L'édition 2013 de la triennale de la Ruhr avait permis de découvrir la création en Europe de
Delusion of the Fury ("L'illusion de la fureur"), œuvre tardive mais œuvre-clé composée en 1965-1966. Cette production, réalisée ainsi avec l'Ensemble Musikfabrik dans une mise en scène de Heiner Goebbels a été alors jouée à Oslo, Genève, Amsterdam, Édimbourg, New York et Paris. Le 7 octobre 2016, on pourra la voir sur scène à Taichung (Taïwan), en création en Asie.
Harry Partch : le Don Quichotte de la musique ?
Les critiques contemporains de Partch l'avaient dépeint sous les traits de "Don Quichotte de la musique". Selon une vision plus actuelle, il fut un philosophe de la musique et un pionnier d'une haute inspiration qui, en tant que compositeur, fut l'un des premiers à se consacrer presque exclusivement à la micro-tonalité. Il inventa son propre système tonal, fondé sur 43 micro-tons purs très resserrés par octave. En outre, il fut également le concepteur d'un véritable cosmos sonore spécifique, essentiellement composé d'instruments à percussions de formes nouvelles et aux sonorités inhabituelles.
Le projet de théâtre musical de Partch
Delusion of the Fury n'a rien de commun avec l'opéra traditionnel. Inspiré de mythes japonais et africains, il se présente comme une œuvre à mi-chemin du rêve et de la folie, intégrant tous les moyens théâtraux de la lumière, du mouvement, du chant, ainsi que la présence exceptionnelle de son instrumentarium. Ainsi est élaboré un théâtre hors de tout lieu, dans lequel tous les plans temporels se chevauchent, et qui est l'occasion d'un regard sur une culture qui nous est tout à la fois étrangère et en même temps familière. Partch tisse en deux actes une toile rituelle qui célèbre la vie et la réconciliation des vivants avec la mort.
Delusion of the Fury: « Cloud Chamber Bowls » et « Zymo–Xyi »
Une grande partie des quelque 25 sculptures sonores de l'instrumentarium exotique de Partch fait partie de la famille des marimbas – mais, du reste, de façon lointaine : le "Marimba Eroïca" se compose en fait de quatre tiges sonores géantes avec des corps de résonance. Dans le "Mazda Marimba", ce sont des ampoules qui produisent les sons ; pour le "Zymo–Xyi", des bouteilles d'eau-de-vie et de liqueur. Les "Cloud Chamber Bowls" ("bols de chambre à brouillard") ressemblent de loin à une boutique de lampes. Or, suspendues à un cadre de bois, ce ne sont pas des lampes, mais la partie supérieure de très grands récipients de laboratoire en verre, découpés et accordés grâce à un polissage. Jouées avec des mailloches de feutre, elles sonnent comme un glockenspiel grave.
Je pense que ma musique est vraiment liée au corps. Elle possède un feeling corporel. L'apparence des instruments est pour moi importante. Ces objets sont inscrits dans l'espace, ce sont des produits de l'espace. Et puisqu'ils en font partie, il faut qu'ils aient beaucoup d'allure et qu'ils soient eux-mêmes source d'inspiration. Toute personne qui en joue fait aussi partie de l'instrument. Il s'agit d'une unité, d'un ensemble. Et, mon dieu, si je puis dire quelque chose : l'instrumentiste en question ne devrait pas avoir l'air d'un cueilleur de prunes californien amateur en pleine cueillette ! – Harry Partch
Une autre représentation de cette production bien accueillie par le public est prévue à Taichung le 8 octobre 2016. Inspirée par la série de représentations de la triennale de la Ruhr et par l'Ensemble Musikfabrik, Schott a commencé la publication d'une nouvelle série : les partitions de Partch, uniques dans leur écriture, deviennent maintenant accessibles en partition d'études, sous forme imprimée ou par téléchargement. Vous pouvez trouver
Delusion of the Fury en tant qu'exemple de démonstration gratuite dans Notafina grâce au lien ci-dessous.