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Œuvre de la semaine : Heinz Holliger – Concerto "Hommage à Louis Soutter".

Le 5 novembre 2016, le concerto pour violon de Heinz Holliger "Hommage à Louis Soutter"  sera joué pour la première fois au Portugal, par l'orchestre symphonique de la "Porto Casa da Música" placé sous la direction du compositeur. La partie soliste incombe à Thomas Zehetmair qui est le dédicataire de cette œuvre qu'il interprète régulièrement depuis 1995, année de sa création.



Comme d'autres œuvres concertantes de Holliger (Siebengesang, Turm-Musik), ce concerto s'inspire d'une biographie d'artiste. Holliger dépeint en musique la vie du peintre Louis Soutter, de son premier dessin en 1904 à sa mort en 1942. La vie et l'art de Soutter furent soumises à une affection psychique en même temps qu'une véritable obsession de création. Il passa ses 20 dernières années dans un établissement médicalisé où il produisit la plupart de ses œuvres. À la fin de sa vie, il peignait avec les doigts, et parfois aussi avec le corps tout entier. Il est considéré comme l'un des principaux représentants de "l'Art brut".

Holliger Hommage à Louis Soutter – "Peins vrai. La vérité est terrifiante." (Hermann Hesse)


Les quatre mouvements du concerto (I Deuil - II Obsession - III Ombres - IV Epilog) sont liés ensemble sans pause. Le permier mouvement, Deuil, contient des citations de la troisième sonate d'Eugène Ysaÿe, lequel donna à Soutter – lui-même violoniste très doué dans sa  jeunesse – des cours de violon pendant des années. Soutter fit partie de "l'Orchestre de la Suisse Romande" dont le 75e anniversaire est à l'origine de la présente composition de Holliger. Le potentiel de folie placé dans l'élégiaque premier mouvement devient réalité. L'auditeur vit ce développement dans le rythme entraînant d' Obsession. Le mouvement suivant, Ombres, montre l'état d'entier arrachement à la vie habituelle. Ce mouvement, fantomatique et contrasté, ne cesse de croître jusqu'à la fin, où la musique s'effondre totalement sur soi-même.

Le dernier mouvement, Epilog, fut rajouté plus tard, et interprété pour la première fois en 2002 à Heidelberg. Holliger se saisit de l'atmosphère de résignation du tableau de Soutter "Avant le massacre". C'est de la musique d'agonie. Le violon fond en accords torturés auxquels s'accordent les sombres sonorités de l'orchestre. Tout comme les figures obscures et tortueuses de Soutter, ces sons éveillent immédiatement une impression d'angoisse.
Pour moi, être différent est quelque chose qui fait partie de la vie. Je ne recherche pas le côté malade d'une personne. Je recherche des personnes dont l'imagination n'a pas de limite, qui sont capables de passer outre, que ce soit vers le monde de la folie ou vers un au-delà, les deux sont apparentés. Les personnes de cette sorte ont simplement des antennes plus fines que d'autres, l'accès à leur subconscient est plus direct. - Heinz Holliger

La "Casa da Música" de Porto se consacre intensément cette semaine au compositeur suisse. Le 1er novembre y est donné le cycle de Holliger Scardanelli-Zyklus, dans lequel il met en musique un texte tardif de Friedrich Hölderlin également imprégné d'instabilité mentale. L'après-midi du 5 novembre, quelques-unes de ses compositions pour instrument solo pourront être entendues en différentes parties du bâtiment tout entier, afin de préparer à l'exécution de la soirée. Outre le concerto de violon, le programme comporte des œuvres de Claude Debussy et Henri Dutilleux.

Œuvre de la semaine – Arnold Schönberg: A Survivor from Warsaw

Tous les ans, entre juillet et septembre, ont lieu, à Londres, les "BBC Proms" ("Concerts–promenades" de la BBC). C'est dans le cadre de cette série estivale de concerts qu'est interprété, le 8 août au Royal Albert Hall, A Survivor from Warsaw for narrator, men’s chorus and orchestra (Un survivant de Varsovie, pour récitant, chœur d'hommes et orchestre) d'Arnold Schönberg. Esa Pekka Salonen dirige le Philharmonia Orchestra et le chœur des Philharmonia Voices, avec Simon Russell Beale dans le rôle du narrateur.



En 1933, année de la prise de pouvoir national-socialiste, Schönberg, fils d'un commerçant juif, s'exila aux États-Unis en passant par Paris, et reçut huit années plus tard la nationalité américaine. Plus que tout autre compositeur de son époque, Schönberg accomplit, dans ses œuvres atonales et au moyen de la technique de composition dodécaphonique dont il est l'inventeur, le changement radical ouvrant la voie vers la musique nouvelle. Le génocide comme la dictature nazie intensifièrent encore la représentation musicale des souffrances humaines donnée par Schönberg dans ses compositions – comme c'est ici le cas dans Un survivant de Varsovie de 1947.

Arnold Schönberg, A Survivor from Warsaw – Une œuvre monumentale de la technique de composition dodécaphonique


En seulement 99 mesures, Schönberg parvient à représenter la souffrance et l'oppression subies par tout un peuple. Le récit, écrit par le compositeur autrichien lui-même, décrit le système de terreur mis en place par le régime nazi en faisant appel à un épisode caractéristique du ghetto de Varsovie. Au premier plan figure, dans une étroite cohérence de la musique au texte, la reproduction détaillée de l'appel des prisonniers. Le texte écrit par Schönberg a recours à trois langues: le récitant parle anglais, mais cite en allemand les ordres criés par le sergent. La partie finale est composée en hébreu, langue de la prière fondamentale du judaïsme "Chéma Yisraël", dont Schönberg cite mot pour mot les trois premiers versets (Deutéronome, 6, 4-7).
Now, what the text of the Survivor means to me: it means at first a warning to all Jews, never to forget what has been done to us, never to forget that even people who did not do it themselves, agreed with them and many of them found it necessary to treat us this way. We should never forget this even such things have not been done in the manner in which I describe in the Survivor. This does not matter. The main thing is that I saw it in my imagination. – Arnold Schönberg

Outre A Survivor from Warsaw de Schönberg, d'autres œuvres éditées chez Schott prennent place dans la programmation des "Proms" cette semaine : dans ce même concert du 8 août, figure également l'œuvre de Henri Dutilleux The Shadows of Time pour orchestre et trois voix d'enfants. L'œuvre pour orchestre de Peter Maxwell Davies Sir Charles his Pavan sera jouée le 9 août par l'Orchestre philharmonique de la BBC sous la direction de Juanjo Mena, tandis que c'est le 12 août qu'a lieu la création mondiale du Concerto pour violoncelle de Huw Watkins, avec l'orchestre national de la BBC du Pays de Galles et Paul Watkins en soliste, sous la direction de Thomas Søndergård.