant humain, tandis que l'orchestre représente la nature et l'univers. On en arrive à un moment de résolution où l'orchestre et l'orgue se fondent l'un dans l'autre.
Pour ma part, je considère cette fusion comme la métaphore de la rencontre de deux humains s'embrassant l'un l'autre, d'où le titre de l'œuvre. – Toshio Hosokawa

Le 30 avril, l'Orchestre symphonique de Bamberg joue de nouveau Umarmung dans le cadre du festival ACHT BRÜCKEN de Cologne. La commande de cette nouvelle œuvre a été passée en commun également avec la Philharmonie du Luxembourg et la Société du Konzerthaus de Vienne (Autriche). L'œuvre y est programmée pour la saison prochaine.

 

Photo: © Michael Trippel (Christian Schmitt et le grand orgue de concert en la Konzerthalle Bamberg)

Œuvre de la semaine – Chaya Czernowin: Infinite now

C'est le 18 avril qu'a lieu, à l'opéra des Flandres de Gand, la création du nouvel opéra de Chaya Czernowin Infinite now. La mise en scène est confiée à Luk Perceval, Titus Engel est au pupitre de direction de l'orchestre. Infinite now est le résultat d'un projet de coopération entre le Théâtre national de Mannheim, l'Opéra des Flandres, et le Centre Pompidou – IRCAM de Paris.



Le livret, issu du travail commun de la compositrice avec Luc Perceval, se base tout autant sur la nouvelle titrée Homecoming (Retour à la maison) de l'auteure chinoise Can Xue, que sur la pièce de théâtre Front, de Luc Perceval, qui porte à la scène le roman d'Erich Maria Remarque, À l'ouest rien de nouveau. Ces deux œuvres partagent en commun le thème de la "persévérance" : dans Front, les soldats, enterrés dans la tranchée, semblent être condamnés à un combat apparemment sans fin. S'ils avancent de quelques kilomètres, c'est pour ensuite revenir à la position originelle qu'ils occupaient à leur départ. Dans Homecoming, une femme croit, au cours d'un voyage, traverser une maison avant de s'apercevoir qu'il est en fait impossible de la quitter. C'est ainsi que l'opéra mélange deux mondes apparemment étrangers l'un à l'autre, dont le point commun consiste à trouver de l'espoir dans le moindre élément de vie.

 

Infinite now de Czernowin : l'existence dans l'Ici et Maintenant


 

Infinite now repose sur une structure composée de formes toujours répétées et toujours en augmentation. Chaque acte débute par le bruit d'un portail de fer. Il s'agit à chaque fois de variations du même son originel, même si ce son est le plus souvent à peine reconnaissable. Puis vient une petit scène purement musicale, et ce n'est qu'ensuite qu'intervient le texte. Les six chanteurs eux aussi obéissent à une structure clairement définie : il sont répartis en deux trios dont chacun est attribué à l'une des deux strates de texte. C'est ainsi que le matériau de Front est interprété par un trio composé d'alto, soprano et basse, tandis que l'histoire de Homecoming l'est par mezzosopran, baryton et contreténor. Les rôles principaux de chacune des histoires sont confiés à l'alto et au contreténor. Lorsque ces deux voix chantent ensemble, elles se fondent en quelque sorte en une voix androgyne.
De cette manière, il n'est pas seulement question dans cet opéra du "retour à la maison", ou de la première guerre mondiale. Le sujet est bien celui de notre existence dans l'Ici et Maintenant. Comment nous survivons, comment nous sommes déterminés à survivre et comment même la plus infime étincelle de force vitale rend possible notre survie et ainsi peut-être aussi l'espoir. – Chaya Czernowin

Après sa création, Infinite now reste visible à Gand pour trois représentations, les 20, 22 et 23 avril. Puis suivent les représentations d'Anvers, le 30 avril et les 3, 5 et 6 mai. Le 26 mai a lieu la première représentation allemande au Théâtre national de Mannheim, et le 14 juin est le jour de la première représentation française à la Cité de la Musique de Paris.

 

 

Photo: premières Infinite now-esquisses de la compositrice Chaya Czernowin

Œuvre de la semaine – Paul Hindemith: Symphonie "Mathis der Maler"

La Symphonie "Mathis der Maler" (Symphonie "Mathis le peintre") a été conçue à partir du travail de Paul Hindemith sur son opéra du même nom. Le sujet choisi par le compositeur en est le rétable d'Issenheim du peintre Matthias Grünewald, un chef d'œuvre de la Renaissance. La Filharmonica de la Scala se fait l'interprète de l'œuvre le 10 avril sous la direction de Daniele Gatti. Par ailleurs, cette Symphonie figure également au programme du concert de Pâques de la Philharmonie du Nordharzer Städtebundtheater (réunion des théâtres municipaux du Haut-Harz en Allemagne) les 14 et 15 avril à Halberstadt et Quedlinburg, sous la direction de Johannes Ringer. Le 15 avril en outre, on pourra entendre la pièce dans le cadre de la Philharmony de Colorado Springs, avec Thomas Wilson au pupitre.

Chaque mouvement de la Symphonie décrit un tableau du rétable d'Issenheim : le premier mouvement Engelkonzert ("Concert des anges") sert également, dans sa double fonctionnalité, d'ouverture à l'opéra. Sur le plan musical, le compositeur fait référence à un ensemble de trois anges jouant de la musique pour Marie et l'enfant Jésus. Le bref deuxième mouvement, Grablegung ("Mise au tombeau"), est consacré à l'aile du retable traitant de l'inhumation de Jésus. La musique, empreinte de douceur dans le sentiment de la dignité du deuil, établit un contrepoint à la violence de la crucifixion. Le Finale La tentation de Saint-Antoine construit sa description musicale sur la nature sauvage et bizarre du sujet traité: Le Saint est torturé dans son sommeil par de grotesques figures de démons qui le soumettent à la tentation. La lente ouverture du mouvement est ici interrompue par une attaque subite des percussions, et remplacée par un rapide ostinato. Un chant mélodique moyenâgeux représente la victoire d'Antoine sur ses tentateurs, et ramène au concert des anges, qui conclut le mouvement.

 

La Symphonie "Mathis der Maler" de Hindemith: Un triptyque sonore


 

La Symphonie "Mathis der Maler" marque le début d'un changement de style chez Hindemith. Nouvelle est la recherche sur de couleurs sonores inaccoutumées; il en est ainsi du renforcement des instruments à vent. Mais des éléments de son langage sonore précédent, comme les fondements polyphoniques de l'écriture et le caractère rhapsodique de la mélodie, restent cependant toujours bien présents. Pour ce qui est du matériau de sa symphonie, Hindemith en revint à des modèles de forme musicale tels que la chanson populaire Es sungen drei Engel ein'n süßen Gesang ("Trois anges chantaient un chant suave"). Cette chanson donne sa marque à toute la symphonie, où elle joue le rôle d'un Cantus firmus passant de voix en voix. C'est ainsi que Hindemith fait appel à des formes anciennes qu'il remplit d'une nouvelle vie grâce à ses propres compositions musicales:
Ce que joue l'orchestre ne relève pas d'une invention à part entière. D'anciennes chansons populaires, des querelles vocales datant de la Réforme, ainsi que des éléments de chant grégorien constituent la terre nourricière de la musique de Mathis. – Paul Hindemith

Par la suite, c'est la Philharmonie de Pforzheim qui reprendra la Symphonie "Mathis der Maler", le 30 avril sous la direction de Markus Huber. Les 12 et 14 mai, elle sera donnée par l'orchestre philharmonique de Cottbus dirigé par Ivo Hentschel. En parallèle, l'opéra Mathis der Maler  reste à l'affiche du Théâtre d'État de Mayence encore jusqu'au 7 mai.

 

Photo: Jörgens.mi (CC BY-SA 3.0)

 

Œuvre de la semaine - Richard Strauss: Die Frau ohne Schatten

L'année 2019 sera celle du centième anniversaire de l'opéra féérique Die Frau ohne Schatten (La Femme sans Ombre), l'un des chefs-d'œuvre du duo compositeur – librettiste constitué par Richard Strauss et Hugo von Hofmannstahl. Elle sera représentée à l'Opéra national de Berlin le 9 avril, dans une mise en scène de Claus Guth. Zubin Mehta est à la direction musicale de cette coproduction avec le Théâtre de la Scala de Milan et l'Opéra royal de Covent Garden à Londres. Une semaine plus tard a lieu la Première de la mise en scène réalisée par Andreas Kriegenburg à l'Opéra d'État de Hambourg, sous la direction de Kent Nagano.



Le bonheur du couple impérial est menacé: dans l'année qui vient, l'impétratrice, issue du monde des esprits, doit mettre au monde un enfant, sous peine de voir l'empereur changé en pierre. Mais son épouse est infertile, "elle n'a pas d'ombre". Dans le monde des petites gens, le teinturier Barak et sa femme sont également malheureux. Les deux mondes et les deux femmes sont mis en présence; la nourrice de l'impératrice propose à la teinturière un pacte: en échange de la richesse et de la beauté, elle doit faire l'échange de son ombre ainsi que de son enfant en gestation. La teinturière se laisse séduire et donne son accord à ce marché. En rêve, la conscience de l'impératrice se manifeste: elle se sent coupable envers son époux, qui est menacé de pétrification, mais également envers le couple de teinturiers, dont le bonheur est menacé par l'échange des ombres. Cependant, la teinturière se moque de son mari, et lui avoue la vente de son ombre. Quand le teinturier s'aperçoit qu'en effet, elle ne porte plus d'ombre, il veut tuer sa femme. L'impératrice cependant attend son jugement, dans le domaine des ombres, mais, envahie de pitié à l'égard du couple de teinturiers, réconcilié entretemps, elle ne peut se résoudre à accepter l'ombre ainsi libérée. Elle doit donc assister à la transformation de son époux en pierre. Mais le destin lui est favorable, car son époux est libéré, et le couple de teinturier peut revenir dans le monde des hommes.

Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss : deux mondes, deux couples, deux conflits.


Die Frau ohne Schatten est, musicalement parlant, l'un des opéras les plus exigeants de Strauss. L'effectif habituel de l'orchestre symphonique est complété par des percussions, un orgue, des machines à vent et à tonnerre, ainsi que par un harmonica de verre. L'œuvre entière est constituée de leit-motivs, comme celui de l'impératrice qui, composé de ses seuls intervalles de quarte, quinte et octave, reste dans une indétermination tonale soulignant sa nature incertaine entre le monde des esprits et le monde des hommes. Hofmannstahl, dans son écriture du livret, prit modèle sur La Flûte Enchantée de Mozart. Il souhaitait, lui aussi, proposer un conte à forte dimension morale fondé sur l'histoire de deux couples bien différenciés. Mais les évènements contemporains tels l'émergence de la psychanalyse ou la première guerre mondiale interfèrent dans le sujet. Le travail sur le texte et sur la musique eut lieu en parallèle, et le librettiste et le compositeur ne manquèrent pas de s'influencer l'un l'autre. Strauss se réjouissait du magnifique texte de Hofmannstahl:
Je quitte à l'instant Hofmannstahl, qui est en train de me soumettre un nouveau matériau magnifique, le plus beau du beau, noble, fantastique, tu seras ravie. – Richard Strauss à son épouse Pauline Strauss-de Ahna.

Die Frau ohne Schatten sera également représentée les 13 et 16 avril à Berlin, dans les cadre des "Festtage" 2017 (Festival) de l'Opéra. À Hambourg, 5 représentations en auront lieu d'ici le 7 mai. L'Opéra de Leipzig reprendra la pièce le 23 avril, et elle figurera au programme du Festival d'Opéra de Munich pour deux représentations au mois de juillet.

 

Photo: Brescia/Amisano (Coproduction du Teatro alla Scala di Milano 2012)

Œuvre de la semaine – Fazil Say: Istanbul-Sinfonie

C'est avec le bruit de la mer que s'ouvre et se referme le grand format de la Istanbul–Sinfonie de Fazıl Say. Entretemps, l'auditeur va à la rencontre du portrait d'une ville multiple comme le sont les sept mouvements que lui consacre le compositeur. Le 29 mars, l'orchestre symphonique de la SWR joue à Stuttgart la première symphonie de Fazıl Say sous la direction de Gregor Mayrhofer.



La Symphonie Istanbul s'articule en sept mouvements basés sur les sept collines ayant servi de fondement à la construction de la ville. Chaque mouvement représente ici un aspect de la vie à Istanbul. Nostalgie, le premier mouvement, décrit l'Istanbul historique et éveille le souvenir de la conquête de la ville par les ottomans en 1453. Les deux mouvements suivants, L'ordre (Der Orden) et La Mosquée bleue (Die blaue Moschee), mettent en lumière les différentes faces de la religion : tandis que le deuxième mouvement en dénonce les aspects négatifs de fanatisme, de radicalité et de formation sectariste, le troisième mouvement s'attache à son côté lumineux, symbolisé par un monument de la ville.

Istanbul Sinfonie de Fazil Say : le portrait multiple d'une ville multiple.


Outre les instruments classiques de l'orchestre symphonique, Say fait appel aux instruments de la musique traditionnelle turque, parmi lesquels le nay, le kanoun, le kudüm, le bendir et la darbukka. De par sa capacité de description programmatique, la Istanbul–Sinfonie pourrait parfaitement être définie comme un poème symphonique. C'est ainsi par exemple que le tuba interrompt à plusieurs reprises le quatrième mouvement Jeunes filles bien habillées sur le bateau faisant la traversée vers l'Ïle au Prince (Hübsch gekleidete junge Mädchen auf dem Schiff zu den Prinzeninseln), attirant l'attention sur son solo de corne de bateau. Avant le sixième mouvement  Nuit orientale (Orientalische Nacht) prend de nouveau place une improvisation. C'est un moment de paix qui revient alors, avant que le mouvement proprement dit ne reprenne son cours avec ses danses, jetant un regard au-delà des limites de la ville vers les accès à l'Orient. Enfin, le Finale permet la rencontre avec l'Istanbul moderne, trépidante capitale de 15 millions d'habitants. Tout à la fin, cependant, figure un retour sur l'ancienne Istanbul du premier mouvement, avant le retour du bruit de la mer sur lequel l'œuvre se conclut.
Istanbul ne peut pas se raconter à l'aide de clusters, d'atonalité ou de technique dodécaphonique. Istanbul doit se raconter au moins partiellement d'une manière romantique ou nostalgique. Il n'y a rien de frappant en matière d'avant-garde, mais on y rencontre l'innovation, je crois, et il faut rendre justice ici à l'édification de ce pont jeté entre l'ouest et l'est. – Fazıl Say

Dans le cadre d'un concert pour enfants de la série thématique "Musique, culture, langue", l'orchestre symphonique de la SWR joue la Istanbul–Sinfonie également le 30 mars à l'auditorium de Karlsruhe, ainsi que le 31 mars au Rosengarten de Mannheim. D'autres exécutions publiques de cette symphonie ont également lieu peu de temps après, à Bremerhaven où l'orchestre phiharmonique de cette ville la reprend, les 3, 4 et 5 avril.

 

Photo: Ben Morlok (CC by-sa 2.0)

Œuvre de la semaine – Richard Ayres: The Cricket Recovers

L'opéra de chambre de Richard Ayres No. 39 : The Cricket Recovers (La guérison du criquet), déjà acclamé précédemment par le public, fera l'objet de sa création en Suisse le 22 mars au Théâtre de Bâle, dans une mise en scène de Daniela Kranz et sous la direction musicale de Stephan Delaney. Donné en création mondiale au Festival d'Aldeburgh en 2005, l'œuvre a été, depuis, présentée dans l'Europe entière sous les auspices de l'Opéra d'État de Stuttgart et du Festival de Hollande.



The Cricket Recovers se base sur une collection de récits pour enfants  couronnée de récompenses due à la plume de l'auteur hollandais Toon Tellegen, dans une adaptation de la librettiste Rozalie Hirs. L'histoire met en scène toute une assemblée de personnages animaux confrontés quotidiennement à des difficultés humaines qu'ils doivent vaincre, tandis que l'orchestre dépeint la forêt qui les entoure.

 

Ayres The Cricket Recovers: Des personnages animaux qui sont tous trop humains


Dans The Cricket Recovers, Ayres nous transporte jusqu'à une forêt extraordinaire où, un matin, le criquet du titre se réveille animé d'un profond cafard. Le processus du voyage effectué à travers lui-même afin de lui permettre de se découvrir et de lutter contre sa dépression, avec l'aide de ses camarades animaux, est amusant et touchant tout à la fois. Ainsi, les animaux viennent-ils également en aide à un éléphant qui ne peut s'empêcher de grimper aux arbres. Lorsque le soleil se lève sur une nouvelle journée, les souvenirs des journées précédentes disparaissent, ne laissant que la sage chouette pour se demander dans quelle sorte de monde elle habite!

Cette histoire est destinée aux adultes en même temps qu'aux enfants, et aborde le sujet de la dépression d'une manière directe, simple et belle. Grâce à son caractère magique, de nombreuses émotions ou aspirations humaines sont mises en lumière :
Dans ce territoire parallèle, toutes les sortes d'impossibilités attirantes deviennent réelles. La morale est une donnée absolue : la distinction du bien et du mal est une chose fondamentale, et la rétribution finale ne peut être que juste. Le temps et le monde de la nature sont magiquement souples : l'on peut vivre éternellement, ou adopter temporairement d'autres apparences ; les animaux parlent, souffrent de névroses, se comportent héroïquement. – Christopher Fox (The Musical Times)

The Cricket Recovers sera à l'affiche du Théâtre de Bâle jusqu'au 21 mai. Cet été, une autre des œuvres théâtrales de Richard Ayres, la cantate dramatique In the Alps, sera exécutée au Royaume-Uni par l'Orchestre Aurora, avec la soprano Marie Bevan et le chef d'orchestre Nicholas Collon, au St John's Smith Square de Londres, le 3 juin, et au Symphony Hall de Birmingham, le 4 juin.

 

Photo: Stefan Odry (Production d' Staatstheater Braunschweig 2009)

Œuvre de la semaine - Ludger Vollmer: Tschick

Pendant les vacances d'été, le jeune Maik, 14 ans, traverse avec son ami Tschik l'Allemagne de l'Est dans une Lada volée, en direction de la Valaquie. Certes, ils ne l'atteindront jamais, mais ce voyage devient un passage vers la liberté, rempli d'aventures et de rencontres insolites. Ludger Vollmer a adapté sur la scène d'opéra le roman à succès Tschik de Wolfgang Herrndorf. Le 18 mars 2017, Tschick - Road Opera est créé au théâtre de Hagen.



Vollmer, qui, avec Gegen die Wand ("Contre le mur") et Lola rennt ("Lola court"), a déjà porté à la scène lyrique d'importants matériaux destinés au jeune public, présente ici un nouvel opéra pour la jeunesse en mettant en musique la sortie du roman Tschik. De manière adaptée au voyage des deux jeunes, il n'y a pas de découpage classique en actes, l'œuvre est articulée en fonction des "départs" qui la constituent et qui correspondent aux directions prises par le voyage de Lola. Des lieux comme une décharge, un plan d'eau et une bétaillère renversée transportant des cochons forment les éléments de la scénographie. Vocalement aussi Vollmer se tient à la frontière de l'opéra et a fait appel à de brèves insertions de musique punk ou de chant dans le style de Nina Hagen :
Dans un contexte musical extraordinairement dynamique, l'intrigue est portée par un élan  émotionnel parfois étonnant. De nombreux éléments psychologiques parmi les plus profonds du matériau de Herrndorf – qui, au-delà de son apparence superficielle très punk, ne manque pas d'aspects philosophiques fascinants – ne sont rendus visibles que par la musique. – Ludger Vollmer

Après la création du 18 mars, l'œuvre est donnée encore neuf autres fois dans la mise en scène de Roman Hovenbitzer et sous la direction musicale de Florian Ludwig. La dernière représentation de Hagen a lieu le 8 juillet. La prochaine première du "Road opera" Tschik dans une maison d'opéra allemande est prévue en janvier 2018.

 

Photo: Iakov Kalinin/ Adobe Stock

Œuvre de la semaine – Erich Wolfgang Korngold : The Adventures of Robin Hood

The Adventures of Robin Hood (Les Aventures de Robin des Bois), dont la musique a été composée par Erich Wolfgang Korngold, font partie des classiques de l'histoire du cinéma. Au programme du concert de musique de film présenté le 9 mars 2017 par l'orchestre symphonique de Bournemouth figure la Suite symphonique tirée de ce film d'aventure primé par trois Oscars.



18 films sont au total redevables à Korngold de la composition de leur musique. Il fit partie des compositeurs de musique de film les plus demandés de tous les temps et, en tant que compositeur attaché aux studios de la Warner Bros, contribua au perfectionnement de ce genre musical. Il fut ainsi nommé cinq fois aux Oscars. En 1936, il obtint cette récompense convoitée pour sa musique de Anthony Adverse, et, en 1938, pour The Adventures of Robin Hood. L'œuvre de Korngold inaugura une nouvelle ère hollywoodienne. Ne se contentant plus d'un simple rôle d'accompagnement, la musique vint alors constituer un secteur autonome à part entière capable de commenter, contredire ou renforcer le contenu visuel des films. En même temps, en faisant notamment appel à la technique du leitmotiv wagnérien, Korngold conféra aux caractères ou aux scènes leur propre spécificité sonore.

Korngold, The Adventures of Robin Hood  : un Viennois à Hollywood


Lorsqu'il accepta de travailler pour le film The Adventures of Robin Hood, Korngold, célèbre à Hollywood en tant que compositeur de films recherché, avait déjà fait parler de lui par exemple à l'occasion d'œuvres telles que Captain Blood. Avec leur budget de plus de deux millions de dollars, monstrueux pour l'époque, The Adventures of Robin Hood éclipsèrent d'un seul coup toutes les productions précédentes. Ne disposant, au début, d'aucun élément de scénario écrit, Korngold fit des recherches sur le thème de Robin des Bois dans toutes les bibliothèques viennoises. Il fit également appel, pour cette musique de film, à des éléments tirés d'une œuvre antérieure, sa Symphonische Ouvertüre ("Sursum corda !").

Depuis 2015, Schott Music est le représentant exclusif de la "Erich Wolfgang Korngold – Warner Chappell Library", où vous trouverez, outre la musique de The Adventures of Robin Hood, également d'autres classiques de l'histoire de la musique de film comme Captain Blood, The Prince and the Pauper et The Sea Hawk.

Sous le titre thématique "Heroes & Legends. More Music from the Movies" ("Héros et légendes. Encore des musiques de film"), d'autres concerts du Bournemouth Symphony Orchestra auront lieu les 10 et 11 Mars, ainsi que le 22 Avril. Les musiciens du Hofer Symphoniker ("Orchestre symphonique de Hof", Allemagne) ont inscrit à leur programme du 16 mars la musique composée par Korngold pour le film Sea Hawk.

 

Photo: Warner Bros. / Deutsches Filminstitut - DIV e.V., Wiesbaden

 

Œuvre de la semaine - Ryan Wigglesworth: The Winter's Tale

C'est le 27 février que le premier opéra de Ryan Wigglesworth, The Winter's Tale (Le Conte d'Hiver) fêtera sa première représentation sur la scène principale de l'English National Opera. La réalisation est confiée au célèbre acteur shakespearien Rory Kinnear, et la distribution, exceptionnelle, comprend des artistes tels Iain Paterson, Sophie Bevan et Leigh Melrose. Ryan Wigglesworth lui-même se tiendra au pupitre.



The Winter's Tale de Wigglesworth est une interprétation nouvelle et convaincante de la tragi-comédie romanesque de Shakespeare. Dans iune rage jalouse, le roi Léonte jette en prison son épouse Hermione, dont il est persuadé que la fille nouvelle-née est le fruit de l'infidélité. Léonte ordonne que le bébé soit délaissé sur un lointain rivage désolé, et il est abandonné de tous. Mais ce qui semble être une tragédie devient, au fur et à mesure de l'écoulement du temps, une pièce sur le remords, l'amour et la réconciliation. L'œuvre se prête parfaitement à une adaptation en opéra, ainsi que le décrit Wigglesworth :
J'ai commencé par créer quelque chose de très squelettique à quoi j'ai ensuite donné plus de chair lorsque je me suis mis à composer. À partir de là, je pouvais commencer à voir de plus en plus clairement de quoi il était besoin... Dans cette pièce, la chose remarquable est le rôle tenu par ces véritables piliers de la dramaturgie que sont le procès de Hermione, la tempête, le passage des seize années, et, bien sûr, la scène finale : des moments incroyablement forts et bien charpentés, d'une manière particulièrement adaptée à la construction d'un opéra. – Ryan Wigglesworth

The Winter's Tale  est donné à l'English National Opera du 27 février au 14 mars.

 

Photo: ENO

Buste: Jess Riva Cooper