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Œuvre de la semaine – Luigi Nono : Il canto sospeso

"...Ton fils s'en va. Il ne pourra pas entendre les cloches sonner pour la liberté", écrit le Grec Konstantinos Sirbos dans sa lettre d'adieu, quelques heures avant d'être assassiné par le régime national-socialiste.



Luigi Nono a choisi cette lettre, et d'autres semblables, pour servir de base à son œuvre Il canto sospeso (Le chant suspendu), programmée par l'Orchestre symphonique et l'ensemble vocal de la radio SWR dans le cadre de la Musikfest de Berlin le 11 septembre 2017. Peter Cundel sera au pupitre, avec en solistes Mojca Erdmann (soprano), Jenny Carlstedt (mezzosoprano) et Robin Tritschler (tenor).

Au cours du "troisième Reich", nombreux furent ceux qui choisirent de résister à l'injustice et aux exactions. Pour beaucoup, cela signifia la condamnation à mort. Ces lettres, écrites au moment de leur exécution, furent publiées en 1954 sous forme d'un recueil documentaire, dans lequel Nono trouva la base de cette œuvre construite en neuf parties. Il y fit un choix d'extraits de lettres écrites par des Européens âgés de 14 à 40 ans, afin de les inclure dans sa musique. Nono dédia son œuvre à tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté du plus grand nombre.

Le chant suspendu de Luigi Nono : vaincre la mort par la musique.


Au début, Nono fait appel à des sons orchestraux planants afin d'amener le public au caractère correspondant au premier texte chanté par le chœur. "Je meurs pour la justice. Nos idées vaincront", écrivit un jeune homme de Bulgarie.Survient ensuite un épisode dans lequel les trois solistes proclament ensemble des extraits de lettres écrites par trois patriotes grecs. Au point culminant de la pièce, Nono met en musique des lignes tracées par une femme condamnée à mort décrivant l'arrivée de ses meurtriers marchant vers elle. Dans cette partie de l'œuvre, la musique présente un important contraste entre un premier élément déchirant confié aux cuivres et aux timbales, et un second dans lequel les cordes se voient confier une partie principale résultant en un effet de vide. Le compositeur choisit la soprano pour chanter l'adieu d'une jeune femme russe à sa mère restée seule. Elle n'est accompagnée que par les sons bouche fermée du chœur de femmes, et par les instruments aigus. Nono relie les différentes paroles d'adieu des condamnés à mort par des intermezzi instrumentaux provoquant chez l'auditeur une atmosphère de séparation et de désespoir. Nono termine sa pièce par les mots: "Je m'en vais, mais j'ai confiance en une meilleure vie pour vous", prononcés par le chœur dans un accompagnement de timbales. Il ne reste plus que totale consternation. Il canto sospeso ne se contente pas simplement de mettre un texte en musique: Nono dispose les fragments des textes d'une manière qui les rend malaisés à comprendre. Mais il les utilise comme un moyen global de renforcement de l'effet produit par la musique. Consacrer des œuvres au devoir de mémoire et à la réflexion est une démarche de plus en plus importante, et particulièrement de nos jours. Nombreuses sont celles pouvant également servir de points centraux de discussion, de débats et d'activités pédagogiques. Le lien ci-dessous vous met en contact avec une sélection d'œuvres appropriées à cette démarche de réflexion. Il est évident que les compositeurs de tous les temps ont profondément été convaincus du pouvoir de la musique en matière de remémoration et d'admonestation, mais aussi de réconfort et de réconciliation. Leonard Bernstein voit les chose ainsi:
Voici ce que sera notre réplique à la violence: faire de la musique avec une encore plus d'intensité, de beauté et de dévotion que jamais auparavant.

Cette année offre une autre occasion d'entendre en conert Il Canto Sospeso: ce sera dans l'Auditorium de la Radio de Hesse à Francfort, le 26 novembre dans le cadre de la "Biennale cresc...".

Œuvre de la semaine – Igor Stravinsky: L'Oiseau de Feu

L'Oiseau de Feu d'Igor Stravinsky fait maintenant partie depuis plus de cent ans du répertoire scénique des théâtres du monde entier, et, sous sa forme de suite d'orchestre, du répertoire de concert le plus courant. Cette semaine encore, on pourra entendre cette œuvre dans cinq villes différentes.



En 1909, ce sont Alexandre Tcherepnine et Anatoli Liadov que le directeur des Ballets russes, Serge Diaghilev, avait chargés de composer la musique du Ballet L'Oiseau de Feu. Lorsque la collaboration entre les deux compositeurs eut fait long feu, Diaghilev se tourna vers Igor Stravinsky, alors âgé de 27 ans, et encore largement inconnu du grand public. En l'espace de quelques mois, ce dernier mena à bien la composition de la vaste partition, fondée sur un argument inspiré par deux contes populaires russes.

L'Oiseau de Feu d'Igor Stravinsky – Un modèle pour la musique de film moderne.


Au cours d'une chasse, le Prince-Tsarévitch Ivan s'empare de l'Oiseau de Feu, au plumage merveilleusement chatoyant. Pour le remercier de l'avoir laissé partir, l'oiseau offre au Prince l'une de ses plumes, dont il pourra faire usage pour demander de l'aide si jamais il se trouve en mauvaise position. Peu après, Ivan rencontre dans la forêt 13 Princesses, retenues prisonnières par le roi immortel Kastcheï. Elles se sont secrètement glissées hors du Palais pour aller danser, et, après un moment de défiance, elles permettent finalement au Prince de les rejoindre dans leur Ronde. Il tombe alors amoureux de la merveilleuse Princesse-Tsarevna. Lorsque les dames se hâtent de revenir à leur prison, Ivan les suit en dépit de toutes les mises en garde. Il est découvert, mais appelle l'Oiseau de Feu avant que Kastcheï, dans une terrible colère, ne le transforme en pierre. L'Oiseau magique, par un enchantement, contraint les sbires du Roi à danser jusqu'à l'épuisement. En même temps, Kastcheï se trahit auprès de l'Oiseau de Feu en lui révélant involontairement l'origine de son immortalité : c'est un œuf, caché dans un arbre. Ivan détruit l'œuf et devient ainsi vainqueur du scélérat. Les personnes changées en pierre dans le château sont délivrées, et Ivan peut épouser la Tsarevna.

Dans la musique de L'Oiseau de Feu, Stravinsky caractérise les trois groupes d'acteurs principaux par des spécificités sonores : il utilise ainsi pour Kastcheï des mélodies chromatiques, a recours, pour l'Oiseau de Feu, à des sonorités orientales, et fait appel à des mélodies issues du folklore pour les descendants de la noblesse, en y citant des chansons populaires russes. Plus tard, Stravinsky transcrivit cette musique de Ballet en différentes Suites de concert. La version de 1911 correspond à une réduction de la durée de la pièce tout en conservant son effectif original, tandis que le compositeur, en 1919, réduisit cet effectif à 60 musiciens, de manière à rendre l'œuvre accessible à des orchestres de nomenclature moins exigeante. Dans la version de 1945, Stravinsky rajoute à la deuxième Suite cinq mouvements nouveaux.
Souvenez-vous bien de ce jeune compositeur; voilà un homme qui est à la veille de la gloire. – Serge Diaghilev à l'occasion d'une répétition avant la création de L'Oiseau de Feu

La Suite (version de 1919) sera donnée le 6 septembre à Goiânia au Brésil, par l'Orquestra Filarmônica de Goiás, ainsi que le 9 septembre à Coburg en Allemagne, par le Philharmonisches Orchester des Landestheaters Coburg. Une transcription originale pour orchestre symphonique d'instruments à vent réalisée par Randy Earles sera présentée par le Schwäbische Jugendblasorchester im Allgäu-Schwäbischen Musikbund le 9 septembre à Nördlingen et le 10 septembre à Füssen. La version intégrale du Ballet, dans l'édition critique revue par Herbert Schneider, sera présentée à Leipzig les 7, 8 et 9 septembre, avec Gewandhausorchester de Leipzig.

Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Der junge Lord

Pour la première fois de son histoire, l'Opéra de Hanovre présente au public l'opéra comique de Hans Werner Henze Der junge Lord (Le jeune Lord). Composée sur un livret d'Ingeborg Bachmann, cette production célèbre sa première représentation le 2 septembre 2017. La mise en scène est de Bernd Mottl, Mark Rhode est au pupitre de l'Orchestre de l'État de Basse-Saxe.



Le compositeur et la librettiste ont été unis pendant des années par les liens d'une étroite amitié ainsi que par une intense collaboration artistique, dont furent issus, entre autres, l'opéra Der Prinz von Homburg (Le Prince de Hombourg) et le mimodrame L'idiot. Der junge Lord – qui est la dernière des six pièces formant ensemble la totalité des œuvres conçues en commun par Henze et Bachmann – fit l'objet d'une commande de l'Opéra allemand de Berlin. Bachmann choisit comme sujet la parabole Le singe fait homme (Der Affe als Mensch) tirée du recueil Der Scheik von Alessandria und seine Sklaven (Le cheikh d'Alexandrie et ses esclaves) de Wilhelm Hauff (1802-1827). Elle compléta l'action en y rajoutant le couple d'amoureux Wilhelm et Louise.

Der junge Lord – Fascination et aveuglement

Sir Edgar quitte le Londres du début du XIXe siècle pour se rendre dans la province allemande particulièrement collet monté de Hülsdorf–Gotha. Là, il démontre plus d'intérêt pour le cirque itinérant que pour les citoyens locaux. Ces derniers, se sentant offensés, répliquent en barbouillant la maison de Sir Edgar de propos xénophobes. Au cours d'un rendez-vous secret, l'étudiant Wilhelm et sa bien-aimée Louise, fille de la baronne Grünwiesel (qui pourrait se traduire par "de la belette verte"), sont effrayés par de grands cris provenant de la maison de Sir Edgar. Ce dernier justifie le vacarme en expliquant qu'il enseigne l'allemand à son neveu Lord Barrat, et qu'il doit le corriger lorsqu'il fait des fautes. Pour preuve de ses dires, Sir Edgar organise deux semaines plus tard une fête au cours de laquelle il présente le jeune Lord. Les invités sont fascinés par ce comportement excentrique, et en viennent même à imiter ses marottes. Lorsque le jeune Lord se met à rôder autour de Louise, la mère de cette dernière pense déjà à les fiancer l'un à l'autre. Au cours de la soirée, le jeune Lord, emporté dans une danse de plus en plus frénétique, finit par arracher tous ses vêtements de son corps. Et tout le monde s'aperçoit alors soudainement de l'évidence : il s'agit en réalité du singe du cirque, Adam, habillé en homme. Sir Edgar quitte la pièce avec lui – en y laissant seuls les bourgeois de Hülsdorf-Gotha, en état de choc.

Sur le plan de la forme et de la musique, Henze adosse Der junge Lord  à l'opera buffa du XVIIIe siècle, avec tous les ensembles caractéristiques du genre ainsi que le refus affirmé  de tout élément du type de l'aria. Il a recours à des formes traditionnelles comme des chansons populaires ou des comptines enfantines, des menuets, des valses. Sous cette surface, Henze et Bachmann jouent un double jeu vis-à-vis du public : l'illusion d'une muse légère ne sert en fait qu'à formuler avec d'autant plus de virulence la critique sociale portée par la pièce. C'est dans cet esprit et à cette intention que Bachmann, dans le livret, cite les vers de Goethe "En allemand, on ment [par politesse]" (Méphistophélès, Faust) et "Ein bedeutend ernst Geschick" ("C'est un destin éminent et sérieux", "Tischlied", chanson à boire, 1833), afin d'indiquer de quoi il est au juste question.
L'objet essentiel de la pièce est le mensonge, qui naît d'une curiosité insatiable, d'espoirs matériels trahis, d'ostentation provinciale et de vanité blessée. Hans Werner Henze

Après la première, il y aura encore cinq soirées au cours desquelles il sera possible de voir la pièce à l'Opéra de Hanovre : d'autres représentations ont lieu les 9, 17 et 24 septembre, ainsi que les 4 et 19 octobre 2017.

Œuvre de la semaine : Gerald Barry – Canada

Quel rapport y a-t-il entre Beethoven et le Canada ?

Dans le programme des BBC Proms cette année, Gerald Barry célèbre la création mondiale de son œuvre Canada pour voix et orchestre le 21 août 2017 au Royal Albert Hall.



Mirga Graþinytë-Tyla dirige le City of Birmingham Orchestra. Le soliste est le ténor Allan Clayton.

Pour Gerald Barry, Beethoven est le plus grand des compositeurs. C'est pourquoi beaucoup de ses pièces ont un rapport avec l'œuvre beethovénienne. C'est ainsi le cas de Schott and Sons, Mainz, pour basse solo et chœur mixte, qui se fonde sur des lettres échangées entre Beethoven et son éditeur, et Beethoven, pour basse et ensemble, où Barry travaille à partir des lettres personnelles adressées par Beethoven à sa son "immortelle bien-aimée".

Canada de Gerald Barry – Un hommage à Beethoven


Le texte de Canada contient, cité en anglais, en allemand et en français, ce passage extrait de l'opéra Fidelio de Beethoven: "Parlez bas! Gardez-vous  Des yeux et des oreilles nous épient!" Barry eut cette inspiration lors de son retour vers Dublin à l'aéroport de Toronto. Attendant son tour devant le contrôle de sécurité, il se récitait mentalement le célèbre Chœur des Prisonniers de l'opéra :
"Canada ! Oh, quel bonheur d'être à l'air libre ! / De respirer un air léger ! / Ici seulement est la vie ! / Des yeux et des oreilles nous épient." – Canada, ce nom et ce pays m'ont toujours paru bizarres, d'une certaine manière, ils relèvent d'un exotisme courant. – Gerald Barry

Le prochain projet de Barry sera, dans la nouvelle Saison, un concert d'orgue destiné à l'organiste Thomas Trotter, faisant l'objet d'une commande passée en commun par le City of Birmingham Orchestra, le London Philharmonic Orchestra et le RTÉ National Symphony Orchestra.

Œuvre de la semaine – Aribert Reimann: Lear

"L'opéra Lear d'Aribert Reimann, qui fait cette année l'objet d'une cinquième production, traite de la folie du pouvoir, de la solitude, de la perte de toute relation humaine, même avec ses propres enfants", déclare Markus Hinterhäuser, directeur du Festival de Salzbourg.



Le 20 août 2017, ce chef d'œuvre célèbre sa première dans le cadre du Festival, les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Vienne étant placés sous la baguette de Franz Welser-Möst à la Felsenreitschule de Salzbourg. La mise en signe est signée par le réalisateur de théâtre et de cinéma Simon Stone.

Dès1968, le célèbre chanteur de lieder Dietrich Fischer-Dieskau présenta au compositeur avec insistance l'idée d'écrire un opéra sur cette tragédie de Shakespeare. Même si le sujet enthousiasma immédiatement le compositeur, ce n'est que quatre ans plus tard qu'il se sentit à la hauteur d'une telle thématique. Pour l'écriture du livret, il se tourna vers Claus H. Henneberg, avec qui il avait précédemment entretenu d'heureuses relations de travail, en particulier pour l'opéra Mélusine. Reimann cite pour sa part trois sources d'inspiration pour Lear: Anton von Webern, de qui il apprit la précision, Alban Berg, dont l'expressivité lui servit de modèle, et la musique indienne, qui influa sur sa conception du rythme. Afin de procurer un espace de jeu suffisant à la mise en œuvre de ses structurations sonores extrêmement complexes, le compositeur fait appel à un orchestre de 83 musiciens, parmi lesquels un effectif de 48 cordes.

Lear d'Aribert Reimann: la métamorphose en tant que miroir de notre époque.
Je découvris dans cette pièce un nombre de plus en plus important de constellations qui m'apparurent comme autant d'équivalents de notre époque. Toutes les choses qui arrivent ici peuvent arriver toujours et partout.– Aribert Reimann

Le roi Lear veut partager son royaume entre ses trois filles. À celle qui lui porte le plus d'amour sera attribué le plus grand territoire. Cordelia, qui ne peut trouver les mots pour exprimer l'amour qu'elle porte à son père, est bannie et quitte le pays en compagnie du roi de France. Kent, qui désapprouve la décision de Lear, est proscrit. Les deux filles les plus âgées et leurs époux se partagent l'héritage. À la fin, sombrant dans la folie, Lear cherche refuge auprès du cadavre de Cordelia, avant de suivre sa fille dans la mort.

"Durant deux heures et demie, l'auditeur se trouve écarté de la fosse d'orchestre par des grappes sonores de tous les degrés d'intensité, des frottements de quarts de ton, des surfaces sonores immobiles pendant des minutes entières puis se retournant tout soudain, des concentrations de cuivres d'une monstrueuse dureté, des décalages rythmiques déconcertants, des suspensions lyriques dans les parties de voix solistes. Ces moyens sonores, qui ont pour fonction de caractériser avec précision les personnages, les comportements, les situations, ne sont jamais employés en tant que matériel de démonstration." (Wolfgang Schreiber).

Au-delà de la première du 20 août 2017, vous aurez également l'occasion de voir cet opéra dans le cadre du Festival de Salzbourg les 23, 26 et 29 août.

Œuvre de la semaine – George Gershwin: Concerto in F

Après le grand succès de la Rhapsody in Blue, Gershwin reçut, de la part de la New York Symphony Society, la commande d'une composition destinée à un concerto pour piano. L'instrumentation de la Rhapsody ayant encore été effectuée par les soins de Ferde Grofé, le Concerto en Fa se trouve être, pour le jeune Gershwin, la première œuvre d'orchestre entièrement composée et instrumentée par lui-même. Conscient de son manque d'expérience dans ce domaine, il loua les services d'un orchestre durant la période de composition de l'œuvre, afin de pouvoir directement expérimenter ses idées d'orchestration.


Lors de la création de l'œuvre en décembre 1925, au Carnegie Hall de New York, c'est Gershwin lui-même qui tint la partie de piano. L'histoire nous apprend que ses dépenses furent récompensées à leur juste valeur, puisque Gershwin fut compté à partir de décembre 1925 parmi les rangs des compositeurs américains les plus importants du XXe siècle.

Le Concerto en Fa de George Gershwin: du jazz américain sous un habit classique.

Afin de mieux marquer encore son entrée dans la composition de musique pure, Gershwin décida de changer le titre de New York Concerto, qui avait tout d'abord été prévu pour l'œuvre, en une appellation générique plus neutre, celle de Concerto en Fa pour piano et orchestre, et il choisit de faire appel à une forme délibérément traditionnelle en trois mouvements, rapide – lent – rapide.

Dans le premier mouvement, un Allegro (alla breve) influencé par le rythme du charleston, Gershwin expose, dans le premier solo de piano, un premier thème tenant plutôt de la pierre angulaire dans la construction formelle, que de l'exposé d'un premier thème central. Les deux parties principales du deuxième mouvement (Adagio – Andante con moto) sont réunies entre elles par une cadence du soliste. Ce mouvement est souvent défini, en référence à ses spécificités stylistiques, par les termes de "Nocturne – Blues". Le troisième mouvement est conçu par le compositeur sous le signe d'une "orgie de rythmes" dans laquelle il met en œuvre toutes sortes de thèmes de jazz.

Dans son Concerto, le compositeur américain élabore la spécificité de son style musical dans une diversité sonore inspirée par l'Amérique et imprégnée de jazz, de chansons de Broadway, de rythmes de danse et d'harmonies post-romantiques.
Beaucoup de gens pensaient que la Rhapsody n'avait été que le fruit d'un heureux hasard. C'est pourquoi j'ai mis un point d'honneur à leur montrer que j'en ai encore bien plus en réserve que cela. J'ai donc décidé de composer une œuvre de musique pure. La Rhapsody constituait, ainsi que son titre l'implique, une impression sur le blues. Mais le concerto, lui, se devait d'être indépendant de tout programme.– George Gershwin

Le concert officiel de l'orchestre du festival de Schleswig-Holstein ayant lieu à la Philharmonie de l'Elbe à Hambourg le 14 août 2017 avec le soliste Tsimon Barto et sous la direction de Christoph Eschenbach, n'a malheureusement plus de places à vendre. Pour ceux qui voudraient malgré tout écouter la pièce en live, il est donc recommandé de se rendre à la répétition générale du 13.08.2017, à la ACO Thormannhalle de Rendsburg. Outre le Concerto de Gershwin, figurent également au programme La Valse et Daphnis et Chloé de Maurice Ravel.

Œuvre de la semaine – Carl Orff: Der Mond

Près de 80 ans après la création de l’opéra féérique de Carl Orff Der Mond (« La lune »), l’œuvre est maintenant en passe d’arriver bientôt à Taïwan : l’orchestre symphonique de Taipei en propose une production scénique au Théâtre national de Taipei, marquant ainsi la création de l’œuvre à Taïwan.


Le modèle de cette pièce en un acte, dont Orff a lui-même écrit le livret, est le conte Der Mond figurant dans le recueil de contes des frères Grimm. On trouve présents dès cette version d’origine les trois espaces de jeu théâtral – le ciel, la terre, les enfers – figurant le cosmos dans son entier, un univers dans lequel le maintien de l’ordre est assuré par Saint-Pierre. Cet univers permet à Orff de raconter son histoire à partir de la vision d’un jeune garçon, et c’est pourquoi il choisit pour sa pièce l’appellation de « petit théâtre du monde ».

À la hiérarchie verticale exposée depuis le ciel jusqu’aux enfers répond la partition horizontale de la terre. Cette dernière se compose de deux pays constituant chacun le miroir de l’autre, et devant chacun occuper la moitié de la scène.

Der Mond de Carl Orff : un petit théâtre du monde en tant que parabole de l’ordre cosmique.

Des deux moitiés de la terre se trouve d’abord seulement éclairée celle sur laquelle se trouve la lune. L’autre partie se trouve au contraire plongée, la nuit, dans l’obscurité. C’est de là que viennent quatre gaillards qui découvrent la lune attachée à un arbre, dans la partie claire ; sans hésiter, ils la volent pour éclairer leur propre village situé dans la partie obscure de la terre. Lorsqu’ils meurent les uns après les autres, des années plus tard, c’est à chaque fois un quart de la lune qui est enterré avec chacun d’eux et apporté dans les enfers. Réunie alors en son intégralité, la lune éveille les morts par sa lumière et les tire de la paix de leur tombeau. Et ces derniers reprennent leurs anciens modes de vie effrénés. Alarmé par le tumulte, Pierre descend remettre de l’ordre. Mais il cède lui-même à l’emprise de l’alcool, et prend part à la fête, jusqu’à ce qu’enfin, gagné par la fatigue, il ramène le peuple des enfers à la raison et ramène la lune dans le ciel, où, depuis, elle continue à éclairer le monde entier.

La musique est constituée de modèles tirés des exercices pédagogiques de Orff (Orff-Schulwerk) pour la lune, de sons semblables à ceux de In Taberna des Carmina Burana pour les enfers, ainsi que de refrains populaires et de musique de danse pour illustrer la vie des gens simples. Il utilise pour tout cela un important effectif orchestral de type romantique avec une forte nomenclature de percussions.
Cette histoire, que j’ai trouvée dans les ‘Contes de l’enfance et du foyer’ collectés et publiés par les frères Wilhelm et Jakob Grimm, m’a servi de sujet dans une pièce qui se présente comme une parabole permettant de méditer sur la vanité des efforts faits par les hommes pour troubler intentionnellement l’ordre du monde, et en même temps comme une parabole sur la délivrance, précisément dans cet ordre du monde.– Carl Orff.

Pendant trois jours de suite, du 4 au 6 août 2017, la pièce sera visible à Taipei. Un conseil pour les amis de la musique de Carl Orff habitant l’Europe centrale et ne souhaitant pas voyager aussi loin : le théâtre de marionnettes de Munich joue le 12 août une adaptation pour marionnettes de Carmina Burana.

Sur la page du profil de Carl Orff se trouvent d’autres annonces de programmation.

Œuvre de la semaine: Julian Anderson – The Imaginary Museum

C'est le 26 juillet 2017 que le nouveau concerto pour piano de Julian Anderson, The Imaginary Museum, doit être tenu sur les fonds baptismaux dans le cadre des Proms du Royal Albert Hall de Londres. Le pianiste Steven Osborne, à qui l'œuvre est dédiée, joue accompagné du BBC Scottish Symphony Orchestra placé sous la direction d'Ilan Volkov.



The Imaginary Museum est une commande conjointe de la BBC Radio 3, du Bergen Filharmoniske Orkester (Norvège) et du Sydney Symphony Orchestra (Australie). Dans le livre d'André Malraux publié sous le même titre, l'auteur pose pour principe que ce n'est que dans notre tête que peut se trouver réunie une collection cohérente d'objets d'art, puisque les grandes œuvres de cette sorte sont dispersées dans des musées répartis tout autour du monde. S'inspirant de cette idée, Anderson envoie le plus immobile de tous les instruments, le piano, accomplir un voyage acoustique. En six mouvements, il évoque les territoires les plus variés, passant du silence de la salle de concert au déchaînement de la mer, évoquant même entretemps le chant de l'oiseau du désert australien. Le jeu varié et toujours virtuose aussi bien que stylistiquement juste de Steven Osborne a servi de ressource et d'inspiration aux différentes parties contrastées réunies dans l'œuvre.

Un voyage pour le piano


Ce sont les différents mondes sonores rencontrés tout au long des étapes virtuelles d'Anderson qui servent de base à la structuration sonore de l'œuvre, représentés par le recours à des changements dans la relation musicale établie entre le piano et l'orchestre. Tantôt c'est le soliste qui conduit l'action, jusqu'à des jeux d'échos qui s'éteignent les uns après les autres, mais en un instant, à la fin du cinquième mouvement, les rôles traditionnels se renversent et voilà l'orchestre qui joue la partie de soliste tandis que c'est le piano qui l'accompagne.
Relier la musique à des images est quelque chose de potentiellement discutable, voire problématique. Bien que j'aie eu des images à l'esprit à tout moment de la composition de la pièce, (...) il est parfaitement possible de l'écouter du début à la fin sans ne penser à rien d'autre que sa réalité sonore. Il s'agit avant tout d'un musée imaginaire – et l'imagination de l'auditeur ne doit jamais se départir de sa liberté d'un bout à l'autre de l'audition de l'œuvre dans son entier. – Julian Anderson

La première audition en Norvège de The Imaginary Museum aura lieu le 14 septembre avec le Bergen Filharmoniske Orkester, et la pièce pourra être entendue en Australie avec le Sydney Symphony Orchestra dans le courant de l'année prochaine.

 

Poto: © John Batten (Julian Anderson)

Œuvre de la semaine: The Harry Partch Edition

En août 2013 – exactement 45 ans après sa création aux États-Unis –, l’ensemble «Musikfabrik» présenta la création européenne de Delusion of the Fury de Harry Partch, dans la cadre de la triennale de la Ruhr. À cette occasion naquit l’idée de rassembler en une édition fac-similé l’ensemble des éléments de la notation si particulière de ses œuvres. Quelque temps après parut, avec Delusion of the Fury, le premier volume de la série éditoriale The Harry Partch Edition dont le nombre de publications a, dans les derniers mois, atteint la douzaine.



L’édition fac-similé The Harry Partch Edition permet de jeter un regard approfondi sur le monde si spécifique du compositeur, dont les titres ne permettent en rien de pressentir l’originalité. C’est ainsi que Daphne of the Dunes traite de l’antique légende de Daphné et Apollon, et que The Lord is my Shepherd est la mise en musique du Psaume 23. Par ailleurs, les circonstances dans lesquelles Partch fut amené à composer telle ou telle œuvre ne se distinguent pas non plus de celles des autres compositeurs. Rotate the Body in All Its Planes est issue de la représentation musicale d’un gala de gymnastique, les Two Settings from "Finnegan’s Wake" on été composés pour une soprano dont la voix l’enthousiasmait, et la récente publication de Summer 1955 est une simple compilation de différentes œuvres composées dans cette période.

Mais la principale particularité de l’œuvre de Harry Partch dans son entier réside dans le fait qu’il ne se contenta pas de composer, mais qu’il fut également un facteur d’instruments extrêmement inventif. Afin de donner vie à ses représentations sonores, il se tourna vers des instruments exotiques de cultures éloignées. Et comme cela ne fut pas suffisant non plus, il conçut lui-même de nombreux instruments. Les possibilités qui s’ouvrirent ainsi à lui offrirent une ressource compositionnelle d’une vaste portée.

The Harry Partch Edition: un cosmos musical unique en son genre


À l’aide de ses connaissances en matière de facture instrumentale, Partch ne se borna pas à élaborer une grande collection d’instruments aux sonorités les plus diverses, mais les adapta également à son propre système tonal, qu’il perfectionna au fur et à mesure. À la place des douze demi-tons habituels de la gamme chromatique tempérée, il recourt dans nombre de ses compositions à un système de 43 micro-tons, ce qui fait de lui un pionnier de la micro-tonalité. La construction de ses instruments, elle aussi, témoigne de l’inépuisable créativité de Partch : le « Chromoledon I » est un développement du système tonal appliqué sur un harmonium. Pour d’autres instruments, il fait appel à des objets de la vie quotidienne courante, qu’il adapte à ses fins – pour le « Zymo-Xyi », les notes sont produites par des bouteilles d’eau-de-vie et de liqueur, pour le « Bloboy », il s’agit des klaxons d’une automobile.
La direction qui fut la mienne au cours de ces vingt-quatre dernières années  a beaucoup à voir avec l’activité et les occupations de l’homme primitif tel que je me le représente. Cet homme primitif a découvert la magie des sons dans les matériaux de son environnement: un tuyau de roseau, un morceau de bambou, un bout de bois tenu d’une certaine manière, ou encore une peau tendue sur une calebasse, ou une carapace de tortue – ou toute autre sorte de caisse de résonance. Puis, il réalisait ensuite l’objet, le medium, en lui donnant la plus belle apparence qui puisse être. Le dernier pas était franchi enfin quasiment de soi-même: la magie sonore et la beauté visuelle se transformaient ensemble en une résultante d’ordre spirituel. - Harry Partch

La prochaine publication de l’édition fac-similé de la The Harry Partch Edition portera sur Ring around the Moon. Sont également prévus pour cette année Castor and Pollux, Windsong et Oedipus.

 

Photo: MazdaMarimba de l'ensemble Musikfabrik

Œuvre de la semaine: Olli Mustonen – String Quartet No. 1

Le 12 juillet, dans la ville de Gravdal en Norvège, a lieu la création mondiale du String Quartet No. 1 (Quatuor à cordes n° 1) de Olli Mustonen. Produit dans le cadre du Lofoten International Chamber Music Festival, ce concert a pour interprètes le Engegård Quartet.



De manière générale, les compositions de Mustonen sont destinées  à une grande variété d'effectifs, allant de pièces pour piano solo – l'instrument qui, pour le pianiste très demandé qu'il est, lui est le plus proche en tout état de cause – à des symphonies en grande nomenclature. Mais il n'avait encore pas écrit de quatuor jusqu'ici. Il est donc  logique que Mustonen, dont les œuvres prennent racine dans la tradition classico-romantique, se tourne à son tour vers cette forme: car en fin de compte, c'est bien le quatuor à cordes qui, après avoir trouvé sa forme classique avec Joseph Haydn, s'est forgé la réputation d'être la discipline la plus exigeante de la musique de chambre.

String Quartet No. 1 de Mustonen: avec passion et feu


Tandis que certains se sont efforcés, dans le cours du XXe siècle, de faire disparaître la forme très claire du genre, Mustonen lui est resté fidèle. Son premier quatuor à cordes présente une construction classique en quatre mouvements qui s'appuie sur les tempi en vigueur dans les quatuors du XVIIIe siècle. Ainsi le troisième mouvement Grave est-il plutôt lent, tandis que le quatrième, Impetuoso, con passione e molto rubato - Con fuoco all'Ungherese ("avec impétuosité, passioné et très rubato – avec feu, à la hongroise") apporte une conclusion "brûlante". La construction formelle elle-même comporte des éléments relevant des techniques compositionnelles d'alors, comme le travail sur des motifs thématiques, ou bien le style rompu dans lequel la mélodie est reprise tour à tour à chacune des voix. Mais de par la libre conception des tempi et de l'harmonie, il est cependant indéniable que Mustonen est bien un compositeur contemporain. Ainsi le premier mouvement Impetuoso, con passione e molto rubato – Misterioso ("avec impétuosité, passionnément et très rubato – mystérieux") est-il intitulé en outre "quasi senza tempo" ("presque sans tempo") et comporte à cet égard une cadence d'alto accompagné a minima par les autres cordes. Le deuxième mouvement Furioso e pesante ("furieux et pesant"), au contraire, est le seul dont le déroulement ne présente aucun changement de tempo.
Olli Mustonen est un compositeur postmoderne qui enveloppe dans une même perspective la musique classique occidentale du baroque au minimalisme et du postromantisme à la nouvelle spiritualité du XXIe siècle. La musique, pour lui, est capable de capturer en son sein le mystère de la vie. – Susanna Välimäki

Le festival de Lofoten consacre à Olli Mustonen, au pianiste comme au compositeur, un point fort de sa programmation de cette année. Outre son String Quartet No.1, seront joués, le 11 juillet, son Nonetto n°2 et son Piano Quartet; le 12 juillet suivra son Piano Quintet, dans lequel Mustonen tiendra lui-même la partie de piano.

 

Photo: Engegård Quartet