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Œuvre de la semaine – Paul Hindemith :  When lilacs last in the door-yard bloom‘d.

En 2019 sera célébré le 200e anniversaire de la naissance du grand poète américain Walt Whitman. C'est à lui que l'on doit les mots employés par Paul Hindemith dans le texte de son Requiem When lilacmays last in the door-yard bloom‘d (la dernière fois que les lilas fleurirent au jardin). L'œuvre est donnée le 18 et le 19 janvier à la Elbphilharmonie de Hambourg, avec les solistes Gerhild Romberger et Matthias Goerne, ainsi que le Chœur de chambre du RIAS (Berlin), le Chœur du NDR (radio Allemagne du Nord), et l'Orchestre NDR-Elbphilharmonie, sous la direction de Christoph Eschenbach.



Hindemith a composé cette œuvre pour mezzosopran, baryton, chœur mixte et orchestre au cours de son exil américain, peu de temps après sa naturalisation. Il s'incline ainsi devant le pays qui l'a accueilli avec une telle bonne volonté. Le texte du poème éponyme sert de base à la musique. Mais son admiration pour cette poésie s'était déjà exprimée dans des compositions précédentes : en 1919, déjà, il en avait mis en musique la neuvième strophe dans ses 3 Hymnen von Walt Whitman, puis dans l'un des 9 English Songs, au début des années quarante ; c'est également à ce texte qu'il fit de nouveau appel pour son Requiem, qui fut achevé en 1946 et dont la création eut lieu à New York dans l'année même. La version allemande, réalisée par lui-même, fut présentée pour la première fois à Pérouse en 1948.

Paul Hindemith : A Requiem "for those we love" (un Requiem "pour ceux que nous aimons") – En mémoire des victimes de la guerre.


La composition du Requiem fit l'objet d'une commande pour la disparition du président des États-Unis Franklin D. Roosevelt, ce qui établit un parallèle historique avec le poème de Whitman : dans ce texte, en effet, le poète exprime la consternation dans laquelle l'a plongé la mort du président Abraham Lincoln. Mais la dédicace ajoutée par Hindemith, "pour ceux que nous aimons", confère au Requiem une portée encore plus grande que celle de son contexte original immédiat. Il rapproche le thème de la paix ainsi que celui de la fraternisation des ennemis, utilisés dans le texte de Whitman, du contexte de la seconde guerre mondiale dont on est en train de sortir, et exprime son désespoir et toute sa compassion envers le destin des juifs sous la période nazie. C'est ainsi qu'il fait appel musicalement à la sympolique poétique des motifs imagés du lilas, de l'oiseau et de l'étoile qui représentent respectivement l'amour, le chant et la personnalité.
Dans les années de jeunesse, la campagne, les ambiances, l'éducation, les relations éprouvées personnellement envers les choses et les évènements, peuvent se révéler importantes à stimuler le travail artistique. Mais il me semble à présent que l'histoire des personnes, des évènements et des expériences de chacun, ainsi que leur interprétation et leur mise en forme à l'aide de moyens d'ordre artistique, n'a plus tant à voir avec de telles sortes d'extériorisations. L'essentiel est de savoir comment travailler avec son vécu, et non pas de continuer, ici et ailleurs, à accumuler les expériences... Paul Hindemith.

L'enregistrement réalisé avec Cornelia Kallisch, Krister St. Hill, le Choeur de la Radio de Berlin, et l'Orchestre Radio-symphonique de Berlin, sous la direction de Lothar Zagrosek, offre une interprétation particulièrement convaincante de cette œuvre de Hindemith. À l'occasion des futurs anniversaires de la naissance des poètes Walt Whitman et Herman Melville, en 2019, sera publié dans la nouvelle édition du Schott Journal un répertoire établi sur la thématique des "American Romantics". Cliquez ci-dessous pour en télécharger les données en PDF et découvrir ainsi cette couleur spécifique de l'histoire de la littérature mondiale, sous sa forme musicale.

 

Œuvre de la semaine – George Gershwin: Concerto in F

Après le grand succès de la Rhapsody in Blue, Gershwin reçut, de la part de la New York Symphony Society, la commande d'une composition destinée à un concerto pour piano. L'instrumentation de la Rhapsody ayant encore été effectuée par les soins de Ferde Grofé, le Concerto en Fa se trouve être, pour le jeune Gershwin, la première œuvre d'orchestre entièrement composée et instrumentée par lui-même. Conscient de son manque d'expérience dans ce domaine, il loua les services d'un orchestre durant la période de composition de l'œuvre, afin de pouvoir directement expérimenter ses idées d'orchestration.


Lors de la création de l'œuvre en décembre 1925, au Carnegie Hall de New York, c'est Gershwin lui-même qui tint la partie de piano. L'histoire nous apprend que ses dépenses furent récompensées à leur juste valeur, puisque Gershwin fut compté à partir de décembre 1925 parmi les rangs des compositeurs américains les plus importants du XXe siècle.

Le Concerto en Fa de George Gershwin: du jazz américain sous un habit classique.

Afin de mieux marquer encore son entrée dans la composition de musique pure, Gershwin décida de changer le titre de New York Concerto, qui avait tout d'abord été prévu pour l'œuvre, en une appellation générique plus neutre, celle de Concerto en Fa pour piano et orchestre, et il choisit de faire appel à une forme délibérément traditionnelle en trois mouvements, rapide – lent – rapide.

Dans le premier mouvement, un Allegro (alla breve) influencé par le rythme du charleston, Gershwin expose, dans le premier solo de piano, un premier thème tenant plutôt de la pierre angulaire dans la construction formelle, que de l'exposé d'un premier thème central. Les deux parties principales du deuxième mouvement (Adagio – Andante con moto) sont réunies entre elles par une cadence du soliste. Ce mouvement est souvent défini, en référence à ses spécificités stylistiques, par les termes de "Nocturne – Blues". Le troisième mouvement est conçu par le compositeur sous le signe d'une "orgie de rythmes" dans laquelle il met en œuvre toutes sortes de thèmes de jazz.

Dans son Concerto, le compositeur américain élabore la spécificité de son style musical dans une diversité sonore inspirée par l'Amérique et imprégnée de jazz, de chansons de Broadway, de rythmes de danse et d'harmonies post-romantiques.
Beaucoup de gens pensaient que la Rhapsody n'avait été que le fruit d'un heureux hasard. C'est pourquoi j'ai mis un point d'honneur à leur montrer que j'en ai encore bien plus en réserve que cela. J'ai donc décidé de composer une œuvre de musique pure. La Rhapsody constituait, ainsi que son titre l'implique, une impression sur le blues. Mais le concerto, lui, se devait d'être indépendant de tout programme.– George Gershwin

Le concert officiel de l'orchestre du festival de Schleswig-Holstein ayant lieu à la Philharmonie de l'Elbe à Hambourg le 14 août 2017 avec le soliste Tsimon Barto et sous la direction de Christoph Eschenbach, n'a malheureusement plus de places à vendre. Pour ceux qui voudraient malgré tout écouter la pièce en live, il est donc recommandé de se rendre à la répétition générale du 13.08.2017, à la ACO Thormannhalle de Rendsburg. Outre le Concerto de Gershwin, figurent également au programme La Valse et Daphnis et Chloé de Maurice Ravel.