• Joy of Music – Plus de 250 ans de qualité, innovation et tradition

Tagged with 'Hans Werner Henze'

Œuvre de la semaine – Richard Wagner: Wesendonck-Lieder

Ce n'est pas seulement dans le domaine de l'opéra que Richard Wagner s'est fait connaître : les Wesendonck-Lieder pour chant et orchestre sont interprétés cette semaine dans la version de Felix Mottl au Luxembourg, et dans la version de Hans Werner Henze au Royaume–Uni, en Suisse et en Allemagne.

Au cours de son exil à Zurich, Wagner fait la connaissance de la famille de commerçants Wesendonck, qui deviennent rapidement ses amis et ses mécènes. Outre une intense correspondance épistolaire, se développe, de l'automne 1857 à l'automne 1858, une relation amoureuse entre le compositeur et l'épouse du commerçant, Mathilde Wesendonck. Wagner écrit pour elle une sonate pour piano, et met en musique cinq de ses poèmes, qui lui sont adressés. Mais la relation amoureuse cesse de manière abrupte lorsque l'épouse de Wagner, Minna, découvre les lettres.

Richard Wagner und Mathilde Wesendonck: "nos mélodies".

Ce cycle de mélodies avec accompagnement de piano reflète la contradiction interne à laquelle se trouve confronté l'état d'esprit de Wagner, qui fluctue d'une euphorie débordante à un sentiment d'oppression proche de la folie. Mathilde Wesendonck libère pourtant chez ce grand compositeur d'opéras de douces sonorités, pour ainsi donner naissance, de manière inhabituelle dans le contexte de son œuvre, à ces Fünf Lieder für eine Frauenstimme (Cinq Lieder pour une voix de femme). La permanence des Wesendonck-Lieder trouve place dans le livret en trois actes composé par Wagner pour Tristan et Isolde. C'est ainsi qu'il donne au troisième et au cinquième Lieder le sous-titre d'Études pour Tristan et Isolde, leurs harmonies préfigurant clairement l'opéra. Selon certains de ses contemporains, pourtant, sans orchestre ils ne relèveraient en rien d'une "vraie sonorité wagnérienne". Par la suite, Wagner travailla donc à une orchestration dont l'habillage sonore serait conforme à ses drames lyriques. Outre la version orchestrale complétée par Felix Mottl, qui est fréquemment donnée à entendre, existe depuis 1976 une version pour alto et orchestre de chambre due à Hans Werner Henze. Elle met structurellement en valeur les traits novateurs et modernes des Lieder, et confère au chant une plus vaste palette d'interprétation. Cette version donne aux Wesendonck-Lieder  bien moins le caractère d'une "Étude" que celui d'une œuvre indépendante à part entière.
Je n'ai jamais rien fait de mieux que ces Lieder, et seule une très petite partie de mon œuvre pourra leur être comparée. – Wagner, lettre à Mathilde Wesendonck.

Dans la version de Henze, ces Lieder sont d'abord interprétés à la Stadthalle de Brunswick (Braunschweig) le 20 novembre avec la soprano Jelena Kordiæ. Un jour plus tard, le 21, à Genève, avec l'alto Sara Mingardo, et enfin, le 25 novembre à l'église Greyfriars Kirk d'Édimbourg avec la mezzospran Ceryl Forbes. La version réalisée par Felix Mottl au XIXe siècle peut être entendue le 21 novembre à la Philharmonie de Luxembourg sous la direction de Bernard Haitink avec la soprano Eva Maria Westbroek et l'Orchestre de Chambre d'Europe.


Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Das Floss der Medusa

Avec Das Floss der Medusa (Le radeau de la Méduse), Hans Werner Henze et l'écrivain Ernst Schnabel ont ensemble créé une œuvre fondée sur un tragique évènement réel. Ce récit de naufrage est proposé au public par l'Orchestre symphonique de la SWR (radio sud-ouest), sous la direction de Peter Eötvös, le 15 novembre au Konzerthaus de Fribourg en Brisgau, et le 17 novembre 2017 à la Philharmonie de l'Elbe de Hambourg.

 

1816 – le navire La Méduse, avec 400 personnes à son bord, fait naufrage sur la côte ouest de l'Afrique. La place sur les canots de sauvetage est si insuffisante que l'on doit construire un radeau pour pouvoir sauver les autres passagers. Mais ce plan échoue : en peu de temps, les cordages reliant les radeau aux canots se rompent et les personnes à bord du radeau se retrouvent abandonnés à leur sort sans provisions. Dans son œuvre Das Floss der Medusa Henze se reporte à la mémoire de cette catastrophe maritime, et porte son regard sur le moment où le moral, les lois et les différences sociales volent en éclats. Cette œuvre de Henze et Schnabel représente une critique du capitalisme qui, dans notre époque confrontée à la crise des réfugiés et à la mort et la disparition de nombreuses personnes en haute mer, est d'une troublante actualité.

 

L'action elle-même est présentée sur deux plans : la vie et la mort. Le rôle de "la Mort" est confiée à la soprano solo, qui, au moyen de son chant de sirène, tente d'amener à elle les survivants. La vie, de l'autre côté, est représentée par le jeune marin Jean-Charles, qui se bat pour la survie jusqu'au dernier moment, tandis qu'autour de lui tous les autres personnages passent les uns après les autres du côté de la mort. La passage entre la vie et la mort est assuré par le récitant Charon, dont le personnage se fonde sur le batelier des Enfers de la mythologie grecque. La source d'inspiration directe de Das Floss der Medusa est, pour Henze, le tableau Le Radeau de la Méduse peint en 1819 par le peintre français Théodore Géricault, dont il reporte les caractères et les personnages dans sa musique. C'est ainsi qu'il confie les rôles de vivants aux vents de l'orchestre, en dépeignant musicalement les respirations et les plaintes, tandis que le passage des défunts dans l'empire des morts est accompagné par les instruments à cordes.

 
"Le Radeau de la Meduse", le grand tableau de Théodore Géricault que l'on peut admirer au Musée du Louvre, était clairement devant mes yeux lorsque je commençai à réfléchir à la musique que je ferais. La pyramide humaine peinte sur le tableau, à la pointe de laquelle se tient notre héros, le mulâtre Jean-Charles, tendant un chiffon rouge en direction d'un voilier s'éloignant dans le lointain, qui symbolise poétiquement l'espoir, et, dans les faits, peut-être le salut, – lequel est présent dès le début de notre pièce. – Hans Werner Henze.

 

Dans le cadre du programme "Elbphilharmonie +", un quatuor à cordes constitué de musiciens de l'Orchestre symphonique de la SWR accompagnant Das Floss der Medusa invite à un concert-débat dans lequel, à côté d'œuvres de Béla Bartók und Emin František Burian, seront lus des textes écrits par des réfugiés. Une émission consacrée à cette soirée de l'Elbphilharmonie sera diffusée le 26 novembre sur le programme SWR 2. Une version scénique de l'oratorio est prévue le 13 mars 2018 à l'Opéra national d'Amsterdam.