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Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Das Floss der Medusa

Avec Das Floss der Medusa (Le radeau de la Méduse), Hans Werner Henze et l'écrivain Ernst Schnabel ont ensemble créé une œuvre fondée sur un tragique évènement réel. Ce récit de naufrage est proposé au public par l'Orchestre symphonique de la SWR (radio sud-ouest), sous la direction de Peter Eötvös, le 15 novembre au Konzerthaus de Fribourg en Brisgau, et le 17 novembre 2017 à la Philharmonie de l'Elbe de Hambourg.

 

1816 – le navire La Méduse, avec 400 personnes à son bord, fait naufrage sur la côte ouest de l'Afrique. La place sur les canots de sauvetage est si insuffisante que l'on doit construire un radeau pour pouvoir sauver les autres passagers. Mais ce plan échoue : en peu de temps, les cordages reliant les radeau aux canots se rompent et les personnes à bord du radeau se retrouvent abandonnés à leur sort sans provisions. Dans son œuvre Das Floss der Medusa Henze se reporte à la mémoire de cette catastrophe maritime, et porte son regard sur le moment où le moral, les lois et les différences sociales volent en éclats. Cette œuvre de Henze et Schnabel représente une critique du capitalisme qui, dans notre époque confrontée à la crise des réfugiés et à la mort et la disparition de nombreuses personnes en haute mer, est d'une troublante actualité.

 

L'action elle-même est présentée sur deux plans : la vie et la mort. Le rôle de "la Mort" est confiée à la soprano solo, qui, au moyen de son chant de sirène, tente d'amener à elle les survivants. La vie, de l'autre côté, est représentée par le jeune marin Jean-Charles, qui se bat pour la survie jusqu'au dernier moment, tandis qu'autour de lui tous les autres personnages passent les uns après les autres du côté de la mort. La passage entre la vie et la mort est assuré par le récitant Charon, dont le personnage se fonde sur le batelier des Enfers de la mythologie grecque. La source d'inspiration directe de Das Floss der Medusa est, pour Henze, le tableau Le Radeau de la Méduse peint en 1819 par le peintre français Théodore Géricault, dont il reporte les caractères et les personnages dans sa musique. C'est ainsi qu'il confie les rôles de vivants aux vents de l'orchestre, en dépeignant musicalement les respirations et les plaintes, tandis que le passage des défunts dans l'empire des morts est accompagné par les instruments à cordes.

 
"Le Radeau de la Meduse", le grand tableau de Théodore Géricault que l'on peut admirer au Musée du Louvre, était clairement devant mes yeux lorsque je commençai à réfléchir à la musique que je ferais. La pyramide humaine peinte sur le tableau, à la pointe de laquelle se tient notre héros, le mulâtre Jean-Charles, tendant un chiffon rouge en direction d'un voilier s'éloignant dans le lointain, qui symbolise poétiquement l'espoir, et, dans les faits, peut-être le salut, – lequel est présent dès le début de notre pièce. – Hans Werner Henze.

 

Dans le cadre du programme "Elbphilharmonie +", un quatuor à cordes constitué de musiciens de l'Orchestre symphonique de la SWR accompagnant Das Floss der Medusa invite à un concert-débat dans lequel, à côté d'œuvres de Béla Bartók und Emin František Burian, seront lus des textes écrits par des réfugiés. Une émission consacrée à cette soirée de l'Elbphilharmonie sera diffusée le 26 novembre sur le programme SWR 2. Une version scénique de l'oratorio est prévue le 13 mars 2018 à l'Opéra national d'Amsterdam.

Œuvre de la semaine – George Gershwin: Concerto in F

Après le grand succès de la Rhapsody in Blue, Gershwin reçut, de la part de la New York Symphony Society, la commande d'une composition destinée à un concerto pour piano. L'instrumentation de la Rhapsody ayant encore été effectuée par les soins de Ferde Grofé, le Concerto en Fa se trouve être, pour le jeune Gershwin, la première œuvre d'orchestre entièrement composée et instrumentée par lui-même. Conscient de son manque d'expérience dans ce domaine, il loua les services d'un orchestre durant la période de composition de l'œuvre, afin de pouvoir directement expérimenter ses idées d'orchestration.


Lors de la création de l'œuvre en décembre 1925, au Carnegie Hall de New York, c'est Gershwin lui-même qui tint la partie de piano. L'histoire nous apprend que ses dépenses furent récompensées à leur juste valeur, puisque Gershwin fut compté à partir de décembre 1925 parmi les rangs des compositeurs américains les plus importants du XXe siècle.

Le Concerto en Fa de George Gershwin: du jazz américain sous un habit classique.

Afin de mieux marquer encore son entrée dans la composition de musique pure, Gershwin décida de changer le titre de New York Concerto, qui avait tout d'abord été prévu pour l'œuvre, en une appellation générique plus neutre, celle de Concerto en Fa pour piano et orchestre, et il choisit de faire appel à une forme délibérément traditionnelle en trois mouvements, rapide – lent – rapide.

Dans le premier mouvement, un Allegro (alla breve) influencé par le rythme du charleston, Gershwin expose, dans le premier solo de piano, un premier thème tenant plutôt de la pierre angulaire dans la construction formelle, que de l'exposé d'un premier thème central. Les deux parties principales du deuxième mouvement (Adagio – Andante con moto) sont réunies entre elles par une cadence du soliste. Ce mouvement est souvent défini, en référence à ses spécificités stylistiques, par les termes de "Nocturne – Blues". Le troisième mouvement est conçu par le compositeur sous le signe d'une "orgie de rythmes" dans laquelle il met en œuvre toutes sortes de thèmes de jazz.

Dans son Concerto, le compositeur américain élabore la spécificité de son style musical dans une diversité sonore inspirée par l'Amérique et imprégnée de jazz, de chansons de Broadway, de rythmes de danse et d'harmonies post-romantiques.
Beaucoup de gens pensaient que la Rhapsody n'avait été que le fruit d'un heureux hasard. C'est pourquoi j'ai mis un point d'honneur à leur montrer que j'en ai encore bien plus en réserve que cela. J'ai donc décidé de composer une œuvre de musique pure. La Rhapsody constituait, ainsi que son titre l'implique, une impression sur le blues. Mais le concerto, lui, se devait d'être indépendant de tout programme.– George Gershwin

Le concert officiel de l'orchestre du festival de Schleswig-Holstein ayant lieu à la Philharmonie de l'Elbe à Hambourg le 14 août 2017 avec le soliste Tsimon Barto et sous la direction de Christoph Eschenbach, n'a malheureusement plus de places à vendre. Pour ceux qui voudraient malgré tout écouter la pièce en live, il est donc recommandé de se rendre à la répétition générale du 13.08.2017, à la ACO Thormannhalle de Rendsburg. Outre le Concerto de Gershwin, figurent également au programme La Valse et Daphnis et Chloé de Maurice Ravel.