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Œuvre de la semaine – Krzysztof Penderecki : Le Masque Noir

Une photographie en noir et blanc montre un dîner élégant avec des convives assis autour d'une table magnifiquement dressée. Les visages des personnes sont intentionnellement flous et méconnaissables, ce qui crée une atmosphère inquiétante et mystérieuse.

Y a-t-il justice et vengeance ? Cette question est au cœur de l’opéra Le Masque Noir ( « Die schwarze Maske » ) de Krzysztof Penderecki. Le 22 novembre 2024, la mise en scène de David Pountney fera sa première au Teatr Wielki à Varsovie, interprétée par le chœur et l’orchestre de l’Opéra National de Pologne sous la direction de Bassem Akiki.

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Œuvre de la semaine – Krzysztof Penderecki: Passion selon Saint-Luc

La Passion selon Saint-Luc de Krzysztof Penderecki fait partie des œuvres chorales spirituelles les plus importantes du XXe siècle. Le 14 juillet 2018, c’est à l’Amphithéâtre de Lanaudière de la ville de Joliette (Québec) que l’œuvre est interprétée dans le cadre du Festival de Lanaudière. Kent Nagano est à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal et du Chœur philharmonique de Cracovie, avec les solistes Sarah Wegener (soprano), Lucas Meachem (baryton) et Matthew Rose (basse). C’est avec la même distribution que cette Passion selon Saint-Luc sera donnée le 18 juillet dans la Sala audytoryjna de Cracovie, et le 20 juillet en ouverture du Festival de Salzbourg.

Penderecki écrivit la Passion selon Saint-Luc en réponse à une commande de la radio allemande du Sud-Ouest des années 1965-1966. C’est le 30 mars 1966 que l’œuvre au titre entier de "Passio Et Mors Domini Nostri Jesu Christi Secundum Lucam" fut créée à Münster. Même si une demeure du Seigneur telle que l’antique Cathédrale de Münster n’avait encore jamais accueilli un langage musical aussi avant-gardiste avec ses vives dissonances, ses clusters et ses structures sérielles, Penderecki se tient pourtant au service de la parole biblique : la charpente de l’œuvre est formée par le récit en latin de l’Évangile de Luc, augmenté de versets tirés de l’Évangile de Jean, de Lamentations de Jérémie et de Psaumes de David. Car outre les souffrances et la mort du Christ, la Passion selon Saint-Luc évoque aussi la tragédie que fut la seconde guerre mondiale. C’est sans fin que Penderecki dédia ses œuvres aux souffrances du présent : ainsi dédia-t-il son Threnos des années 1960 à la mémoire des victimes de l’attaque nucléaire d’Hiroshima, et le Concerto pour piano Résurrection à celles du 11 septembre 2001.

Krzysztof Penderecki – Passion selon Saint-Luc: un hommage à Bach


Sur le plan musical, Penderecki se réfère aux Passions de Bach sans lesquelles, selon ses propres dires, il n’aurait jamais pu écrire la Passion selon Saint-Luc. Dès le chœur d’entrée retentit le motif des notes du solfège allemand écrivant le nom de B-A-C-H (si bémol, la, do, si bécarre), que l’on retrouve sous des formes diverses tout au long du déroulement de l’œuvre. De la même manière, une suite de notes distantes d’une tierce tombant seconde par seconde comme en soupirant, figure un motif de la douleur. À la différence pourtant de l’expressivité de Bach dépeinte au moyen des affects, la musique de Penderecki, elle, dispose de la ressource de moyens d’expression psychologique.  Ainsi par exemple fait-il appel, dans la très dramatique scène conclusive de la première partie, "Jésus devant Pilate", à une étude de clusters traitée en mélodie de timbres, dans laquelle les groupes de notes se situent d’abord dans l’aigu de la tessiture, pour tomber ensuite au niveau du registre de basse. Des dialogues violemment désordonnés du chœur représentent l’interrogatoire, des staccatos proches du bruit et le jeu "col legno" des cordes figurent les coups de fouet. Nouvelle est également la relation avec une composition de Stabat Mater que Penderecki avait écrite en 1962 comme œuvre autonome. Cette partie se caractérise par sa proximité immédiate avec des techniques compositionnelles de musique spirituelle de toutes les époques : c’est sans transition que le compositeur enchaîne successivement un choral grégorien, des passages dodécaphoniques et une écriture en clusters.

La relation de l’ancien et du nouveau, la conscience de la tradition et la volonté expressive sans compromis, dans une reconnaissance sans limite de la foi, ont donné à la Passion selon Saint-Luc une évidente dimension de chef-d’œuvre et ont révélé Penderecki comme un des maîtres de la musique du XXe siècle. Peu de temps après la création de l’œuvre, on pouvait déjà lire:
"Cette musique de Passion de Penderecki comptera parmi les œuvres les plus grandes du répertoire de la musique nouvelle. La clarté convaincante de cette partition révolutionnaire, la logique de sa construction et l’effet puissant produit par cette musique la placent infiniment plus haut que tout ce que nous avons pu entendre, même de la part de compositeurs les plus éminents, en matière de musique chorale ces dernières années. " - Heinz Joseph Herbort, Die Zeit 1966

À Salzbourg, peu de temps après la Passion selon Saint-Luc, on pourra entendre son Intermezzo pour 24 cordes, rarement joué et stylistiquement comparable. C’est la pièce de concours donnée pour la  finale du Prix Nestlé et Festival de Salzbourg de jeunes chefs d’orchestre, qui sera jouée le 4 août par l’orchestre de la Camerata de Salzbourg au Mozarteum.

 

Œuvre de la semaine – Aribert Reimann: Lear

"L'opéra Lear d'Aribert Reimann, qui fait cette année l'objet d'une cinquième production, traite de la folie du pouvoir, de la solitude, de la perte de toute relation humaine, même avec ses propres enfants", déclare Markus Hinterhäuser, directeur du Festival de Salzbourg.



Le 20 août 2017, ce chef d'œuvre célèbre sa première dans le cadre du Festival, les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Vienne étant placés sous la baguette de Franz Welser-Möst à la Felsenreitschule de Salzbourg. La mise en signe est signée par le réalisateur de théâtre et de cinéma Simon Stone.

Dès1968, le célèbre chanteur de lieder Dietrich Fischer-Dieskau présenta au compositeur avec insistance l'idée d'écrire un opéra sur cette tragédie de Shakespeare. Même si le sujet enthousiasma immédiatement le compositeur, ce n'est que quatre ans plus tard qu'il se sentit à la hauteur d'une telle thématique. Pour l'écriture du livret, il se tourna vers Claus H. Henneberg, avec qui il avait précédemment entretenu d'heureuses relations de travail, en particulier pour l'opéra Mélusine. Reimann cite pour sa part trois sources d'inspiration pour Lear: Anton von Webern, de qui il apprit la précision, Alban Berg, dont l'expressivité lui servit de modèle, et la musique indienne, qui influa sur sa conception du rythme. Afin de procurer un espace de jeu suffisant à la mise en œuvre de ses structurations sonores extrêmement complexes, le compositeur fait appel à un orchestre de 83 musiciens, parmi lesquels un effectif de 48 cordes.

Lear d'Aribert Reimann: la métamorphose en tant que miroir de notre époque.
Je découvris dans cette pièce un nombre de plus en plus important de constellations qui m'apparurent comme autant d'équivalents de notre époque. Toutes les choses qui arrivent ici peuvent arriver toujours et partout.– Aribert Reimann

Le roi Lear veut partager son royaume entre ses trois filles. À celle qui lui porte le plus d'amour sera attribué le plus grand territoire. Cordelia, qui ne peut trouver les mots pour exprimer l'amour qu'elle porte à son père, est bannie et quitte le pays en compagnie du roi de France. Kent, qui désapprouve la décision de Lear, est proscrit. Les deux filles les plus âgées et leurs époux se partagent l'héritage. À la fin, sombrant dans la folie, Lear cherche refuge auprès du cadavre de Cordelia, avant de suivre sa fille dans la mort.

"Durant deux heures et demie, l'auditeur se trouve écarté de la fosse d'orchestre par des grappes sonores de tous les degrés d'intensité, des frottements de quarts de ton, des surfaces sonores immobiles pendant des minutes entières puis se retournant tout soudain, des concentrations de cuivres d'une monstrueuse dureté, des décalages rythmiques déconcertants, des suspensions lyriques dans les parties de voix solistes. Ces moyens sonores, qui ont pour fonction de caractériser avec précision les personnages, les comportements, les situations, ne sont jamais employés en tant que matériel de démonstration." (Wolfgang Schreiber).

Au-delà de la première du 20 août 2017, vous aurez également l'occasion de voir cet opéra dans le cadre du Festival de Salzbourg les 23, 26 et 29 août.