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Actualités

Avis aux amateurs de films!

- 10 arrangements épiques pour piano -


Le premier volume de la star allemande de YouTube, Patrik Pietschmann, comprend 10 musiques de film instrumentales : des productions cinématographiques excellentes telles que Star Wars - The Mandalorian, The Avengers de Marvel et le classique moderne du genre de pirates He's A Pirate, ainsi que les succès de streaming The Witcher et Game Of Thrones. Un vrai plaisir pour les pianistes expérimentés et les mordus du cinéma. Si vous ne vous débrouillez pas tout seul/e avec les partitions, vous trouverez des vidéos de piano pour tous les morceaux sur la chaîne YouTube de Pietschmann.
 
 

Au programme:



  • Cornfield Chase

  • Toss A Coin To Your Witcher

  • The Mandalorian

  • He's a Pirate

  • Game of Thrones

  • A Dark Knight

  • Into the Unknown

  • Now We Are Free

  • The Avengers

  • Time

La Playlist Pop pour piano

- Playlist 1 -


10 Pièces arrangées par Carsten Gerlitz



Bienvenue à la playlist par excellence de chansons merveilleuses et sentimentales pour tous les pianistes à la recherche d'arrangements pour piano impressionnants et faciles à jouer.
Après le grand succès de sa série pour piano de bar SCHOTT PIANO LOUNGE, Carsten Gerlitz consacre cette nouvelle série de pièces entièrement au faste et au glamour des plus grands tubes de pop de différentes décennies. De grandes mélodies, des harmonies envoûtantes, habilement présentées dans des arrangements magnifiques - voilà la nouvelle POP PIANO PLAYLIST.
La cerise sur le gâteau, ce sont des pistes play-along agréables qui rendent les interprétations encore plus authentiques.

Dans ce sens : JUST PLAY IT !

Les chansons qui vous attendent:



  • All Of Me (John Legend)

  • You've Got A Friend (Carole King)

  • Skyfall (Adele)

  • Have I Told You Lately (Van Morrison)

  • Hallelujah (Leonard Cohen)

  • Free As A Bird (The Beatles)

  • Shallow (Lady Gaga & Bradley Cooper)

  • Perfect (Ed Sheeran)

  • You Raise Me Up (Westlife)

  • Mmm Mmm Mmm Mmm (Crash Test Dummies)

Œuvre de la semaine – Anton Bruckner : Requiem en ré mineur et Libera me en fa mineur

Le RIAS Kammerchor chante, le 22 novembre 2018, le Requiem en ré mineur et le Libera me en fa mineur dans la Salle de musique de chambre de la Philharmonie de Berlin. C’est Łukasz Borowicz qui sera à la tête du Chœur de Chambre ainsi que des solistes Johanna Winkel, Sophie Harmsen, Michael Feyfar et Ludwig Mittelhammer ainsi que de l’Orchestre de l’Akademie für Alte Musik de Berlin. Le matériel d’exécution utilisé se fonde sur la nouvelle Édition urtext complète des œuvres d’Anton Bruckner établie par Benjamin-Gunnar Cohrs.

Avec son Requiem en ré mineur, Bruckner accomplit, en 1849, sa première œuvre spirituelle de grande envergure. Elle fut créée sur le lieu de sa composition, l’Abbaye de Sankt Florian en Autriche, le 15 septembre de la même année. La circonstance en fut la mort de Franz Seiler, ami de la famille et mécène. D’après les éléments les plus récemment recueillis par l’Édition urtext complète des œuvres d’Anton Bruckner, le Libera me en fa mineur aurait été élaboré au même moment que le Requiem, bien qu’il n’ait été créé que cinq ans plus tard. C’est pourquoi la nouvelle édition intégrale de Benjamin-Gunnar Cohrs réunit les deux compositions en un seul volume. À la différence des éditions précédentes, l’Édition complète se fonde sur le manuscrit autographe de Bruckner, ainsi que sur une copie jusqu’ici inutilisée en provenance de l’Abbaye de Kremsmünster.

Anton Bruckner – Requiem en ré mineur et Libera me en fa mineur : à la mémoire de Franz Seiler


Le Requiem de Bruckner est à l’évidence inspiré par le Requiem de Mozart. Le Libera me, lui aussi, démontre quelques similitudes stylistiques avec lui, ce qui vient renforcer la supposition d’une plus étroite liaison entre les deux pièces. Le Requiem lui-même est artculé selon cinq grandes séquences, Introitus – Sequentia – Offertorium - Sanctus & Benedictus – Communio, ce qui correspond ainsi au déroulement de la Messe des morts en latin. C’est pour cette raison que les deux parties à chanter en chœur du Graduale et du Tractus (après l’Introït), ainsi que l’antiphone In Paradisum sont comprises dans la nouvelle édition. Ces pièces feront également partie du concert donné ce soir-là par le RIAS Kammerchor.
Anniversaire de la fondation. Un Requiem exécuté par l’assistant d’enseignement à St. Florian, Bruckner. Ce jeune homme de 25 ans est un virtuose de l’orgue. C’est après Vêpres qu’il s’est produit. Lui et son accompagnateur ont été invités à la table d’honneur  – P. Beda Piringer (11 décembre 1849)

Le RIAS Kammerchor redonnera son programme de concert avec les chants de deuil de Bruckner le 25 novembre 2018 dans le cadre de son invitation à la Philharmonie de Essen.

Œuvre de la semaine – Krzysztof Penderecki: Passion selon Saint-Luc

La Passion selon Saint-Luc de Krzysztof Penderecki fait partie des œuvres chorales spirituelles les plus importantes du XXe siècle. Le 14 juillet 2018, c’est à l’Amphithéâtre de Lanaudière de la ville de Joliette (Québec) que l’œuvre est interprétée dans le cadre du Festival de Lanaudière. Kent Nagano est à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal et du Chœur philharmonique de Cracovie, avec les solistes Sarah Wegener (soprano), Lucas Meachem (baryton) et Matthew Rose (basse). C’est avec la même distribution que cette Passion selon Saint-Luc sera donnée le 18 juillet dans la Sala audytoryjna de Cracovie, et le 20 juillet en ouverture du Festival de Salzbourg.

Penderecki écrivit la Passion selon Saint-Luc en réponse à une commande de la radio allemande du Sud-Ouest des années 1965-1966. C’est le 30 mars 1966 que l’œuvre au titre entier de "Passio Et Mors Domini Nostri Jesu Christi Secundum Lucam" fut créée à Münster. Même si une demeure du Seigneur telle que l’antique Cathédrale de Münster n’avait encore jamais accueilli un langage musical aussi avant-gardiste avec ses vives dissonances, ses clusters et ses structures sérielles, Penderecki se tient pourtant au service de la parole biblique : la charpente de l’œuvre est formée par le récit en latin de l’Évangile de Luc, augmenté de versets tirés de l’Évangile de Jean, de Lamentations de Jérémie et de Psaumes de David. Car outre les souffrances et la mort du Christ, la Passion selon Saint-Luc évoque aussi la tragédie que fut la seconde guerre mondiale. C’est sans fin que Penderecki dédia ses œuvres aux souffrances du présent : ainsi dédia-t-il son Threnos des années 1960 à la mémoire des victimes de l’attaque nucléaire d’Hiroshima, et le Concerto pour piano Résurrection à celles du 11 septembre 2001.

Krzysztof Penderecki – Passion selon Saint-Luc: un hommage à Bach


Sur le plan musical, Penderecki se réfère aux Passions de Bach sans lesquelles, selon ses propres dires, il n’aurait jamais pu écrire la Passion selon Saint-Luc. Dès le chœur d’entrée retentit le motif des notes du solfège allemand écrivant le nom de B-A-C-H (si bémol, la, do, si bécarre), que l’on retrouve sous des formes diverses tout au long du déroulement de l’œuvre. De la même manière, une suite de notes distantes d’une tierce tombant seconde par seconde comme en soupirant, figure un motif de la douleur. À la différence pourtant de l’expressivité de Bach dépeinte au moyen des affects, la musique de Penderecki, elle, dispose de la ressource de moyens d’expression psychologique.  Ainsi par exemple fait-il appel, dans la très dramatique scène conclusive de la première partie, "Jésus devant Pilate", à une étude de clusters traitée en mélodie de timbres, dans laquelle les groupes de notes se situent d’abord dans l’aigu de la tessiture, pour tomber ensuite au niveau du registre de basse. Des dialogues violemment désordonnés du chœur représentent l’interrogatoire, des staccatos proches du bruit et le jeu "col legno" des cordes figurent les coups de fouet. Nouvelle est également la relation avec une composition de Stabat Mater que Penderecki avait écrite en 1962 comme œuvre autonome. Cette partie se caractérise par sa proximité immédiate avec des techniques compositionnelles de musique spirituelle de toutes les époques : c’est sans transition que le compositeur enchaîne successivement un choral grégorien, des passages dodécaphoniques et une écriture en clusters.

La relation de l’ancien et du nouveau, la conscience de la tradition et la volonté expressive sans compromis, dans une reconnaissance sans limite de la foi, ont donné à la Passion selon Saint-Luc une évidente dimension de chef-d’œuvre et ont révélé Penderecki comme un des maîtres de la musique du XXe siècle. Peu de temps après la création de l’œuvre, on pouvait déjà lire:
"Cette musique de Passion de Penderecki comptera parmi les œuvres les plus grandes du répertoire de la musique nouvelle. La clarté convaincante de cette partition révolutionnaire, la logique de sa construction et l’effet puissant produit par cette musique la placent infiniment plus haut que tout ce que nous avons pu entendre, même de la part de compositeurs les plus éminents, en matière de musique chorale ces dernières années. " - Heinz Joseph Herbort, Die Zeit 1966

À Salzbourg, peu de temps après la Passion selon Saint-Luc, on pourra entendre son Intermezzo pour 24 cordes, rarement joué et stylistiquement comparable. C’est la pièce de concours donnée pour la  finale du Prix Nestlé et Festival de Salzbourg de jeunes chefs d’orchestre, qui sera jouée le 4 août par l’orchestre de la Camerata de Salzbourg au Mozarteum.

 

Œuvre de la semaine – Paul Hindemith: Mörder, Hoffnung der Frauen

Avec ses opéras en un acte Mörder, Hoffnung der Frauen (Meurtrier, espoir des femmes), Das Nusch-Nuschi et Sancta Susanna, Paul Hindemith présenta sur la scène au public du début des années 20 des pièces expérimentales qui firent scandale. Le festival de Grafenegg propose le 8 juillet deux de ces opéras. La direction musicale de ces deux œuvres lyriques d'une demi-heure chacune, Mörder, Hoffnung der Frauen et Sancta Susanna, est confiée au chef d'orchestre Leon Botstein.Werner Hanakl est responsable aussi bien de la mise en scène que des costumes et du décor.

La création de la toute première œuvre scénique de Hindemith Mörder, Hoffnung der Frauen et, dans le même programme, de Das Nusch-Nuschi, le 4 juin 1921 à l'Opéra de Stuttgart, agita les esprits : les témoignages firent état d'une grande incompréhension, d'irritation et de protestation autant que d'enthousiasme et de louange dithyrambique. Le livret expressionniste d'Oskar Kokoschka, adapté de son drame de 1907, est rempli de représentations de pulsions sexuelles sauvages comme d'un combat sans merci entre les sexes. Seulement neuf mois plus tard, Hindemith alla encore plus loin avec Sancta Susanna, en présentant d'une manière provocante chez la Sœur Susanna le caractère de ses désirs sensuels indissociablement attachés à son obéissance religieuse.

Paul Hindemith – Mörder, Hoffnung der Frauen: le combat des sexes


L'argument de l'opéra Mörder, Hoffnung der Frauen, n'a ni lieu, ni époque. Une troupe de guerriers attaque, contre leur volonté mais conformément aux ordres, une citadelle tenue par des femmes.  Même le chef des hommes se bat contre la meneuse des femmes et , grièvement blessé, est fait prisonnier, cependant que ses guerriers prennent leur plaisir avec les autres femmes. La meneuse est remplie d'un désir violent et se rapproche du prisonnier, mais son contact rend des forces à l'homme, qui finit par la vaincre et se libère. D'un geste, le chef des hommes tue son homologue féminin, mais également toutes les autres sont par lui abattues "comme des mouches".

C'est le contexte expressionniste de l'œuvre qui doit avoir fortement rencontré le public de l'époque tout autant que ne l'a fait le sujet provocateur de Kokoschka. Cette pièce en un acte est dépourvue de logique dans les actions scéniques, les conflits paraissent confus. Aucun personnage ne porte de nom, toute forme d'identification est évitée. L'œuvre montre des gestiques agitées et des processus comportementaux schématiques en lieu et place de discours organisé. Le conflit est symbolisé par Hindemith au moyen de la référence au conflit musical du mouvement de sonate, et le compositeur fait appel aux formes les plus variées de la tradition musicale. Près de 100 ans plus tard, cette méthode de travail semble rapprocher l'œuvre de la post-modernité contemporaine. Et c'est ainsi d'ailleurs qu'un critique, lors de la création, avouait avoir bien du mal à se retrouver, dans les classifications stylistiques de Mörder, Hoffnung der Frauen, avec les concepts d' "ultramoderne", de "sens le plus moderne du terme", ou de "nouveau, actuel".
Parmi les défenseurs acharnés des tendances ultramodernes figure également Paul Hindemith, un encore jeune musicien de Francfort, qui a commencé sa carrière artistique en tant que brillant violoniste, mais pour se tourner ensuite, au cours des dernières années, vers la composition, domaine où il peut s'enorgueillir de quelques succès remarquables. Il s'est également illustré en tant que compositeur d'opéras, en s'évertuant ici à donner à tout son travail le caractère de la plus grande modernité et,  sans faire la moindre concession ni à la tradition ni au public, à réaliser sa conception du drame musical nouveau, actuel. – Dr. Hugo Leichtentritt (critique de la création dans la revue "Die deutsche Opernbühne" – "La scène lyrique allemande" – printemps 1921)

Ce sont également deux pièces de Paul Hindemith que l'orchestre fédéral des jeunes emporte dans ses bagages pour sa tournée d'été en Allemagne, au Tyrol du Sud et en Roumanie : du 20 juillet au 4 août, cet orchestre est accueilli avec la "Symphonie Mathis der Maler" et les "Métamorphoses symphoniques" à Dortmund, Dobbiaco, Bolzano, Dresde, Bucarest, Sinaia et Berlin.

 

photo: © Theater Bonn / Thilo Beu

 

Œuvre de la semaine – Hans Werner Henze: Pollicino

L'opéra féérique Pollicino ("Le petit Poucet") de Hans Werner Henze est, depuis sa création, devenu un classique de l'opéra pour enfants grâce à ses représentations montées dans des écoles ou dans des théâtres du monde entier. C'est le 23 juin que cette œuvre célèbre sa première à l'Opéra de Cologne. Sur la scène de ce théâtre d'État se tiennent les élèves, garçons et filles, du Lycée Humboldt et de l'École de Musique du Rhin de Cologne, aux côtés de solistes de l'Opéra de Cologne. La mise en scène est de Saskia Kuhlmann, la direction musicale est confiée à Rainer Mühlbach. Tobias Flemming est responsable des décors, et Hedda Ladwig des costumes.

C'est d'après la version du Petit Poucet de Carlo Collodi que Henze composa don Pollicino en 1979/1980, dans sa patrie de prédilection, l'Italie. Il écrivit la pièce pour les enfants de Montepulciano – cet endroit de Toscane où il avait fait naître en 1967 un festival de musique contemporaine. Le processus de composition fut étroitement accompagné tout du long par le travail de Henze avec les enfants. Il testa leurs capacités musicales et se laissa guider par leurs soucis et leurs souhaits. C'est ainsi que naquit une véritable œuvre par les enfants pour les enfants. Car, à l'exception de quelques rôles (les couple des parents, les ogres, le loup), tous les rôles sont chantés par des enfants, de même que ce sont eux qui jouent les parties orchestrales. Ainsi l'œuvre devient-elle un projet pédagogique intergénérationnel.

Hans Werner Henze – Pollicino : plus qu'un conte naïf


Dans cet opéra, il est question de la vie et de la mort, de la difficulté des relations entre les parents et les enfants, de la pauvreté et de la faim, de la contrainte et de la libération dans les rapports humains. Le petit héros Pollicino (en italien : petit pouce, poucet), ainsi que ses frères, sont laissés en arrière dans la forêt par leurs parents. Comme par un fait exprès, ils trouvent refuge dans la maison de l'ogre. Les frères font alliance avec les filles du maître de maison, et s'enfuient en secret. Dans leur malheur, les enfants sont aidés par la présence à leurs côtés des animaux de la forêt.

Henze attribue clairement aux instruments, dans Pollicino, des fonctions musicales psychologiques : les sonorités planantes irisées de la flûte à bec symbolisent les âmes des enfants, le violon concertant représente les récits de la grand-mère, la guitare exprime le sentiment de la nature et de l'originel, l'harmonium incarne le monde mensonger des adultes. En intégrant ainsi des éléments de critique sociale et de satire, Henze et son librettiste Giuseppe di Leva vont, avec Pollicino, au-delà d'un simple et naïf opéra féérique. Ainsi, par exemple, la misère dans laquelle vit la famille de Pollicino est-elle clairement présentée comme le résultat de l'injustice sociale, tandis que l'ogre est membre du syndicat des ogres organisé avec ses collègues-ogres, avec qui il discute au téléphone de la prochaine action contre le gouvernement. Même les différentes formes données aux Airs, aux ensembles, et jusqu'aux morceaux orchestraux de caractères comme la marche, la valse ou le tango, exigent de la part des enfants une véritable approche analytique du matériau. Ils doivent apprendre à connaître et à pratiquer des formes musicales inconnues jusqu'alors.
"Quand les enfants jouent la comédie, chantent et font de la musique, ils produisent et entendent des sons qu'ils rencontreront de nouveau plus tard dans des salles de concert, et aussi, espérons-le, dans des salles d'opéra : des sons appartenent à notre époque. En chantant et en faisant de la musique, ils acceptent ce que d'autres perçoivent comme des sons inhabituels comme étant une donnée naturelle, une partie de notre réalité". – Hans Werner Henze

La production de Cologne est encore donnée cinq autres fois d'ici de 30 juin sur la scène de l'Opéra.

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photo: Wiener Staatsoper/ Michael Pöhn

Œuvre de la semaine – Andrew Norman: Spiral

Andrew Norman fait partie des compositeurs les plus connus de sa génération, et reçoit régulièrement des commandes de la part de grands orchestres. C'est pour la Saison d'adieu de Simon Rattle en tant que chef permanent des Philharmonistes de Berlin qu'il a écrit sa plus nouvelle œuvre, Spiral. Cette pièce, créée le 14 juin à la Philharmonie de Berlin, fait partie de la série de concerts produite sous le titre générique de "Tapas", dans laquelle des œuvres courtes mais riches de contenu doivent ouvrir l'appétit pour la musique contemporaine.

Récemment – l'an dernier –, Norman a composé son opéra pour enfants A Trip to the Moon (Un  voyage dans la lune, littéralement : Un aller-et-retour pour la lune), destiné au projet "Vokalhelden" ("les héros vocaux") des Philharmonistes de Berlin dans leur programmation. Il a obtenu un succès tout particulier en 2017 avec sa pièce pour orchestre Play, pour laquelle il a reçu le Grawemeyer Award, tandis qu'il était, la même année, désigné comme "compositeur de l'année" par Musical America.

Andrew Norman – Spiral: un tourbillon musical


Spiral dépeint les transformations d'un petit nombre de gestes instrumentaux se succédant les uns aux autres en cercles de plus en plus petits. Les cordes divisées, attaquant les unes à la suite des autres comme des robots, forment ainsi une sorte de spirale musicale.
"L'idée d'une pièce orchestrale "en spirale" m'habitait depuis un certain temps. Certaines idées, certains mouvements, ont été clairement inspirés par l'expérience que j'ai vécue auprès de Simon et des Philharmonistes de Berlin (à savoir : en ce qui concerne leur énergie physique d'une nature et d'une précision particulières)." – Andrew Norman

D'autres exécutions de Spiral seront données les 15 et 16 juin. La première audition en Angleterre a lieu le 23 juin dans le cadre des Proms de la BBC, qui sont partenaires de la commande, par le BBC Symphony Orchestra placé sous la direction de Karin Canellakis.

Œuvre de la semaine – Modeste Moussorgski : Boris Godounov

Rencontre franco–russe, ou autrement dit : Modeste Moussorgski à l'Opéra-Bastille de Paris. Car c'est là qu'est célébrée, le 7 juin 2018, la première de son opéra Boris Godounov, dans sa version initiale. Au pupitre se tient Vladimir Jurowski, et le rôle-titre est assuré ce soir-là par Ildar Adrazakov. La mise en scène est signée par Ivo Van Hove, les décors sont de Jan Versweyveld et les costumes de An D’Huys.

C'est en 1869 que Modeste Moussorgski écrivit la première version de Boris, nommée plus tard "version initiale", d'après la "chronique dramatique" d'Alexandre Pouchkine. Quand il la présenta devant le comité de théâtre lyrique du Théâtre impérial, il se heurta à un refus catégorique. Il manquait notamment au comité la présence de tout rôle féminin représentatif. Moussorgski se remit au travail durant trois années, en élargissant l'œuvre de façon substantielle. Cependant, la "version orignale" ainsi constituée, elle aussi, échoua à sa création à Saint-Pétersbourg en 1874 et fut interrompue pour des considérations d'ordre politique par la commission de censure. Plusieurs autres arrangements du texte et de la partition réalisés par Moussorgski lui-même, ainsi que, plus tard, de  nouvelles orchestrations dues à Niokolaï Rimsky-Korsakov ou enfin à Dimitri Chostakovitch eurent pour conséquence de détourner les regards des formes originelles dramaturgiques et musicales de Boris Godounov. Ce n'est qu'à partir de l'édition critique de l'œuvre réalisée par Pawel Lamm en 1928, sur laquelle se fonde l'édition de la maison Schott, qu'il devint possible de jouer cet opéra consacré à la figure historique de Boris Godounov (1552-1605) sous une forme libérée de tous les compléments et les ajouts survenus plus tardivement, dans une version conforme aux intentions originelles du compositeur.

Modeste Moussorgski – Boris Godounov : un drame musical populaire


Boris Godounov a fait assassiner le dauphin de la couronne Dimitri, et règne maintenant lui-même sur l'empire de toutes les Russies. Les temps sont troublés, des années passent, mais malgré ses efforts sincères pour améliorer la condition du peuple affamé, il n'est pas aimé de ce dernier. Il est en outre en proie aux morsures du remords, ce dont ses opposants se servent contre lui : sous la pression psychique, il tombe dans la démence – à la fin, c'est seule la mort qui l'attend. En réalité, le rôle principal, dans Boris Godounov, n'est pas le rôle-titre, mais bien plutôt le peuple russe représenté sous forme de scènes de masse impressionnantes.
"Sonder les éléments les plus fins de la nature et de la multitude humaines, entreprendre une expédition d'une nature nouvelle afin de pénétrer ces régions inexplorées et de s'en rendre maîtres – voilà quelle est la mission de l'artiste des temps nouveaux. Allons vers des rives nouvelles! " - Modeste Moussorgski

Cette œuvre-maîtresse de Moussorgski pourra encore être vue à Paris dans sa version initiale au cours de onze autres soirées de représentations jusqu'au 21 juillet 2018.

 

photo: Théâtre du Capitole de Toulouse / Patrice Nin

Œuvre de la semaine – Bohuslav Martinů : Koncert

Le 2 juin, le Koncert pro klavír a komorní orchestr è. 1 (Concerto pour piano et orchestre) de Bohuslav Martinů célébrera sa première représentation sous forme scénique au Semperoper, l'Opéra de Dresde. C'est sur cette musique qu'est dansé le ballet Heatscape de Justin Peck, qui forme une partie de cette soirée chorégraphique en trois parties présentée sous le titre de 100°C. C'est le Ballet du Semperoper et l'Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, placé sous la direction d'Eva Ollikainen, qui seront les interprètes de Heatscape pour la première fois sur une scène européenne. Les costumes sont signés par Reid Bartelme et Harriet Jung, les décors sont de Shepard Fairey/ObeyGiant.com.

Justin Peck, qui a fait ses débuts au Ballet de New York en  2007, a vu sa carrière se développer dans les années suivantes jusqu'à devenir un  danseur et chorégraphe très recherché. Après la création de Heatscape avec le Miami City Ballet en 2015, il a particulièrement fait l'objet d'une attention accrue. Le New York Times a même été jusqu'à le présenter comme "le plus important chorégraphe des États-Unis".

Bohuslav Martinů – Koncert : la précarité des relations humaines

Peck transpose le Koncert de Martinů, datant de 1925, sur le côte atlantique de Floride du Sud. L'argument repose sur une question récurrente : qu'est-il possible de voir, et qu'est-il impossible de voir ? Tout au long des différents mouvements du Koncert, Peck décrit différents scénarios concernant de jeunes couples et soulignant la précarité des relations à l'intérieur d'une grande communauté de jeunes gens. Le rapport entre les solistes et l'orchestre correspond fidèlement à celui du piano vis à vis de l'orchestre. Faisant preuve à la fois d'une grande richesse chorégraphique et d'une extrême musicalité, Peck, dans Heatscape, transforme le concerto pour piano en des images poétiques prenantes.
"L'œuvre elle-même se meut entre l'abstraction et la narration, ce qui a pour effet de requérir l'interprétation du public." – Justin Peck

D'autres représentations de cette production auront lieu également les 6, 10 et 15 juin, ainsi que les 1er et 5 juillet 2018. La reprise de ce ballet au Semperoper est fixée au 9 septembre 2018.

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photo: Miami City Ballet / Daniel Azoulay

Œuvre de la semaine – Kurt Weill : Les sept péchés capitaux

La paresse, l'orgueil, la colère, la gourmandise, la fornication, l'avarice, l'envie – dans son ballet chanté Die sieben Todsünden, Les sept péchés capitaux, Kurt Weill, par le truchement du personnage d'Anna, donne une nouvelle lecture de ces péchés. L'œuvre est donnée en Première le 20 mai à l'Opéra national du Rhin dans une nouvelle production dont la mise en scène est signée par David Pountney. Dans la fosse, l'Orchestre symphonique de Mulhouse est dirigé par Roland Kluttig. Beate Vollack est responsable de la chorégraphie, Marie-Jeanne Lecca, des décors.

Weill a composé son ballet chanté en sept tableaux au cours de son exil parisien de 1933. La troupe parisienne "Les Ballets 1933", qui venait d'être nouvellement fondée par le chorégraphe Georges Balanchine, était à la recherche d'œuvres adaptées à une soirée de ballets en plusieurs parties. On avait même déjà un financeur : le riche Anglais Edward James, mécène de la troupe et mari de la danseuse étoile Tilly Losch. Ce dernier passa commande à Weill d'une composition destinée à une pièce chorégraphique d'une soirée. Weill en fut d'accord, mais à une condition : il ne voulait pas écrire un ballet "normal", mais un ballet avec chant.

Pour l'écriture du livret, Weill avait tout d'abord prévu de faire appel à l'écrivain Jean Cocteau. Mais celui-ci, pour des raisons de temps, fit défaut, si bien que Weill se tourna vers son vieux partenaire Bertolt Brecht. Brecht et Weill formaient ensemble un attelage artistique expérimenté qui, avec L'Opéra de quatre sous et Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, avaient déjà réalisé des spectacles théâtraux particulièrement novateurs. Ils se retrouvèrent à Paris où tous deux avaient émigré et travaillèrent ensemble pour la dernière fois à une œuvre commune. Le Ballet Les sept péchés capitaux fut écrit en l'espace de quinze jours. Le 7 juin 1933, sa création dans la chorégraphie de Georges Balanchine eut lieu au Théâtre des Champs-Élysées. Bien que les critiques ne se fussent pas montrés unanimes à la Première, le Ballet devint une des œuvres les plus célèbres de Weill.

Kurt Weill – Les sept péchés capitaux : deux âmes dans un seul être


Anna est envoyée par sa famille faire un voyage de sept ans en Amérique du Nord afin de gagner l'argent permettant de construire "une petite maison sur le Mississipi". Le personnage d'Anna est divisé en deux parties : sa personnalité se partage en une Anna I, agissant de manière éminemment pragmatique, et une Anna II, beaucoup plus émotive. Au cours de leur voyage dans sept villes américaines, les deux Anna rencontrent les tentations des sept péchés capitaux de la Bible, qui deviennent leur chemin de croix. Abandonnant peu à peu leurs rêves et leurs idéaux, elles reviennent enfin, débarrassées de leurs illusions, dans leur famille de Louisiane – qui vit déjà dans la nouvelle maison qu'elle s'est acquise.

Sue le plan musical, Weill commente l'action dans les styles de musique populaire américaine des années 1920, comme le tango, le fox-trot, la polka ou les arrangements musicaux des salons de coiffure ("Barbershop music"), et fait valoir le comique du texte. Particulièrement amusant est le rôle du  chœur d'hommes, porte-voix petit-bourgeois commentant l'histoire de la famille d'Anna. C'est ainsi que Weill et Brecht ironisent avec précision sur la double morale petite-bourgeoise de toute société prête à sacrifier pour son confort ses valeurs et sa personnalité.
"C'est le chaos habituel. Évidemment, parmi les partisans de l'ancien ballet russe, il s'est formé un petit clan qui juge notre ballet bien trop peu "Ballet" et pas assez "Chorégraphie pure". Il s'en est suivi de fortes disputes, ces jours derniers [...] Balanchine, lui, se tient entre les partis, mais il a merveilleusement bien travaillé, et a trouvé un style de représentation qui est certes de la danse, mais cependant très réaliste".
– Kurt Weill, dans un compte-rendu du travails de répétitions adressé à Bertolt Brecht

L'œuvre, de 35 minutes, est donnée au cours de quatre autres soirées à Strasbourg d'ici le 28 mai. En outre, la production est présentée également à Colmar le 5 juin, ainsi que les 13 et 15 juin au Théâtre de la Sinne à Mulhouse. Par ailleurs, Les sept péchés capitaux seront au programme du Théâtre de Braunschweig la 22 juin pour la dernière fois de cette Saison.

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Photo : Théâtre d'État de Braunschweig / Thomas M. Jauk
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